‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 19 sur 61 · DOM PIERRE MONG · texte numérisé non relu

DOM PIERRE MONG

compagnon, car ils n'etaient que deux, menaient une vie tres austere et tres penitente. Tous les jours ils se levaient a deux heures, et 1'ete Dom Antoine, apres avoir dit matines, allait travailler au jardin depuis les trois heures jusqu'a la meditation, c'est-a-dire pendant le temps assigne pour le repos. II y revenait pendant la journee et demeurait presque toujours seul parce que Dom Marin, son compagnon (i), etait oblige, de par ses fonctions de procureur, d'aller de cote et d'autre. II n'en travaillait pas moins de son c6te, et c'est lui qui, entre autres, a repare 1'eglise. Les legumes et les fruits de leur jardin suffisaient a leur refection et ils vivaient ainsi dans une tres grande pauvrete. Pendant son sejour a Turpenay, Dom Touchard reussit a restaurer le monastere (2) : on 1' envoy a ensuite a Saint- Florent de Saumur, ou Dieu le recompensa de ses labeurs par une sainte mort le 27 novembre 1713.

CLXXXVIII Du R. P. DOM PIERRE MONGE

Voici encore un caractere a peu pres de la meme trempe que le precedent. Dom Pierre Monge etait du Plessis-Gassot (3), au diocese de Paris ; il avait vingt-six ans au moment ou il fit profession a Saint- Faron de Meaux (4), 1'an i658. A cause de sa maturite il prit tres Men 1'esprit de la religion et pratiqua a un haul degre les vertus monastiques, notamment 1'humilite, la mortification et la penitence. Aussi

en prirent possession en 1667. Quatre moines settlement pouvaient y vivre, et plus tard ce nombre fut reduit a deux. En 1670, les religieux de Marmoutier leur -faisaient don d'un lit garni, les Peres de Turpenay n'ayant pas moyen d'en acheter . C'est de ce tres pauvre monastere que Dom Antoine Touchard fut fait prieur en i6g3 et 1696. Grace a ses travauxet a ceux de son compagnon, le monastere se releva et la vie reguliere y fut retablie. II n'en reste que des mines sans importance.

(i) Dom Marin Le Maistre, ne a Lignieres, dans le diocese du Mans, fit profession, a 1'age de ao ans, a 1'abbaye de Saint-Melaine de Rennes le 18 avril i664. II mourut a Marmoutier le 22 novembre 170/1.

(a) En quittant Turpenay, Dona Antoine Touchard fut nomme en 1702 prieur de Saint-Pierre de Solesmes, et maintenu en cette charge par le Chapitre de 1706. Ce fut done vers 1708 qu'il alia a Saint-Florent de Saumur.

(3) Plessis-Gassot, com. du canton d'Ecouen, Seine-et-Oise.

(4) Le T 5 fevrier.

les Superieurs le consideraient-ils comme un excellent sujet, apte a rendre plus tard de grands services. Ses etudes terminees, il devint Maitre des novices a Saint-Remy de Reims, puis fut nomme sousprieur de Saint-Faron. G'etait faire une grande violence a son humilite. Dom Pierre Monge voyait que ces commencements le conduiraient a la superiorite, dont il avait une extreme aversion, et il mit tout en oeuvre pour 1'ecarter, n'aspirant qu'a une vie humble et cachee. II eut meme le dessein d'ecrire au Chapitre general pour demander 1'usage de la viande dans la Congregation, demarche qui devait infailliblement lui fermer 1'acces aux charges. Dom Frangois Douay, son prieur, Ten dissuada en lui remontrant que cette voie n'etait point de Dieu, qu'il devait se laisser conduire et qu'il suffisait d'avoir supplie les superieurs de ne point penser a lui. En ce tempsla ils ne consultaient pas tant 1'inclination des religieux que le bien qu'ils pouvaient faire. Aussi nommerent-ils Dom Pierre Monge prieur de Saint-Vincent de Laon (i), et lui confierent la formation des jeunes profes. L' experience qu'il fit de la superiorite lui en donna encore plus d'aversion, et il renouvela ses instances pour .en etre decharge. Voyant qu'on ne 1'ecoutait point, il se borna a demander, si on voulait le faire prieur, qu'on le mit a Orbais, ce qui lui fut accorde.

L'abbaye d'Orbais est tres peu de chose par elle-meme, mais en ce temps-la elle presentait un aspect pitoyable : des vestiges de lieux reguliers et une eglise assez mal ornee. II ne s'y trouvait plus que trois religieux au moment de 1'introduction de la reforme, et un seul faisait residence. En ce lieu denue d'agrements, il ne se rencontrait que des croix a porter, et Dom Pierre Monge ne cherchait pas autre chose. II demanda comme compagnon 1'un des notres (2) qui avait jadis aide le R. P. Dom Renoit Goquelin a rebatir le Treport, et ces deux hommes faits pour s'entendre vinrent habiter Orbais. Ils s'installerent dans un petit bailment renfermant deux chambres grandes comme celles de nos dortoirs : 1'une leur servait de cuisine; de 1' autre ils firent leur refectoire et la salle de reception. Un reduit a part fut converti en dortoir. Le jour etait occupe du matin au soir au travail des mains, sauf le temps de dire leurs messes, de reciter en chceur leur office et de faire quelques lectures de piete. Apres avoir cultive leur jardin, demoli de vieux batiments, ils n'avaient pour toute nourriture que des fruits et des legumes. Un potage etait prepare le

(i) Eu 1669 et 1672.

