XX INTRODUCTION
par une série d'engrenages moraux et pécuniaires, qui ne leur permettent plus de jamais recouvrer leur liberté.
Cette main mise de l'Etat, du monde officiel sur les artistes est profondément déplorable. Si du moins ils trouvaient dans le public des juges sympathiques et sérieux, ils pourraient se tourner de ce côté, s'y appuyer, pour résister à la terrible pression d'en haut.
Mais non, le public d'aujourd'hui, le grand public, ne s'inquiète ni ne s'occupe de ces choses. Pourquoi? Parce qu'il est devenu incapable de poésie? Parce qu'il n'y a plus de place pour l'art au milieu des luttes d'intérêts? Parce que la science a tué l'admiration et que l'industrie a éliminé l'imagination et le sentiment?
Nullement. Le public du dix-neuvième siècle , qui volontiers se croit sceptique, blasé, demeure, comme tous les publics de tous les temps et de tous les pays, ouvert à toute poésie, à tout art sincère et vrai ; mais il se trouve pris entre deux courants contraires. D'un côté, il lui est impossible de s'émouvoir de l'art composite que lui prônent les organes autorisés du goût officiel ; il veut bien admirer les Grecs et les Romains, à leur place et en leur temps, mais il sent bien, sans s'en rendre compte, que ce n'est pas une raison suffisante pour leur sacrifier l'art français; et, quels que soient sa complaisance et son respect pour les lumières de l'aréopage artistique, il ne peut parvenir à s'en pénétrer jusqu'à trouver, dans les habiles adaptations de ces messieurs, l'équivalent de l'art vaguement entrevu, qui satisferait ses aspirations latentes et qui