‹ L'esthétiqueChapitre 8 sur 44 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

France du moyen âge, comme plus tard dans la Hollande affranchie, les artistes ont pu travailler à leur guise, sans qu'aucun dogme esthétique s'imposât à leur imagination, sans qu'aucune corporation officielle se considérât comme investie de la dictature artistique et comme responsable des directions que pourrait prendre le goût de la nation.

Aussi, à ces belles époques, l'art était-il vraiment un art national : les esprits, laissés à leur pente naturelle, cherchaient l'art où ils le sentaient, ou plutôt ils le trouvaient sans le chercher, par le mouvement spontané des imaginations, sans autre guide ni autre règle que les instinctives préférences communes à la race tout entière.

C'est cette communauté des instincts livrés à euxmêmes qui explique les similitudes intimes qui , aux grandes époques , se remarquent entre les œuvres d'art, en même temps que l'effet de la liberté éclate par ce caractère, que rien dans l'art ne supplée : l'originalité individuelle.

Tous aux mêmes époques sont plus ou moins frappés des mêmes choses. Les sources de l'inspiration sont peu variées ; parfois même un sentiment, une idée unique s'impose à toute une génération ; mais chacun l'interprète à sa façon, dans la pleine indépendance de son inspiration personnelle et dans la mesure de son génie propre.

De là cette variété infinie dans l'unité — variété de

le moment où il est facile de prévoir que la convention va se substituer à la personnalité dans l'art, c'est-à-dire le commencement de la décadence.

Page 1