(a) Dom Guillaume Jamet.

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dimanche pour toute la semaine. Leurs legumes n'avaient point d'autre assaisonnement que du sel et du vinaigre : car, par esprit, de pauvrete et de penitence, ils n'avaient pas coutume d'y mettre du beurre. Ils n'avaient point de domestiques, avaient soin de 1'ecurie et faisaient toutes les grosses besognes. Quelquefois ils allaient par un motif de charite dire la messe a une lieue ou a une lieue et demie d'Orbais. Toute leur depense allait a peine a cent livres, et le reste du revenu etait employe a batir le monastere.

Dom Pierre Monge resta a Orbais jusqu'a ce qu'il eut entierement construit le monastere, qu'il 1'eut meuble proprement, pourvu 1'eglise de tous les ornements necessaires a la celebration de Toffice, et mis en etat de recevoir une communaute (i). Alors il demanda d'aller a Saint-Nicolas-au-Bois pour y faire le meme travail. II s'y trouvait deja une communaute et un prieur. On ne laissa pas cependant de 1'y envoyer pour prendre soin du temporel. C'est une grande solitude ou 1'on entend plutot dix loups qu'un homme. II s'y occupa au travail des mains jusqu'a ce que les superieurs, prenant en consideration son age avance, le mirent dans un monastere ou il put recevoir tous les soulagements dont les vieillards ont besoin. On 1'envoya done a Saint-Remy de Reims, ou il vecut dans une grande regularite, n'abandonnant aucune de ses habitudes de travail. On voulut le dispenser de faire la lecture et le service du refectoire : mais c' etait faire injure a son zele. Le temps etait venu ou le Seigneur voulait lui accorder le repos eternel. Ge bon religieux ne fut malade que deux .ou trois jours. II mourut age de 82 ans. Sa mort, recompense d'une sainte vie, arriva le jour de Noe'l 1718.

Du R. P. DOM NICOLAS QUITTEBEUF

Dom Nicolas Quittebeuf etait natif de Rouen. Jeune encore il avait embrasse la vie monastique a Valmont (a) ; mais il ne fut pas long-

(i) Dom Pierre Monge resta a Orbais de 1676 a 1699.

(a) Valmont, ch.-l. de canton de 1'arrondissement d'Yvetot, Seine-In ferieure. L'Abbaye de Notre-Dame de Valmont fut fondee en 1169 par Nicolas d'Estouteville pour des moines d'Hambie. Au commencement du XVII* siecle 1'abbe common da-

temps a comprendre que son salut n'etait pas assure dans une maison ou il n'y avail que six moines peu instruits deleurs devoirs. Persuade qu'il ne suffit pas d'embrasser un etat si on ne vit selon 1'esprit du fondateur, il vint prendre la reforme au monastere de Jumieges. Sa profession eut lieu de 10 juillet 1657, et il etait alors age de vingt-trois ans. Dom Nicolas Quittebeuf ne se dementit jamais des excellents principes qu'on lui avait inculques au noviciat et que luimeme avait puises dans notre sainte Regie. II etait fort zele pour 1'office divin, dont il sonnait toutes les heures, emploi que Ton confie d'ordinaire a de jeunes religieux ; mais Dom Nicolas le considerait comme 1'un des plus honorables et des plus saints du monastere, puisque notre Bienheureux Pere en a donne le soin a 1'Abbe, et qu'il s'agit d'appeler les autres a venir chanter les louanges dn divin Maitre. II y prenait part avec une ferveur qui animait tous ses freres, et de son chant il soutenait tout le choeur.

II demeurait un temps considerable a 1'eglise apres les matines et, en rentrant au dortoir, il marchait doucement et le plus eloigne possible des chambres afin de ne pas reveiller ceux qui reposaient. II avait la meme circonspection pendant la journee par amour du silence et pour n'incommoder personne. II entretenait avec grand soin quelques chapelles et avait fort a cosur tout ce qui regarde le culte de Die a et de ses saints. II etendait meme ce respect aux premiers peres de notre Congregation, les regardant avec justice comme des saints. II n'en parlait qu'avec veneration et conservait comme une relique quelques cheveux du R. P. Dom Tarisse.

