VIII INTRODUCTION
et des recettes académiques. Il est libre, absolument libre dans son domaine, à la seule condition d'être absolument sincère, de ne chercher à exprimer que des idées, des sentiments, des émotions qui lui soient propres et de ne copier personne.
Comme il n'y a pas d'art en soi, par la raison que le Beau absolu est une chimère (1), il n'y a pas davantage d'esthétique définitive et fermée. Les diverses formules dans lesquelles on a essayé de l'emprisonner, idéal, naturalisme, réalisme, etc., ne sont que des points de vue différents de l'art, mais aucune ne le contient tout entier. Chacune d'elles peut convenir plus ou moins à tel ou tel tempérament individuel ou national ; il est absurde de les imposer aux tempéraments qui les repoussent. Il n'y a pas moins de ridicule à condamner l'art flamand et hollandais au nom de la sculpture grecque qu'à condamner la sculpture grecque au nom de l'art flamand et hollandais. Millet est aussi légitime que Raphaël, Rembrandt que le Titien , Rubens que Léonard ; il est permis de préférer les uns ou les autres, selon les affinités et les attractions naturelles de chacun, mais l'esthétique n'a le droit d'exclure ni l'un ni l'autre, à moins d'introduire dans la science la passion et la partialité.
Est-ce à dire que la liberté de l'art soit, comme disent les philosophes, une liberté d'indifférence, que toute direction lui soit égale et qu'il ne connaisse
(1) Nous aurons d'ailleurs à démontrer que le principe du Beau absolu ou relatif est complètement insuffisant pour expliquer la complexité des manifestations artistiques.