I. Méthode de choir
Rectangles ; ellipses; fiqures en « 1 ».
La première méthode consiste à provoquer chez un certain nombre de sujets un choix passif entre divers objets donnés (Methode der Wahl.
Soit à comparer l'agrément relatif de rapports de longueur donnés : on les réalise sous la forme de figures aussi simples que possible : par exemple des rectangles de carton, dont les côtés ont des dimensions appropriées. Pour étudier la salisfaction directe que présentent ces rapports, on demande aux sujets de désigner, sans penser au souvenir explicite d'aucun objet usuel ou connu, les deux rectangles dont les formes leur paraissent par elles-mêmes, l'une la plus satisfaisante, l'autre la plus déplaisante. On inscrit chaque jugement dans un tableau qui comporte deux colonnes distinctes : celle des préférences et celle des exclusions. Chaque jugement compte pour 4 s'il exprime une préférence décisive pour un des rapports ; il compte pour 1/2 ou 1/3 si le sujet observé hésile entre deux ou trois des figures. On additionne les résullats de chaque colonne et on les compare. La table des exclusions est moins importante que celle des préférences; mais elle présente un moyen de contrôle : car si les résultats sont cohérents, il faut dans une certaine mesure que les rapports les moins souvent préférés soient en même lemps les plus souvent exclus (Z., 602; V., XIV, 190, 194).
C'est ainsi que Fechner prépara dix rectangles en carton blanc, de surface à peu près égale (64 centimètres carrés), mais dont les côlés étaient dans des rapports différents : depuis le carré 1/1 jusqu'au rectangle allongé 2/5; parmi eux, le rectangle 21/34 représentait la section d'or. Il les étalait sur une surface noire, dans un ordre arbitraire et qu'il changeait à chaque nouvelle expérience faite avec un nouveau sujet, de façon à produire la rencontre des posilions réciproques les plus variées, dont les effets devaient se neutraliser. Il présenta ces rectangles pendant
plusieurs années à un grand nombre de personnes des âges les plus divers à partir de seize ans, des siluations les plus ditfférentes pourvu qu'elles fussent instruiles, el du caractère le plus varié. Il évila avec soin de choisir exclusivement celles à qui il présupposait un bon goût, dans la pensée que les écarts opposés des mauvais goûts s'annulent réciproquement, Il poussait le serupule jusqu'à changer un rectangle dès que l'usage, l'ayant quelque peu déformé ou terni, pouvait altérer l'effet de sa forme pure (Z., 634; V., XIV, 194).
En réponse aux deux questions posées, la plupart des sujets déclarèrent tout d'abord que chaque rectangle pourrait être « le plus satisfaisant » suivant l'application qu'on en ferait. Fechner demandait si pourtant, abstraction faite de toute considéralion de but ou de signification, l'un de ces rectangles ne pourrait pas être trouvé plus agréable, plus satisfaisant, plus harmonieux, plus élégant que les autres, à cause du rapport particulier de ses côtés.
Trois cas peuvent toujours se présenter ici. Ou bien les sujets refusent de se décider; ou bien leurs jugements se dispersent indifféremment sur les divers rectangles ; ou enfin il se dégage de la série des jugements une ordonnance telle, qu'elle ne peut pas être mise au compte de coïncidences accidentelles.
En fait, les sujets ne refusèrent de juger que très rarement, Dans peu de cas aussi le jugement fut très décidé et sûr. Le plus souvent il se produisait une longue hésitation, des corrections successives, ou encore une préférence indécise entre deux, trois ou même quatre rectangles. La même personne répélant l'expérience après avoir perdu le souvenir de son premier choix, préférail souvent un autre rectangle, mais voisin du premier par ses proportions.
Malgré ces incertitudes dans le détail, les résultats furent très décisifs dans l'ensemble. Le tableau ci-joint résume les jugements de préférence émis par 228 hommes et 119 femmes, et les exclusions prononcées par 150 hommes et 119 femmes. (V., XIV, 194-6). Nous reproduisons d'autre part les dix rectangles en proportions réduites.
On voit que la section d'or est neltement préférée. Disons dès maintenant que les recherches des disciples de Fechner ont à peu près contirmé ce résullat pour les rectangles. Wilmer, par exemple (138, 237), a lrouvé comme rapports jugés excellents parmi les autres : 1/1,651 et 1/1,62, assez voisins de la section d'or DAO18
Ainsi est résolu, pour ce cas particulier, le premier des pro-
Expériences de Fechner sur les rectangles.
