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INTRODUCTION. XIX

En vertu de ce raisonnement, l'administration n'achète que les œuvres confectionnées suivant la formule académique , et ne fait de commandes qu'aux artistes qu'elle sait résolus à n'en pas sortir, car il est convenu que cette formule est celle du « grand art », et une administration qui se respecte et qui a conscience de son « rôle d'éducatrice » ne saurait en encourager une autre.

Et voilà comment on a fait d'Ingres le prototype officiel de la perfection artistique de la France du dixneuvième siècle, et comment M. Gabanel est devenu son prophète, en même temps que le grand juge des artistes et le président-né de tous les jurys.

Voilà pourquoi les jeunes gens qui entrent à l'École avec les meilleurs instincts d'indépendance, de sincérité en sortent presque tous plus ou moins encabanellisés, c'est-à-dire asservis à la routine, émasculés, perdus pour l'art. Au lieu de consulter leurs sentiments, d'obéir à leurs impressions, d'aller là où les porteraient spontanément leurs goûts, leurs préférences, leurs aptitudes, là où ils seraient des artistes et des poètes, ils travaillent à étouffer en eux le cri de leur nature pour écouter celui du maître ; ils se torturent pour arriver à se convaincre que le progrès consiste à galvaniser l'art antique, et qu'il n'y a d'originalité possible que par le pastiche des Grecs ou des Italiens.

A ce prix, ils achètent les éloges des jurys, les faveurs de l'administration, les commandes de l'Etat, l'admiration des moutons de Panurge, et, une fois entrés dans cette voie, ils y sont retenus et emprisonnés

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