INTRODUCTION. XXI
ferait enOn déborder en lui les sources d'émotion que lui-même ne soupçonne pas.
Mais, d'un autre côté, il n'a pas suffisamment réfléchi sur les conditions nécessaires d'un renouvellement artistique, pour se soustraire résolument à l'influence des doctrines officielles. L'art académique le laisse froid , mais il n'en croit pas moins à la vérité des théories dont il résulte. Il aime à parler du« Beau idéal», sans savoir ce que c'est ; et, si cela ne suffit pas pour lui faire admirer les œuvres construites d'après la formule, cela le gêne pour comprendre et adopter les autres. Cette contradiction , en déconcertant le public, déroute et stérilise les artistes.
C'est ainsi que l'entêtement des académies et des administrations à vouloir ressusciter des morts a pour résultat de tuer les vivants, et que, à force de vouloir persuader au public qu'il n'y a pas d'autre art que celui de l'Académie et de l'administration, elles arrivent à fausser le sentiment artistique chez les artistes et à l'endormir chez les autres.
Et notez que, dans les conditions présentes, ce résultat est inévitable. Des compagnies qui se recrutent elles-mêmes, des corps constitués, quelque soit le mérite des individus qui les composent, sont toujours et fatalement hostiles au progrès, par la raison simple que toute compagnie se fait nécessairement une doctrine collective et éclectique qui finit par devenir pour elle la vérité immuable, qui fatalement exclut toute indépendance, toute originalité, qui ne peut que reproduire le passé, sur lequel ont vécu ceux qui la représentent, et qu'elle oppose ensuite avec une confiance