‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 17 sur 61 · DOM FRANCOIS DE LAMY · texte numérisé non relu

DOM FRANCOIS DE LAMY

bout de plusieurs annees que pour aller a Saint-Far.on, ou il esperait trouver plus de regularite que dans une petite communaute. La, il eut de grandes conferences avec M. Bossuet, eveque de Meaux, qui admirait la penetration du Pere de Lamy et sa facilite a resoudre toutes sortes de questions et difficultes. Les temoinsm'ontrapportejadis que 1'eveque, qui etait vif et ardent, s'echauffait dans la dispute, au lieu que le Reverend Pere gardait toujours son calme. II laissait parler le prelat, lui faisait jeter tout son feu, puis en deux mots renversait ce qu'il avait dit, et celui-ci reconnaissait que son interlocuteur avait raison (i).

Gomme diversion a ses etudes et pour soulager son application aux choses divines, Dom de Lamy jetait parfois sur le papier les pieuses pensees qui lui venaient a 1'esprit. II composa ainsi plusieurs opuscules spirituels, plutot en guise d'occupation et pour son utilite particuliere, que pour les rendre publics. Un de ses amis lui ayant pris sa Paraphrase sur le Suscipe 1'envoya au R. P. Dom Claude Martin, et ce dernier, sans sa participation, la fit imprimer pour la repandre dans nos noviciats. II Fa augmentee depuis lors et en a fait plusieurs autres editions (a).

Le Roi, en ce temps-la, sollicite de quelques personnes ennemies du bien et de la paix, donna ordre a nos Superieurs de deposer quelquds Prieurs de la Congregation. Dom Francois de Lamy, qui ne 1'avait jamais ete et avait tout mis en ceuvre pour ne 1'etre point, fut compris dans le nombre. Mais cette defense ayant ete ensuite levee, le Chapitre general crut qu'il fallait mettre en place le Reverend Pere ; la consideration qu'on eut pour M. 1'eveque de Meaux, qui 1'avait en particuliere estime, fut cause qu'il ne fut pas place comme il le meritait : car pour ne pas 1'eloigner 'de son diocese, on le mit prieur a Rebais. Dom de Lamy se soumit a cette nomination, et crut qu'apres toutes les repugnances qu'il avait marquees, Dieu le voulait dans la superiorite. II alia done a Rebais, ou il exerga son mandat avec les qualites d'un bon superieur. II etait charitable et fort souvent il envoyait quelqu'un de ses religieux dire la messe k I'h6pital de cette ville; et en ce temps-la precisement on y entendait des bruits horribles qui jetaient dans I'effroi tous ceux qui le desservaient. Le sousprieur, un de ceux qui y allaient dire la messe, fit des prieres et

(0 Sur les rapports de Dom de Lamy avec Bossuet, voir GEuvres de Bossaet, ed. Vives, t.XXVI, p. $07, 4o8, 4i8, 4ao et suiv.

(a) Paraphrase sur ces paroles de la profession religieuse selon la regie de saint Benoist ; Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum t et vivam. In-a/i, Paris, 1687.

meme des exorcismes, mais inutilement. AU retour d'une de ses visiles, ce religieux dit au Pere Prieur que la chose etait serieuse et il 1'engagea a s'y rendre lui-meme pour en etre temoin. Dom Frangois de Lamy alia done a 1'hopital, fut conduit a 1'endroit ou se faisait le bruit et examina de tous cotes pour se rendre compte si ce vacarne n'etait pas naturel. II s'y trouvait une petite fille qu'il se mit a considerer dans le temps que le bruit etait le plus horrible et, ayant remarque qu'elle avait la bouche ouverte, il lui ordonna de la fermer, et aussitot le bruit cessa. Menacee de recevoir le fouet si elle ne disait ce qu'elle faisait alors, 1'enfant avoua qu'elle produisait ces hurlements en retirant son haleine d'une certaine maniere, afin d'obtenir de ne plus loger au-dessus d'un four, ou elle souffrait beaucoup. Gette decouverte donna de la reputation au Pere Prieur, qui d'ailleurs etait en grande estime par bien des endroits.

Mais Dieu, qui conduit ses elus par les voies de la croix et des humiliations et qui voulait sanctifier le Reverend Pere, permit que ce dernier invitat un jour un abbe de naissance a precher dans son monastere. Apres le sermon, Dom de Lamy, qui avail le coeur droit et ne savait' ce que c'est que dissimuler, fit remarquer au predicateur, avec des manieres honnetes cependant, qu'il eut pu se dispenser d'exprimer certaines choses qu'il avait avancees. L'abbe s'en choqua, sans neanmoins le faire paraitre, et en fit ses plaintes au Pere de la Chaise. Le sous-prieur, qui n'etait pas aussi bon religieux que Dom de Lamy, se joignit a Fabbe, et peu apres arrivait aux Superieurs majeurs 1'ordre de retirer de Rebais le Pere de Lamy et de ne plus le mettre prieur. G'etait le plus grand plaisir qu'on put lui faire; il quitta Rebais avec joie et vint a Saint-Denis, ou devait se terminer sa course.

Les hommes croient souvent satisfaire leurs passions, etils ne considerent pas qu'en pensant faire leur volonte, ils accomplissent celle de Dieu. Le Pere de Lamy avait une aversion extreme pour les charges ; Dieu voulut lui en faire gouter, mais non Ten repaitre et, satisfait de deux ans de soumission, il le retira de la par une petite persecution qui ne pouvait que lui etre honorable. Quelque temps apres je le vis a Saint-Denis, ou, selon son continuel desir, il etait soumis aux croix, car il m'avoua souffrir les memes maux qu'il avait eus etant jeune religieux et qui 1'avaient contraint d'app rendre le metier de menuisier. Je lui dis qu'il devait prendre des menagements, mais il me fit cette belle reponse : Pour se soulager il faudrait ne pas etre religieux. Et par la il voulait exprimer que les soulagements ne

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