INTRODUCTION. VII
d'une certaine conformité avec la manière de comprendre et de sentir du public auquel il s'adresss. Non pas que cette conformité ajoute ou retranche quoi que ce soit à la valeur intrinsèque de l'œuvre. On peut parfaitement comprendre, en théorie, qu'un poème exprime des idées ou des sentiments qui, pour n'être pas accessibles aux contemporains, n'en soient pas moins dignes de l'admiration d'un temps ou d'un pays plus éclairés. Mais il est certain que, en fait, ce désaccord suffît pour que l'œuvre risque fort de disparaître rapidement dans l'oubli.
Heureusement les cas de cette nature sont peu communs, et ce danger est bien moins à craindre pour l'artiste que pour le penseur. Il est très rare et l'on peut dire, il est presque impossible que l'artiste ne soit pas de son temps. Sans admettre, comme on l'a dit, qu'il soit nécessairement un simple écho, une harpe éolienne vibrant au souffle des émotions contemporaines, il est certain que, par une foule de raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, l'artiste, le poète vivent surtout de la vie du milieu où ils se trouvent placés, et que par conséquent ils ne peuvent que par exception se voir exposés au danger que nous signalons.
L'artiste vraiment ému n'a donc qu'à s'abandonner à son émotion pour que son émotion devienne contagieuse et qu'il recueille les applaudissements auxquels il a droit. Pourvu qu'il observe les règles positives, qui résultent des nécessités physiologiques de nos organes et qui seules sont certaines et définitives, il n'a pas à s'inquiéter des conventions