Son amour de 1'oraison 1'eloignait en meme temps des creatures. Bien qu'il habitat pour ainsi dire aux portes de Rouen, il n'y est jamais alle pendant les vingt ans et plus qu'il sejourna a Jumieges. II ne permettait meme pas a sa belle-soeur de le venir voir et, non content d'eviter ainsi toute relation avec les gens du monde et avec ses parents, il vivait a part des religieux autant qu'il pouvait et qu'on le lui permettait. Aussi pendant 1'Avent, le Gareme et a toutes les grandes fetes gardait-il le silence, ne se trouvant point aux recreations.

A cela Dom Quittebeuf joignait une grande mortification. II se con-

taire, Louis de la Fayette, tenta d'y introduire la Congregation de Saint-Maur : ses projets echouerent. Un de ses successeurs, Constance de Lort de Serignan, eveque de Macon, fut plus heureux, et en 1768 les reformes prirent possession de 1'abbaye de Valmont. La plus grande partie de 1'eglise est en ruines; la chapelle de la Vierge a ete conservee. On y trouve de beaux monuments et debris de sculptures et de remarquables verrieres.

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tentait de cidre comme boisson et n'usait de vin qu'au saint sacrifice de la Messe. IlTendait tous les services possibles a tous ses confreres, notamment a ceux qui faisaient imprimer quelque ouvrage. II etait toujours pret a collationner pour ceux-la les manuscrits de Jumieges qui sont assez nombreux, ou bien a leur copier ce qu'ils souhaitaient. J'en ai fait 1' experience moi-meme, et je demeure surpris de la quantite d'ecritures qu'il a executees pour moi, non moins que de leur exactitude et de la promptitude qu'il y mettait. Dieu exerga la vertu de ce religieux en permettant qu'il fut assailli de scrupules qui ne lui laissaient aucune relache. II n'en vecut pas moins jusqu'a quatre-vingts ans ou environ, et mourut a Jumieges le 28 mai

Du R. P. DOM SIMON BOUGIS

Si la grandeur des hommes devant Dieu se doit mesurer sur la grandeur de leur humilite, on ne peut douter que le R. P. Dom Simon Bougis n'ait ete comble des graces du Seigneur en abondance dans ce monde et d'un degre de gloire tres sublime dans 1'autre. Ce * grand serviteur de Dieu appartenait a 1'une des premieres families de la ville de Seez. Fuyant la vanite du monde, il s'etait retire a 1'abbaye de Vendome, ou il trouva comme prieur le R. P. Dom Vincent Marsolles et comme sous-prieur Dom Claude Martin, deux maitres de la vie spirituelle sous la direction desquels il jeta les fondements de cette haute perfection a laquelle il devait atteindre. L'un et 1'autre eurent soin de 1'elever dans la mortification et de ne lui pardonner aucune faute, meme legere. Un jour qu'il montait precipitamment un escalier en enjambant deux degres a la fois, Dom Claude Martin, qui 1'aperc.ut, lui fit prendre la discipline pour ce fait, et de cette punition il garda une telle impression que de toute sa vie elle ne s'effaga de son souvenir.

Son noviciat acheve, frere Simon Bougis prononga ses voeux le 6 juillet 1 65 1. II parcourut ensuite le cercle des etudes, toujours fer-r vent et regulier, puis il fut renvoye a Vendome pour remplir les fonctions de zelateur, et de la il vint a Marmoutier comme sousprieur. C'etait 1'epoque ou 1'on commengait le batiment, et, bien que

Ton n'en vit encore que les fondations, le nouvel arrivant protesta contre et denonga plusieurs fois 1'eiitreprise aux Superieurs Majeurs, qui laisserent continuer, nevoyant pas le point -ou les choses devaient aller. Je ne sais si I'ceuvre deplut a Dieu, mais 1'annee ou elle prit commencement, le prieur, le cellerier et le procureur, qui en etaient le principaux promoteurs, moururent tous les trois : voila ce que je sais bien. Ne pouvant se resoudre a assister a la continuation de cette batisse, Dom Simon Bougis obtint a force d'insistance son retrait de Marmoutier, et quelques annees apres il devint prieur de Lagny et directeur des jeunes profes qu'on y envoyait. En depit d'une sante delicate et de frequents crachements de sang, il s'acquitta dignement de ce mim'stere. Ge fut alors qu'il composa a 1'intention des novices et jeunes profes ses Meditations sur la vie purgative (i) qui furent tres goutees et que les plus anciens religieux employaient a 1'egal des plus jeunes.

J'ignore si le Reverend Pere remplit deux triennats a Lagny (a) ; tout ce que je sais, c'est qu'il fut decharge, soit a sa demande, soit par la volonte des Superieurs, et que le poste qu'on lui donna ne le cedait guere a celui qu'il venait de quitter, puisqu'il devint sousprieur du R. P. Dom Vincent Marsolles a Saint-Denis et que, trois ans plus tard ce dernier, ayant ete elu General de la Congregation, le prit pour secretaire. En Dom Simon Bougis il trouvait un homme vigilant, attentif et exact. II ne manquait a aucun des devoirs de sa charge et prenait si bien ses mesures qu'il ne s'absentait jamais de 1'office divin et de la grand'messe que dans les cas de pressante necesr site. En ce temps-la on travaillait a 1'edition de Saint Augustin : le R. Pere en revoyait presque toutes les epreuves et collationnait seul les manuscrits qu'on lui conn" ait.

