‹ L'esthétique expérimentale contemporaineChapitre 26 sur 43 · L*ART · texte numérisé non relu

L*ART

même est par soi un des éléments du plaisir; enfin le ridicule est, à l'inverse du sublime, le plaisir d'une contradiction ou d'une forte différence dans ce qui a pourtant de l'unité (76., 176-9).

Dans l'effet spécial que produisent les mois d'esprit, c'est encore le principe de l'unification du multiple qui joue le rôle principal, mais avec beaucoup d'accessoires subordonnés. Ainsi dans les charades et les jeux de mots, notre agrément est d'autant plus grand qu'une pins grande diversité est soumise à l'unité d'une idée ou d'un mot plus faciles à saisir, et d'une nature plus inattendue. Nul ne prendrait plaisir à débrouiller une énigme confuse où il ne soupçonnerait aucune unité cachée et intentionnelle.

A côté de ce facteur fondamenlal, Fechner distingue, non sans lourdeur, l'action émoussante des excitations habituelles, et celle du principe du seuil; auxquelles il faut ..oindre le renforcement ou l'opposition qu'exerce de son côlé le contenu présenté sous ces diverses formes, et qui lui aussi agit dans le sens ou du plaisir ou du déplaisir (F., XVII, 221 ; VI, 58 et s.).

Dans une matière aussi délicate, cette méthode plus affectée que réelle est peut-être un pédantisme inutile. Par une analyse appuyée, certes, sur l'observation la plus pénétrante, mais à laquelle pour cette raison même Fechner dénierait sans doute t^ule valeur expérimentale, des psychologues fort étrangers à son école et à sa méthode sont arrivés à des résultats autrement définitifs, croyons-nous, et par une expérience plus réellement sûre. Nommons Bergson, le Df Dumas, ou enfin Sully (d), plus proche de Fechner par son empirisme. Seul, L.-J. Martin (35 et s.) a entrepris récemment de relever dans ce domaine les prétentions expérimentales de l'école.

3° La beauté et la finalité ou r utilité.

De façon générale la finalité exléj-ieure, c'est-à-dire l'adaptation (l'un objet, par son usage ou ses effets, au bien de l'humanité, n'a certainement pas d'usage esthétique : tableaux, statues, morceaux de musique même ne présentent pour nous qu'une satisfaction tout intérieure, consistant dans une adaptation de l'objet beau h la nature de notre faculté de connaître, c'est-à-dire dans une finanalité interne ou subjective. Ce sont des objets usuels, comme des machines, des bâtiments communs, qui ont une finalité externe; or non seulement ils ne sont pas beaux, mais beaucoup sont déplaisants ou même tout k fait laids.

13(} L ESTHÉTIQUK EXPÉRIMENTALE

Qa a donc pu penser, coaime Kant, que dans une maison commode etv belle, ou dans une vie humaine qui manifeste à la fois beauté et:saplé, la santé et la commodité ne s'ajoutent qu'accidentellement ii la valeur esthétique : de sorte que c'est pour d'autres raisons que ces objets sont beaux. Pour Fechner lui-même, si la beauté. réside dans un plaisir immédiat, nulle considération de ses usages ou de ses conséquences ne peut, en principe, en faire partie intégrante.

Mais l'exclusion de la finalité ne saurait être absolue. Pour lui rendre sa véritable valeur esthétique, il suffit de considérer qu'elle peut se traduire par certains des principes déjà admis.

D'abord elle est une application de la loi d'association ; et c'est par. celle-ci qu'elle contribue au plaisir immédiat; or nous avons vu que ce principe peMt étendre, en un certain sens, l'influence des conséquences à l'impression immédiate de l'objet. La convergence des parties vers un but ressortit au princfpe de l'unité du niultiple. Enfin la conformité (excluant toute contradiction) à une fonction une fois posée ou h une idée comprise est encore une loi connue; elle plaît d'autant plus que le danger de cette contradiction apparaît plus grand.

L'idée d'un but tout extérieur à elles ne saurait être accidentelle, dans les productions de l'architecture ou des arts industriels, ni dans tout objel dont là définition implique la destination. C'est au contraire une part constitutive de leur beauté. Si nous exigeons entre les colonnes d'un édifice une distance proportionnée à leur force de résistance ou leur épaisseur, c'est surtout parce que leur fonction de support l'exige. Schnaase a voulu ramener cette exigence de l'œil à un besoin d'harmonie, qui exclurait une opposition Irop brutale entre l'ordonnance verticale du support et la direction horizontale des masses supportées; de là viendrait la nécessité de retrouver dans les supports eux-mêmes quelque chose d'horizontal aussi, à savoir une série allant de droite à gauche, et dont le sentiment n'existe qu'à la condition de n'êlre pas troublé par des vidps trop grands entre chaque colonne : la considération indirecte des fonctions des supports serait, donc inutile (*).

Cette subliljlé s'écroule d'elle-même si l'on songe que nous n'avons pas les mêmes exigences pour une table, à qui 1, 3 ou 4 pieds, suffisent comme supports, sans établir l'impression d'une t<, série »; au. reste, nous ne fexigeons pas pour tous les maté-

(') Voir G. Schnaase, Geschichte cler Bildenden Ktinsle, 2^ éd., 8 vol., 1866-76.

Page 1