‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 15 sur 61 · DOM FRANQOIS DE LAMY · texte numérisé non relu

DOM FRANQOIS DE LAMY

Faculte de mdecine de Paris, et fit avec lui ses humanites et sa philosophie. Ensuite il alia aux exercices chez le fameux Arnolfini, qui, dans le meme temps, avail 1'honneur de donner des lecons au Roi. Le futur Pere de Lamy etait d'une taille mediocre, mais Men prise. II avait la physionomie heureuse, un beau front orne de la plus belle chevelure, le port noble, 1'air doux, les manieres insinuantes. Ainsi avantage de la nature, il deployait aux exercices tant d'adresse et de bonne grace, que le Roi en fut plusieurs fois charme au point de 1'honorer de ses compliments.

Apres cette preparation, Madame de Fontaineriant, desireuse de seconder la noble ardeur de son fils pour les armes, le confia au due de Richelieu, sous lequel il fit une ou deux campagnes, donnant des marques de son intrepidite dans les actions les plus perilleuses.Quelques passions de jeunesse vinrent, il est vrai, obscurcir ses belles qualites, et une fois il se trouva engage par point d'honneur a mettre 1'epee a la main. Mais Dieu 1'attendait la. Son adversaire lui ayant porte un coup qui donna centre une regie de saint Benoit qu 'il avait sur lui, il ne fut point blesse. La pensee du danger qu'il venait de courir en exposant ainsi le salut de son ame le fit rentrer en lui-meme : les saintes semences que sa mere avait jetees en lui dans son enfance se reveillant, il resolut, la grace aidant, de changer de vie, et sous la direction de Dom Antoine Durban fit une retraite de quelques jours, qu'il termina par une confession generale.

C'est dans cette retraite, au cours de laquelle il pleura amerement ses peches, que M.. de Lamy se decida a les expier par une entiere separation du monde. Gette determination lui couta neanmoins un rude combat centre lui-meme. II lui fallut lutter contre sa tendresse pour sa mere, qui n'avait rien epargne pour son education, contre les charmes du monde qui lui riaient de tous cotes, contre sa passion pour les armes. Le depart des troupes pour Montmedy faillit lui faire ajourner son projet et il partit lui-meme. La grace, qui ne 1'abandonnait point, fut cependant la plus forte, et quoique son equipage le precedat de quelques jours, il revint sur ses pas et alia se jeter aux pieds du R. P. Dom Harel, alors General de la Congregation, de qui il obtint une obedience pour etre admis au noviciat de Saint-Remy de Reims. II partit en poste pour s'y rendre, habille de noir et suivi d'un seul valet de chambre. Sa mere 1'y rejoignit bientot toute eploree et fit tousles efforts, mais en vain, pour le faire changer de resolution. Le bruit des trompettes et des tambours, le fracas des bagages et de la plus grande partie des troupes qui allaient au siege de Montmedy, la vue

des officiers qui venaient a Saint-Remy pour y voir la sainte Ampoule, ne lui livrerent pas des moindres assauts; et pour x les eviter, il pria le superieur de lui permettre durant les offices du jour de ne point assister dans le choeur avec les religieux, selon la coutume des postulants, mais de se tenir a 1'ecart : ce qui lui fut accorde.

Le futur Dom de Lamy prit Phabit le jour de saint Pierre de 1'an 1 658 et, en revetant les livrees de Jesus-Christ, il se depouilla du vieil horn me et bientot marcha a pas de geant dans les voies de la perfection. II trouva du reste dans le R. P. Dom Vincent Marsolles, son prieur et son Pere Maitre, le guide et le conseil qui devaitraffermir dans ses saintes resolutions. Son noviciat acheve, il prononga ses vo3ux le 3o juin 1669, a 1'age de vingt-cinq ans. Madame sa mere, a laquelle il laissa tous ses biens, voulut assister a son sacrifice et fit au monastere un present de dix mille livres.

Un trait fera voir combien le Pere de Lamy etait deja change et avait pris sur lui-meme. Un valet qui 1'avait servi a 1'armee et que depuis, sur sa priere, sa mere gardait chez elle, le vint voir apres sa profession. Mais il trouva son cher maitre bien different de ce qu'il avait ete. Le Pere fit alors ressouvenir cet homme qu'un jour, traversant ensemble une riviere sur leurs chevaux, le guidon qu'il tenait en main lui avait echappe. Sur quoi il lui avait commande de Taller reprendre dans le courant ; et ayant vu le danger, il avait fait difficulte d'obeir a son maitre, qui, s'emportant, le menaga de lui casser la tete s'il n'y allait. Et apres cela, le religieux se jeta aux pieds du valet et lui demanda pardon, ajoutant que ce n'etait pas ainsi qu'un Chretien devait parler a son frere.

Le Pere de Lamy fit son seminaire de jeune profes a Saint-Nicaise, sous la conduite de Dom Nicolas Bourdoise, a la fois excellent religieux et homme d'oraison (i). II y avait alors en ce monastere un saint religieux use par 1'age et par les pratiques de la penitence, et que son superieur, par commiseration, voulait obliger a dejeuner. Gomme il s'excusait d'accepter ce soulagement, le prieur, pour le mortifier, lui signifia que, puisqu'il se refusait a obeir, il lui donnait pour superieur le frere Frangois de Lamy, auquel desormais il demanderait la permission de ne pas dejeuner. Et Ton voyait ce bon vieillard se jeter a genoux devant le jeune profes et solliciter sa permis-

(i) Ne k Paris, Dom Eustache-Nicolas Bourdoise fit profession, age de 19 ans, a Pabbaye de Saint-Remy de Reims le 8 decembre i6aa. II mourut le ag Janvier 1670 a Saint-Gorneille de Gompiegne. II avait ete nomme en i648 et 1661 prieur d'Argenteuil.

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