Dieu ayant rappele a lui le R. P. Dom Vincent Marsolles dans la

(i) Meditations pour les Novices et les jeanes Profes et pour toutes sortes de personnes qui sont- encore dans la vie purgative, in-4, Paris, 167^- On a encore de ce religieux : Meditations pour tous les jours de Vannee, a in-A, Paris, 1679; Lettre circalaire sur la mart de Dom Vincent Marsolle, Superiear-General de la Congregation, 12 septembre, 1681; Meditations sar les principaux devoirs de la vie religieuse, in-4, Paris, 1699. On lui attribue quelquefois : Exercices spirituels iires de la Regie de saint Benoit : mais cet ouvrage n'est qu'une edition de la Pratique de la Regie de saint Benoit de Dom Claude Martin.

(a) Nomine prieur de Lagny par le Ghapitre general de 1666, Dom Simon Bougis ne fut pas maintenu comme prieur en i66y. Apres avoir ete pendant deirx ans prieur de Saint-Denis, il fut nomme en i684 visiteur de la Province de Bretagne. De 1687 a 1690 il fut prieur de Saint-Ouen de Rouen, puis assistant du R. P. General de 1690 a 1699, et de 1702 a 1706. En cette anne"e il fut elu Superieur general, dignite dont il obtint d'etre decharge en 1711.

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dixieme annee de son generalat, Dom Benoit Brachet fut choisi pour lui succeder. Dom Simon Bougis devint prieur de Saint-Denis en France, a la place de Dom Geoffrey Mommole, qu'un ordre de la Cour venait de faire deposer dans la diete annuelle (i). Son humilite souffrit de ce choix ; mais, comme il avait de la vertu et qu'il lui etait impossible de refuser, il se soumit et alia commander par obeissance. 11 remplit, au reste,'Si bien 1'attente generate que deux- ans plus tard on le deputa au Chapitre general, ou il fut elu definiteur. Cette assemblee continua Dom Benoit Brachet dans le generalat en depit de ses supplications, et, comme ce Reverend Pere suppliait les definiteurs de le prendre en pitie a cause de son age avance, Dom Claude Martin, qui presidait, lui repondit : Nous ne faisons ici misericorde a per- (( sonne. L'election des Assistants et des Visiteurs eut lieu ensuite, et le R. P. Dom Simon Bougis s'entendit proclamer Visiteur de Normandie. II fit ce qu'il put pour faire changer cette designation, alleguant en vain sa sante et la delicatesse de sa poi trine ; le President lui repliqua que son corps et sa sante appartenaient a la Religion et non a lui-meme, et qu'il devait s'estimer heureux s'il lui arrivait de mourir au service de cette derniere et en pratiquant 1' obeissance. Au bout de son triennat comme Visiteur, il devint prieur de Saint-Ouen de Rouen, ou il s'acquit une grande reputation parmi tout ce qu'il y avait dans la ville de grand et de plus meritant.

L'an 1690, on fut conlraint de retirer du regime le R. P. Dom Claude Martin, qui avait rempli saintement durant neuf ans de suite 1'office d' Assistant, II fallut lui donner un successeur, aussi bien qu'a son collegue. Le Pere Dom Claude Boistard etait alors General, et, comme c' etait un homme facile et ne pechant pas en zele pour la regularite, on lui donna pour Assistants deux hommes de tete, Dom Antoine Durban et Dom Simon Bougis, qui 1'un et 1'autre s'acquitterent dignement de cet emploi. Lorsqu'il se presentait des affaires facheuses a traiter, le Pere General nommait ordinairement Dom Simon Bougis comme commissaire, a cause de son experience et de la connaissance qu'il possedait de la Congregation et de tout ce qui la concernait. Et de fait, Dieu accorda une benediction particuliere a son obeissance et a ses soins. Dans une des commissions, il passa expres par Marmoutier pour y voir Dom Claude Martin, devant lequel il se mit a genoux et lui demanda sa benediction. Dom Simon Bougis fut continue neuf ans Assistant du R. P. General.

(i) Voir plus haut la notice consacree k Dom Mommole Geoffrey.

