INTRODUCTION. IX
d'autre loi que l'infinie variété du caprice individuel? Ce serait une exagération et une erreur. L'artiste, avons-nous dit, vit surtout de la vie du milieu où il est placé ; il en suit naturellement les inspirations. Or, malgré les oscillations des civilisations humaines, il est visible que la science, longtemps attardée à la poursuite des problèmes insolubles de l'ontologie et de la théologie, a fini par porter ses investigations du ciel sur la terre. Aux explications fantaisistes des métaphysiques et des mythologies anciennes et modernes, elle substitue l'étude directe des choses, des faits et des êtres. Après avoir consumé de longs siècles à chercher dans l'action des dieux ou des entités le mot des énigmes qui la tourmentaient, la voici qui, pour expliquer le monde physique et moral, s'en prend directement à la nature et à l'homme. L'homme devient pour lui-même un perpétuel sujet d'observations, et l'on peut dire que ce sera l'honneur du dix -neuvième siècle d'avoir donné à la science une direction nouvelle en poussant de ce côté ses investigations.
C'est également de ce côté que l'art tend à s'engager. Il s'éloigne de plus en plus de la mythologie et de la métaphysique, auxquelles il est resté fidèle tant que les civilisations elles-mêmes y sont demeurées attachées. C'est ce qui explique la prédominance croissante de l'expression dans l'art ; c'est pour cela que la peinture des sentiments, des passions, l'envahit chaque jour davantage ; c'est ce qui fait que le paysage, c'est-à-dire l'expression des émotions de l'homme en face de la nature, a pris, depuis