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X INTRODUCTION

quarante ans, une place et une importance chaque jour plus considérables ; c'est par la même raison que la vie et le mouvement ont transformé la statuaire, et que la sculpture de Dalou et de Garpeaux (1) s'est imposée à l'admiration publique.

C'est-à-dire que l'art, qui a toujours été humain par son point de départ, lequel est la manifestation des émotions et des idées humaines, le devient également par son but et ses sujets. Au lieu de chanter et de représenter les dieux ou de se vouer à un symbolisme condamné à finir par la sécheresse et la subtilité, il s'applique avec un effort visible à rentrer dans le domaine purement humain, le seul désormais où il soit sûr d'éveiller les sympathies sans lesquelles le talent, le génie même ne sont pas préservés de l'oubli, le seul d'ailleurs où l'artiste puise directement les émotions sincères et profondes qui suscitent en lui le besoin et la faculté de créer.

Ce mouvement est, comme toujours, énergiquement combattu et violemment entravé par la tradition, qui trouve chez nous une puissance particulière dans l'organisation des académies et de l'enseignement officiel. Cette force rétrograde exerce sur le progrès une influence d'autant plus néfaste, que ceux qui la subissent ne l'aperçoivent même pas pour la plupart. Les jeunes artistes, sans éducation philosophique, trouvent installés dans les écoles et dans le

(1) Ce nom de Dalou est encore peu connu en France, bien que Dalou soit Français. Mais nous ne craignons pas de nous tromper en prédisant que ce sera un jour l'un des plus resplendissants dans l'histoire de la sculpture.

INTRODUCTION. Xt

milieu où ils vivent une foule de préjugés académiques qui les saisissent et les enchaînent avant même qu'ils aient songé à réfléchir sur ces choses et à se faire des convictions personnelles. Du premier jour, ils sont enrôlés inconsciemment dans la phalange officielle, et il n'y a que les esprits indépendants et fortement trempés qui puissent ou résister tout d'abord à cette pression ou s'en dégager plus tard. Notre but est donc de réagir, dans la mesure de nos forces, contre cette main mise du passé sur l'avenir, du dogmatisme sur la liberté. Nous écartons toutes ces règles étroites et surannées sous lesquelles on étouffe et on écrase tout essai d'émancipation, nous repoussons et réprouvons cette critique hautaine et dédaigneuse qui, sous prétexte de protéger le «bon goût et les saines doctrines », s'efforce de décourager toutes les indépendances ; cette critique défensive, comme disait M. Guvillier-Fleury, qui n'est autre chose que la tyrannie du doctrinarisme académique ou de l'impuissance jalouse.

Ce que nous voulons surtout, c'est travailler à la propagation et à la défense de cette thèse fondamentale, que M. Eugène Viollet-le-Duc a soutenue dans tous ses livres, à savoir : que sans indépendance il n'y a niart ni artistes.

Toutes les grandes époques artistiques ont été des époques de liberté. Aux beaux temps de la Grèce, comme à ceux de la renaissance italienne (1 ) ; dans la

(1) Nous ne saurions trop énergiquement protester contre l'exclusivisme académique qui fait de Raphaël le coryphée de la Renaissance. Pour nous, Raphaël en marque le dernier terme. C'est

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