Ayant ete elu President du Ghapitre general de 1699, Dom Simon Bougis manifesta son zele pour la religion en faisant decharger les Superieurs qui paraissaient moins reguliers. Les definiteurs les plus zeles, lasses du gouvernement mol et faible du Pere Boistard, jeterent les yeux sur Dom Bougis pour le remplacer. Us en confererent d'abord entre eux, puis ils passerent a 1' execution de ce dessein. Lorsque le Reverend Pere se vit elu General, il ne put contenir 1'amertume de son coeur, ni son affliction qui jamais n' avait ete si grande. II protesta contre ce qui venait de se faire et declara ne vouloir accepter le Generalat. Mais ces resistances ne firent que confirmer les Definiteurs dans leur choix. Voyant qu'on ne tenait aucun compte ni de ses prieres, ni de ses remontrances, Dom Bougis imita en cette extremite 1'exemple des plus grands saints. La veille de la conclusion du Chapitre, il donna ordre qu'on lui tint un cheval prepare pour quatre heures du matin. Sa messe achevee, il remit les clefs de sa chambre au Pere Dom Innocent Bonnefoy, pour les remettre es mains du Pere Boistard ; puis il expliqua a ce confrere la resolution qu'il avait prise. Dom Bonnefoy fit ce qu'il put pour 1'empecher de la mettre a execution et lui promit de faire son possible dans le defmitoire pour obtenir de changer 1'election : mais Dom Bougis n'osa s'y fier, partit et prit la route de Vendome.

On ne fut pas longtemps sans etre au courant de cette evasion. Des les six heures du matin le Pere Boistard, en qualite de plus ancien des definiteurs, assembla tous les capitulants et, apres avoir exagere le fait de la sortie du Pere Bougis et presente ce dernier comme un pusillanime qui n'aimait pas la Congregation, il conclut qu'il fallait elire promptement Tin nouveau definiteur. II ajouta qu'ayant envoy e a la poursuite du fugitif et ses recherches etant demeurees vaines, il n'y avait pas d'apparence de le voir reapparaitre. Mais le bon Pere Boistard eut bien pu se dispenser d' envoy er chercher Dom Bougis a Saint-Julien, ou il devait supposer que ne se trouvait pas ce dernier, ni faire tout ce fracas. II n' avail qu'a terminer le Chapitre par la nomination des Superieurs, et force eut ete a 1'humble religieux de se soumettre. Mais il n'etait peut-etre pas fache d'etre continue General, ainsi qu'il arriva ; et, comme il avait fort exagere 1' evasion du Pere Bougis, les definiteurs ne donnerent aucun emploi a ce dernier et le deposerent completement ; puis ils se haterent d'achever le Chapitre.

Le lendemain, le Reverend Pere, qui etait arrive a Vendome, en apprit la conclusion et constata bien du changement dans ce qu'il

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avait fait commencer avec tant de sagesse. II benit Dieu de se savoir decharge completement et ecrivit une lettre pleine de soumission au Pere General, lequel lui permit de choisir pour residence le monastere de la Congregation qu'il voudrait. Toute la France admira la conduite de Dom Simon Bougis ; le Roi et la Cour congurent de lui line estime extraordinaire, et le pape Clement XI, qui venait de casser 1'election de deux Generaux, dit tout haut, en apprenant ce qui venait de se passer, qu'il ne s'etonnait pas s'il y avait tant de bien dans cette Congregation, puisqu'on y fuyait les dignites. Passant par Vendome, le R. P. Dom Dieudonne Buisson avait invite Dom Simon Bougis a venir se fixer a Jumieges, dont il etait prieur. Celui-ci accepta 1'offre, persuade qu'en ce lieu champetre il echapperait a 1' attention des hommes et aurait part aux merites des saints nombreux qui y ont vecu. II sollicita du Pere Prieur le soin des crachoirs, des lampes et de la lessive, estimant que cet office serait plus honorable aux yeux de Dieu que le generalat. Mais lorsqu'il fallut puiser de 1'eau pour faire la lessive, ses forces diminuees par 1'dge ne suffirent pas a cette besogne. Le Pere Prieur lui donna d'ailleurs tout pouvoir dans son monastere et permit aux religieux de Taller voir toutes et quantes fois qu'ils voudraient pour lui ouvrir leur conscience et profiter de ses bons avis. On le tenait en si grande veneration, qiie toute parole de lui etait acceptee comme un oracle et que, dans la province entiere, pas un seul Superieur n'eut ose aller contre son sentiment, en sorte que reellement il gouvernait cette province sans cependaut paraitre.

Deux ans apres ces evenements, Dom Louis Trochon, premier Assistant du Pere General, mourut au mois de mars, et a la diete suivante le Pere Boistard proposa Dom Simon Bougis pour remplacer le defunt : ce qui fut ralifie par 1'assemblee. Ainsi les postes honorables se presentaient d'eux-memes a cet homme de Dieu qui les fuyait si fort, et rien n'obligeait le Pere Boistard a le presenter de la sorte aux suffrages, sinon sa vertu et la connaissance qu'il avait de la Congregation. Les humeurs de ces deux hommes etaient en effet totalement differentes, et je me souviens de la replique que fit un jour Dom Boistard a un religieux qui se plaignait a lui de son prieur : II faut bien que je m'accommode, moi, du Pere Bougis.

