DOM HUBERT MAILLARD
bon predicateur qu'excellent professeur. A Dijon, il precha a la Sainte- Ghapelle, aux applaudissements de tous, et, un jour que son pere avait assiste au sermon, tous les auditeurs a la sortie se presserent autour de ce dernier pour le feliciter des succes oratoires d'un tel fils (i). II ne reussit pas moins a Paris, dans notre monastere de Saint-Germain. Lorsque Dom Maillard eut acheve de professer son cours de theologie, les superieurs deposerent a dessein le prieur du Treport pour le lui donner comme remplacant ; puis, au bout d'un an, ils le nommerent prieur de Saint-Germain d'Auxerre, ou il s'acquit une grande reputation au dedans et au dehors. L'eveque d'Auxerre eut de lui une singuliere estime et le choisit pour son confesseur (2). Ses religieux, pour lesquels il avait une affection de pere, 1'aimaient tres sincerement. Aussi le Reverend Pere fut-il elu depute au Chapitre general aussit6t que les Regies permirent de 1'y envoyer. Saint-Laumer de Rlois 1'eut ensuite a sa tete (3). Telles etaient les esperances que Ton fondait sur sa personne, que deux ans plus tard, Dom Thomas Blampin etant mort dans 1'exercice de sa charge de Visiteur de Bourgogne, le choix's'arreta sur Dom Hubert Maillard pour le remplacer. Le R. P. Martin Filand, Visiteur de la province de France, qui le connaissait particulierement, s'y opposa toutefois, donnant comme motif que le candidat etait fort penitent et que le peu de management dont il userait envers soi-meme pouvait faire craindre qu'il ne succombat a la peine. Cette prediction se realisa, et Dom Maillard mourut a Flavigny le 18 novembre 1710, au cours de la visite qu'il venait d'en tamer (4).
(i) On a conserve de Dom Maillard : Oraison funebre de Messire Bnigne Joly, ehanoine de Saint-Etienne de Dijon, in-4% Dijon, i6g5.
(a) Andre Colbert, ev&jue d'Auxerre de 1676 a 1704 ; Charles de Caylus de 1705 a 1764.
(3) Dom Hubert Maillard fut prieur de Saint-Germain d'Auxerre de 1702 a 1708 et de Saint-Laumer de Blois de 1708 au mois de mai igio.
(4) L'abbaye de Flavigny fut fondee en 711 par saint Ware ou Widrade en 1'honneur de saint Prix et unie a un ancien monastere etabli par Clovis sous Pinvocation de saint Pierre. En 864, 1'abbe Eigil y transfera le corps da sainte Reine d'Alise, et en 877 le pape Jean VIII en fit une nouvelle dedicace : des lors 1'abbaye ne fut plus connue que sous le nom de saint Pierre. Dix ans plus tard, les Normands penetraient en Bourgogne et detruisaient le monastere ou, au X* siecle, 1'observance etait retablie par Heldricus, abbe de Saint-Germain d'Auxerre. L'abbaye de Saint-Pierre de Flavigny eut a souffrir des guerres civiles qui agiterent la Bourgogne, et les Anglais la mirent au pillage en i35g. Les religieux de la Congregation de Saint- Maur furent mis en possession du monastere de Flavigny en i644 par 1'abbe commendataire Philippe Riollan. L'eglise abbatiale a disparu, sauf la crypte et quelques mines du sanctuaire. Les batiments abritent une usine et diverses habitions particulieres.
5o DE LA VIE DBS JUSTES
Du R. P. DOM FRANCOIS DE LAMY
Le R. P. Dom Frangois de Lamy joignait a 1'illustration de la naissance une profonde humilite et un grand amour pour la penitence. II naquit au cMteau de Monthireau dans le Perche (i), d'une famille ancienne et illustre, unie de parente ou d'alliance a quantite de maisons des plus distinguees du royaume. II eut pour pere Messire Charles de Lamy, chevalier, seigneur et baron de Monthireau, et pour mere Elisabeth de Grassan, tous deux de grande piete. Dieu accorda Francois de Lamy de Monthireau a leurs instarites prieres, et la naissance de cet enfant leur causa une joie bientdt troublee par une epreuve. La complexion de Francois etait delicate et, a 1'age de dix mois, il donna tous les signes d'une mort veritable. Son pere, plonge dans la douleur, recourut au ciel et promit a saint Frangois de faire* porter a 1'enfant 1'habit de son Ordre pendant deux ans, s'il le ramenait des portes du tombeau. Dieu exauga ce voeu, mais le baron de Monthireau ne tarda pas lui-meme a mourir.
Madame de Lamy, bien que remariee ensuite a M. d'Angennes de Fontaineriant, prit soin elle-meme de 1' education de ses enfants. Elle avait eu de son premier mari Frangois et Elisabeth de Lamy; et cette derniere a ete depuis madame la comtesse de Durcet, si remarquable par ses grandes vertus, notamment sa charite envers les pauvres. Du second lit sont issus Charles, marquis d'Angennes de Fontaineriant, et Catherine, depuis comtesse d'Hieville et mere de madame la Marechale de Montesquieu.
Frangois fut le premier objet des sollicitudes de madame de Lamy et regut d'elle le gout de la piete, 1'amour de la vertu et 1'habitude de juger sainement de toutes choses. Son riche naturel repondit du reste aux soins d'une si bonne mere et, des ses plus teridres annees, 1'enfant laissa entrevoir ce que serait 1'homme plus tard. II eut les agrements du jeune eige sans en posseder les defauts, et jusque dans ses jeux il faisait preuve de sagesse, n'aimant que ceux ou le succes depend de 1'adresse et de 1'esprit. Ses gains des lors etaient employes a acheler des objets en rapport avec ses gouts pieux.
II eut pour precepteur M. Rohault, lequel brilla depuis dans la
(i) Monthireau, Montireau, com. du canton de la Loupe, Eure-et-Loir.