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réaliste, poussée à sa conséquence extrême, réduirait l'artiste au rôle de copiste. La perfection de l'œuvre consisterait dans l'illusion complète et absolue. L'artiste par excellence serait celui qui verrait et comprendrait toutes choses comme tout le monde et qui les rendrait exactement comme ferait un photographe qui aurait trouvé le moyen de reproduire la couleur aussi bien que la forme. L'idéal enfin serait d'amener l'homme à la perfection de la machine et à son indifférence.
Par bonheur pour la théorie réaliste, c'est là un perfectionnement impossible. L'homme, quoi qu'il lasse, garde toujours quelque chose de lui-même. Il a beau s'appliquer à ne rendre des choses que l'apparence visible, telle que tout le monde peut la voir comme lui ; il y ajoute toujours quelque chose qui n'est pas devant ses yeux et qu'il voit cependant en lui-même, c'est-à-dire son émotion , son impression personnelle. Cette intervention se manifeste dès l'abord par le choix même du sujet et ensuite par la disposition, par la proportion des parties, par l'importance qu'il donne aux unes et qu'il refuse aux autres, sans le vouloir et bien que les secondes ne soient pas matériellement moins réelles que les preŒ mières.
Or, c'est précisément et uniquement par ce caractère, par ces préférences instinctives et par ces particularités d'impression qui en résultent pour l'auditeur ou le spectateur, que l'œuvre peut devenir une œuvre d'art. Le premier venu peut compter les branches d'un arbre ou énumérer les péripéties d'un
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drame : l'artiste seul rendra l'effet et l'impression, parce que sa nature est précisément d'être plus sensible que les autres aux effets et aux impressions ; et il les rendra naturellement, en les teignant de couleurs particulières, qui seront celles de sa nature propre, de son tempérament, de sa personnalité.
C'est par là que Courbet est parfois artiste, en dépit de la théorie qu'on lui avait apprise (1); mais c'est pour la même raison qu'il ne vient qu'au second rang, après les Rousseau, les Corot, les Millet, les Jules Dupré. Quelle qu'ait été la valeur de sa pratique, sa personnalité, d'ailleurs intermittente, manque de la vigueur et de l'accent qui distinguent ses grands contemporains.
De ces trois arts : l'art conventionnel, l'art réaliste, l'art personnel, il n'y a donc que le dernier qui mérite véritablement le nom à'art. Le premier est la négation, la contradiction même de l'art ; le second est déjà de l'art, le plus souvent, parce qu'il est à peu près impossible que l'artiste disparaisse entièrement derrière la réalité. Mais ce qui constitue et détermine essentiellement l'art, c'est la personnalité de l'artiste ; ce qui revient à dire que le premier devoir de l'artiste est de ne chercher à rendre que ce qui le touche et l'émeut réellement.
Nous n'insisterons pas plus longtemps sur ces idées. Il nous suffît d'avoir marqué notre principe et notre but. Nous nous adressons uniquement à ceux qui croient que l'art est un fait purement humain et que
(1) Courbet, qui se faisait gloire d'être « l'élève de la nature », avait eu réalité eu pour maître Picot.