Un an apres, le Chapitre general s'ouvrit a Marmoutier, et Dom Bougis y eut a subir une petite humiliation. Les capitulants etaient reunis pour examiner les elections des deputes et declarer 1'assemblee canonique, lorsque Dom Claude Hemin, religieux respectable

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par sa vertu et les charges qu'il avait occupees, se leva et declara que le Pere Dom Simon Bougis ne devait pas etre admis a sieger, a cause de sa fuite du precedent Ghapitre, faute pour laquelle iletait passible d'une punition. On fit sortir 1'accusateur et 1'accuse; apres quoi le Pere Boistard, qui presidait en qualite de General, demanda 1'avis de chacun des capitulants, et tous, a 1'exception d'un seul, repondirent que 1'action incriminee meritait des louanges plutot qu'un chatiment. L'assemblee fut en consequence reconnue canonique, et Dom Bougis, elu definiteur, resta en meme temps continue dans sa charge d' Assistant. Le Reverend Pere, qui savait tout mettre a profit, ne manifesta aucune emotion en cette occasion et, comrne je me trouvais seul avec lui quelques jours apres, je ne pus m'empecher de lui dire que sa fuite avait fait grand tort a la Congregation dans le besoin ou elle avait de lui pour en soutenir le bien et en corriger les relaches. 11 me repondit qu'il n' avait rien fait sans 1'avoir bien pese et qu'il ne se repentait pas; que, s'il avait pu penetrer 1'avenir, il n'aurait pas accepte la charge d' Assistant; mais qu'il nepouvait pas prevoir ce qui devait arriver.

Trois ans plus tard, le Reverend Pere Dom Claude Boistard, pour lors age d'environ quatre-vingt-cinq ans, ne se sentant plus assez de vigueur pour porter la charge de General, qu'il occupait depuis dixhuit ans, resolut de faire elire un nouveau General. II vint expres au Chapitre pour empecher que le Pere de Loo ne fut elu : dans 1'etat d'epuisement de ses forces ou il etait, il ne se serait pas mis en route s'il n' avail eu cette vue. Lorsqu'on vint a 1'election, les voix se partagerent. Dom Boistard en eut quatre, Dom Bougis autant, et Dom Marcland une. Apres trois reprises de votes, comme les Definiteurs persistaient chacun dans leur choix, il fallut en venir a un compromis que les trois elus precedemment furent charges de terminer. Le Pere Boistard donna alors sa voix au Pere Bougis ; celui-ci donna la sienne au Pere Boistard, finalement le Pere Marcland elut le Pere Bougis. Lorsque ce resultat eut ete communique aux Definiteurs, 1'elu refusa son consentement et declara qu'il n'acceptait pas le generalat. A cette ouverture le Pere de 1'Hostallerie se leva et lui dit : Comment, mon Pere, vous ne voulez pas vous soumettre a la definition du Chapitre, et ou est done 1'obeissance ? Nous vous commandons d'accepter la charge a laquelle vous etes destine du ciel. Le Reverend Pere ne se rendit point a cette raison, il mit tout en ceuvre pour faire revenir sur 1'election, et il meditait quelque nouveau dessein, lorsque, s'etant alle confesser avant la meditation, son confesseur

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refusa de lui donner 1'absolution s'il n'acceptait le generalat. II demeura une demi-heure aux pieds de ce dernier, versant d'abondantes larmes; il fallut pourtant se soumettre, mais, bon Dieu, avec quelle douleur! Elle parut danstoute sa vivacite quand toutle monde fut reuni au Chapitre pour entendre la nomination des Superieurs, et lorsqu'il entendit prononcer son nom, il lacha la bonde a ses pleurs.

Dom Simon Bougis avait alors soixante-seize ans. II gouverna la Congregation perdant deux triennaux avec beaucoup de sagesse, s'acquittant de tous ses devoirs de Superieur sans omettre ceux de simple religieux. Dans un si haut poste, il lavait encore lui-meme ses sergettes a quatre-vingt-deux ans, et il continua de le faire tant que Dieu lui en donna la force. Je me souviens que durant un Ghapitre general ou il etait a la fois definiteur et secretaire, c'est-a-dire accable de besogne a ne pouvoir se remuer, on le rencontrait apres les seances allant s'acquitter de cette besogne qu'il n' avait pu expedier auparavant. Un jour, je lui dis le plaisir que j'aurais eua lui rendre ce leger service : Vous me faites la un beau compliment, me repondit-il, moi qui ne chargerais pas un valet de cette peine, j'aurais recours a un religieux et a un pretre 1

Le R. P. Bougis etait tres capable ; il possedait saint Augustin et saint Bernard et il eut pu briller ; mais il affectionnait ce qu'il y avait de plus humble. Un jour que j'allais le trouver dans sa chambre il etait alors General , je le vis occup6 a lire les Conferences de Cassien, ouvrage qu'on donne ordinairement auxjeunes religieux. II avait autrefois compose des Meditations sur la Regie de saint Benoit et il se refusa constamment a les faire imprimer. Lorsqu'il etait prieur de Sainl-Ouen, il les preta a son sous-prieur, qui dirigeait les jeunes profes; s'etant apergu que ce dernier les communiquait a d'autres, il les lui reclama et les jeta au feu, croit-on, car on ne les a plus revues. II ecrivit ,egalement plusieurs autres ouvrages de piete qui eussent ete fort u tiles (i); il ne communiquait point avec le dehors et trouvait de cette fagon, avec le temps de s'acquitter de ses devoirs de

