‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 16 sur 61 · DOM FRANQOIS DE LAMY · texte numérisé non relu

DOM FRANQOIS DE LAMY

sion a mains jointes. Mais le Pere repondait qu'il ne pouvait 1'accorder et que mieux valait obeir. Et il conduisait lui-meme le vieillard au dejeuner. On ne m'a pas specific qui etait ce dernier ; je serais toutefois bien etonne que ce ne fut pas le saint homme Dom Edmond Rousset.

De tels exemples produisaient une impression profonde sur le Pere de Lamy, et, comme par ailleurs il prenait beaucoup sur soi, il en resulta pour lui un violent mal de tete interdisant toute application. Gette infirmite, qui ne tendait pas a la mort, ne servit qu'a mettre sa vertu en evidence et a faire eclater la force de la grace. Pour charmer son mal il s'appliqua aux plus humbles travaux a la boulangerie, puis a la menuiserie. II fit meme quelques progres en ce dernier metier, ainsi qu'on en peut juger par les echantillons qui se trouvent encore dans la salle commune de Saint-Medard de Soissons. La fatigue corporelle provoquee par ces exercices manuels dissipa un peu son mal et lui permit d'etudier en philosophic, puis d'aller a Saint-Denis faire sa theologie. On vit alors la beaule et la penetration de son esprit.

Ses etudes achevees, le Pere de Lamy par humilite n'avanca a 1'ordre de pretrise qu'apres bien des remises. II fut ensuite zelateur a Saint-Faron de Meaux, ou ses vertus et ses bons exemples ne contribuerent pas peu a affermir les novices dans leur vocation. S'apercevant alors que les Superieurs avaient des vues sur sa personne et le destinaient aux premieres charges, il mit tout en osuvre pour faire avorter ces desseins. Mais le Pere Francois Douay, alors prieur de Saint-Faron, passa outre et le nomma son sous-prieur. Dom de Lamy se soumitet tira motif de la pour redoubler de ferveur et d'austerites. II etait entre les mains de son prieur comme le plus neuf des novices et recevait avec grande douceur et joie interieure les mortifications et penitences que celui-ci lui imposait assez liberalement. Ces dernieres etaient meme le seul agrement que le sous-prieur goutat dans sa charge, tandis que son humilite souffrait extremement de se voir audessus des anciens. II eut bien de la peine a en supporter le poids pendant une annee. II obtint en effet, apres de longues instances, d'aller s'enfermer dans la solitude de Saint-Basle (r), qu'il regardait

(i) Saint-Basle, com.de Verzy, ch.-l. de canton de 1'arrond.de Reims, Marne. On attribue la fondatioa du monastere de Verzy a la reine Suavegotte, epouse de Thierry I", roi d'Aquitaine, et a leur fille Theodechilde. Venu du Limousin pour prier au tombeau de saint Remy, saint Basle y revetit 1'habit monastique, alors que ce monastere ne comptait qu'une douzaine de religieux (578). Apres quelques annees

comme ties propice pour se livrer aux exercices de la contemplation et de la penitence.

Une fievre quarte arracha Dom de Lamy aux douceurs de ce desert; sous pretexte de soulagements a lui offrir* le prieur de Saint-Remy de Reims, Dom Claude Bretagne, 1'attira dans son monastere et, 1'ayant en sa possession, se mit a 1'entreprendre sans succes du reste sur 1'article des charges. Voyant que le Pere de Lamy demeurait inebranlable dans ses refus, ii lui representa qu'au moins il devait servir la religion qui 1'avait accueilli dans son sein en enseignant aux jeunes religieux la philosophic et la theologie. Dom de Lamy aquiesga a ce conseil et demeura environ un an a Saint-Remy pour se preparer a cette besogne. J'etais alors novice en ce monastere et nous admirions tous les vertus du Reverend Pere, notamment son humilite, sa modestie angelique et son amour de la penitence. Je me souviens entre autres de 1'avdir vu jeuner au pain et a 1'eau. II etait en outre fort charitable. Un jour notre Pere Maitre donna pour penitence a frere Jean Jourdain (i) de demander I'aumone au refectoire, et, apres 1'avoir fait sortir de 1'assemblee, defendit a la communaute de lui rien donner : Dom Frangois de Lamy, qui ne s'etait pas trouve a la defense, partagea son diner avec frere Jourdain.

Pendant que le Pere preparait son cours de philosophic, il rencontra a la bibliotheque les oeuvres de Descartes ; il les hit, les gouta et, le premier dans la Congregation, il enseigna la doctrine cartesienne, rompant avec tous les prejuges qu'il avait eus jusqu'alors en favour du Thomisme. Apres avoir professe cette science au Mont-Saint-Quentin, puis a Saint-Medard de Soissons, il enseigna la theologie pendant trois ans tant a Saint-Germain-des-Pres, qu'a Saint-Remy de Reims. Ces trois annees ecoulees, il se retira dans sa chere solitude de Saint- Basle pour ne s'occuper que de Dieu et de ses etudes. II n'en sortit au

de vie cenobitique, il se retira sur le sommet de la colline voisine pour y vivre en ermite. 11 y mourut vers 6ao et y fut enseveli. L'eveque Nisard construisit un monastere sur son tombeau ety transfera 1'abbaye de Verzy qui pritle nom de Saint- Basle. Vers 720, sous Charles Martel, des elercs remplacerent les moines, qui revinrent dans leiir monastere pour en etre de nouveau chasses lors des troubles qui suivirent la mort de Charles le Chauve. L'archeveque Artaud en 962 y appela, du consentement du roi Lothaire,des moines de Pabbaye de Saint-Remy, Vers 1200, Parcheveque Guillaume de Champagne consacra la nouvelle eglise de Saint-Basle, terminee par 1'abbe Richer. Les troupes de Lorraine en 1682 envahirentet pillerent cette abbaye, ou la Congregation de Saint-Maur fut introduite en i644 par 1'abbe Nicolas- Frangois Brulard de Sillery, II ne reste de ce monastere que quelques ruines sans importance.

(i) Dom Jean Jourdain, de Chalons, age de 18 ans, fit profession a Saint-Remy de Reims le i" septembre 1672; il mourut a Ambournay le 28 octobre 1720.

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