(Méthode de choix. — Dimensions réduites au cinquième).
29/20 3/2 34/21 \ N 2 3/13 2/1 5/2 EEE EE EI SN SE EP RAPPORTS Nombre des jugements | Nombre des jugements Pourcentage ni ee de préférence d'exclusion des préférences des | rectangles Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes 1/1 6,29 4,0 36,67 31,9 2,14 3,30 6/9 0,9 0,33 28,8 19,5 0,22 0,27 9/4 7,0 0,0 14,9 8,9 3,07 0,00 4/3 4,9 4,0 9,0 1,0 179% 3,30 29/20 13533 13,5 2,0 1,0 9,89 11,35 3/2 90,91 20,5 1,0 0,0 22,33 17,22 34/20 | 78,66 42,69 0,0 0,0 34,90 39,83 23/13 49,33 20,21 1,0 1,0 21,64 16,99 2/1 14,25 11,83 3,83 2,29 6,29 9,94 5/2 3,29 2,0 91,21 90,25 1,43 1,68 Toraux| 228 119 150 95 100,00 100,00
blèmes objectifs qui ont été posés. Les autres ne reçoivent qu'une solution plus vague.
Quoique: la série des rectangles de part et d'autre de Ja section d'or soit asymétrique, les nombres voisins sout des deux côtés à peu près égaux; fait dont Fechner n'aperçoit pas clairement la justification théorique.
La différence des sexes ne s'est jamais révélée expérimentalement de facon frappante. Leurs deux courbes de satisfaction paraissent coïncider dans le même sommet, qui est la section d'or; elles divergent ensuite à mesure qu'elles s'en écartent : le nombre des préférences pour cent va d’abord en diminuant plus vite chez les femmes que chez les hommes; ensuite moins vite chez elles dans les degrés plus éloignés (V., XIV, 196, 198).
Les exclusions contrôlent les préférences :.elles varient assez régulièrement en sers inverse, el, par exemple, pour la section d'or le maximum de l'une coïncide avec le zéro de l'autre. Le carré seul fait exceplion : le nombre des préférences, qui décroit régulièrement jusque-là, se relève légèrement sur lui: les rectangles qui semblent être des carrés irréguliers déplaisent sensiblement plus que le carré lui-même. En revanche, c'est aussi le carré qui recueille le maximum d'exclusions. Cetle exceplion est remarquable, d'autant que les deux autres méthodes la confirment. Wilmer à cru qu'uue illusion d'oplique pourrait contribuer à la défaveur du carré : un carré parfait parait à l'œil, en réalité, légèrement rectangulaire ; or, un rectangle presque carré est désagréable. Mais celle subtilité est inulile, car le rectangle très court (1/1,03), dont l'illusion en question fait paraitre les côtés égaux, devrait devenir sensiblement plus agréable, ce qui n'est pas (*).
Fechner estime que les préférences pour le carré ne sont guère produites que par des préjugés Lhéoriques. Les sujets le déclarent d'eux-mêmes : il leur semble que le carré doit êlre le plus satisfaisant parce qu'il est le plus régulier; ou bien ils sentent un con- Üit entre leur réflexion el leur goût. Ce jugement n'est pas spontané. C'est donc l'exclusion qui est seule décisive ici (V., XIV, 198).
IL est facile de refaire les expériences de Fechner. C'est ainsi que Fanciulli (181-4) a obtenu des résullats approchants, avec celle restriction qu'ils sont beaucoup moins marqués : la supériorilé de la section d'or, par exemple, v est beaucoup plus faible. Il est vrai qu'il apporte à la méthode de choix deux modificalions peu heureuses : il présente les rectangles successivement, et impose pour chacun d'eux le choix entre lrois solutions : approbalion, désapprobation, indifférence. Le résultat, plus précis, est
(*)} Wilmer (125) croit, en oulre, que la présenlalion des figures par séries régulitrement progressives contribue à donner au carré une plus grande valeur eslhétique.
aussi plus arliliciel, surtout à cause de l'effort imposé à la mémoire. L'auteur désapprouve d'ailleurs la méthode expérimentale, en se basant surtout, il est vrai, sur son application aux couleurs el aux sons.
Nous avons, d'autre part, vérifié les expériences de Fechner en les variant légèrement : les dix rectangles ont été présentés à 105 sujets, qui étaient priés de prononcer, si possible, trois jugements : de préférence, d'indifférence ou d'exclusion, Le tableau suivant résume les résultats obtenus :
Nouvelles expériences sur le choix des rectangles.