(i) Outre les ouvrages imprimes que nous avons mentionnes, Dom Simon Bougis avait compose : Idcea Beligiosi in operibus S. Bernardi adumbrata dont il existe des copies en diverses bibliotheques, k Meaux, a Amiens, a Epernay ; Manuel des religieux ou traite" des vceux; Traite de la Charite; Traite sur le Droit Canon; Commentaire sur les Psaumes ; Meditations sur la Regie de saint Benoit; Un recueil des Vies des saints Religieux de la Congregation ; Regalis abbatiae Sancti Audoeni Rothomagensis historia compendiose descripta, ecrit compost pendant qu'il etait prieur de Saint-Ouen (Bibliotheque de Rouen, ms. 1200, p. 12 5).

Superieur et de religieux, le loisir de vaquer a quelques compositions. II lui arriva aussi de collationner certains textes de saint Gregoire pour le R. P. de Sainte-Marthe, alors prieur de Bonne-Nouvelle ; lui-meme en ce temps-la etait Assistant.

Je reviens a son Generalat, qu'il porta toujours avec peine. Apres six ans d'un sage gouvernement, il se fit decharger de tout office afin de mourir simple religieux, et Dieu permit que son remplagant fut Dom Arnoul de Loo, dont les maximes etaient bien differentes des siennes. II en eut beaucoup de peine et, voyant que le nouveau General se donnait de grands airs et commencait a donner des repas magnifiques aux seculiers, il le fut trouver etlui remontra, avecune sainte vigueur, qu'il s'eloignait de Tesprit de la Congregation. Le Pere Duvivier (i), present a. 1'entretien il etait alors Visiteur, mais grand flatteur , lui demanda de quoi il se melait. Je me mele de mes affaires, repondit le Pere Bougis, je suis religieux de la Congregation et j'y ai fait un personnage qui m'oblige a veiller et a travailler a la conservation du bien que j'y ai trouve. Le Pere de Loo mourut deux ans plus tard, et Dom Bougis regarda ce d6ces comme une preuve de la protection de Dieu sur la Congregation.

Lui-meme vecut encore trois ans dans une tres grande regularite. Lorsqu'il n'6tait pas incommode, il assistait a tous les offices de nuit et de jour. Cependant Dieu, pour 1'eprouver, le reduisit a un etat ou il ne pouvait plus ni marcher, ni lire, ni ecrire; il ne s'en faisait pas moins porter tous les jours a la messe et aux vepres. Son amour de la Congregation le rendait anxieux sur Tissue du Ghapitre general qui devait se tenir apres la mort du Pere de Loo. Soit qu'il eut le pressentiment de ce qui allait arriver, soit pour un autre motif, il s'en ouvrit a moi et me confia qu'il redoutait fort que 1'election du General se fit

(i) Dom Frangois Duvivier, ne a Paris, fit profession, age de ao ans, a 1'abbaye de Saint-Faron de Meauz le 3i aout 1664. Pendant une quarantaine d'annees il occupa les principales charges de la Congregation. II debuta en 1675 comme prieur de Saint-Aubin d'Angers et fut maintenu en 1678. Trois ans plus tard, il allait en la meme qualit6 k Saint-Serge, ou il demeura jusqu'en 1687. A cette date le Chapitre general le designa pour Saint-Pierre de la Couture; en 1690 il etait choisi pour visiteur de la province de Normandie et en 1698 de celle de Chezal-Benott. En 1696 il fut nomme prieur de Jumieges; en 1699 Visiteur de la province de Bourgogne; en 1702 et 1706 prieur de Fecamp; en 1708 de nouveau visiteur de la province de Normandie, et en 1711 de celle de France. II etait depuis 171/1 prieur de Marmoutier, quand a la diete de 1716 fut signifie 1'ordre de la Cour de deposer Dom Francois Duvivier et quelques autres Superieurs dont on avait surpris des lettres sur les matieres du temps . Dom Francois Duvivier fut en consequence envoye a Saint-Aubin d'Angers, puis & Saint- Vincent du Mans, ou il mourut le 19 decembre

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par un seul compromissaire. Comme pour le tranquilliser je lui repondais que cela n'arriverait pas, il me repartit d'un air tres assure : Gela n'arrivera pas? Vous le verrez, vous le verrez. Effectivement 1' election se fit par un seul, ainsi qu'il 1'avait predit; mais Dieu nous donna un homme selon son coeur en la personne du R.P. de rHostallerie. Peu apres, sur la fin de juin, Dom Simon Bougis tomba malade et s'eteignit saintement, le i er juillet 1714.

Lorsqu'il etait Assistant, les religieuses du Val-de-Grace 1'elurent pour leur Superieur et, afin de s'assurer de lui, elles s'adresserent au Roi. Dom Bougis ne put tenir centre une si grande autoriteet ilgouverna ces religieuses avec tant de prudence, que lorsqu'il abandonna la conduite a un autre, le Roi lui temoigna son contentement (i). .

Du R. P. DOM AUGUSTIN COLLET

DomAugustin Collet, natij d'Epernay, avait jait projess ion a Saint- Remy de Reims le 29 juin 1673, a I' age de vingt et un ans. Nomme" administrateur de Lyre en 1687, il s'y occupa en meme temps de la formation des novices et il gouverna ce monastere 1'espacede six ans. II avait une attention particuliere a bien former les jeunes gens et il les instruisait par ses exemples autant que par ses paroles. Austere et mortifie pour lui-meme, il traitait ses religieux avec une grande douceur et avait pour eux une affection si tendre que, lorsqu'il lui fallut les quitter pour aller a Vendome, il versa beaucoup de larmes. II avait une particuliere compassion pour les religieux tombes en quelque faute et il le montra a sa sortie deLyre en obtenantqu'on lui envoyat a Vendome un de ceux-la, desireux qu'il etait d'eviter a ce malheureux 1'occasion d'une rechute et esperant le remettre dans le droit

(i) La notice de Dom Simon Bougis dans le N&rologe de Saint-Germain-des-Prds est de Dom Massuet (Vanel..., p. io5). Une note marginale au commencement du manuscrit nous avertit que l\ pages manquent a 1'endroit ou nous sommes parvenus. Rien ne nous indique les religieux qui y avaient leurs notices. Gelle de Dom Bougis semble terminee. A celle de Dom Augustin Collet manquent les premieres lignes : nous les arons remplacees par quelques indications iirees de la Matricule.

chemin par ses soins et ses prieres, action qui pint extremement au R. P. Dom Claude Martin, duquel je 1'ai apprise.

Ce Reverend Pere avait jete les yeux surDom Augustin Collet pour lui succeder a Marmoutier; mais environ deux mois avant le Chapitre general, il se determina en faveur de Dom Louis Tascher, pensant que ce dernier aurait moins de consideration pour lui que le premier. Apres deux triennaux a Vendome, Dom Collet fut elu Abbe de Saint- Augustin de Limoges ; ayant trouve la quelques usages contraires a ceux de la Congregation et en opposition avec 1'esprit de cette derniere, il voulut les retrancher et s'attira de ce fait Findignation des precedents Abb.es de Saint-Augustin qui avaient introduit ou tolere ces pratiques. Aussi le retira-t-on de Limoges au Chapitre general suivant pour le confiner a Chezal-Renoit. Je passai en ce temps-la dans cette province, et tous les religieux que je vis me parlerent d'eux-memes du Pere Collet avec estime, affirmant qu'il avait eu raison. Mais il fautque les elus soient eprouves. En 1706, Dom Angustin sollicita et obtint une decharge complete ; il fut envoye a Saint- Remy de Reims comme simple religieux. Neanmoins on le nomma trois ans plus tard prieur de Saint-Nicaise, ou il demeura pendant deux triennaux; puis il alia en la meme qualite auMont-Saint-Quentin, ou il mourut apres trois ans de gouvernement le 17 juin 1717 (i).

Du R. P. DOM PIERRE L'ENGIGNEUR

Le R. P. Dom Pierre Lengigneur etait de la Haye-Aubree, dans le diocese de Rouen (a); age de dix-neuf ans, il fit profession a Jumieges le 17 novembre 1661, entre les mains du R. P. Dom Vincent Marsolles. Des son noviciat il montrait tant de sagesse qu'on lui confia le soin des notes, et, malgre sa repugnance pour les charges, il fut

(i) Apres avoir gouverne 1'abbaye de Lyre de 1687 & 1698, Dom Augustin Collet fut en cette derniere annee nomme prieur de la Trinite de Vendome, et maintenu en cette charge en 1696. Les Ghapitres generaux le designerent pour Abbe de Saint- Augustin de Limoges en 1699, prieur de Chezal-Benoit en 1702, de Saint-Nicaise de Reims en 1708 et 1711, et du Mont-Saint-Quentin en 1714. II venait d'etre choisi a nouveau pour cette fonction quand il fut enlev par la mort.

(2\La Haye-Aubree, com. du canton de Routot, Eure.

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superieur presque toute sa vie (i). C'etait un religieux fort humble et fort detache du monde ; il evitait surtout la conversation des grands, persuade qu'il y avait plus a perdre qu'a gagner dans leur compagnie. Lorsque Dom Lengigneur etait prieur a Saint-Evroult, il y avait dans ce monastere un religieux malade, dont les infirmites pouvaient etre comparees a celles de Job. La -paralysie lui avait enleve 1'usage de presque tons les sens, hormis celui de la vue; il ne pouvait parler et eprouvait dans tous ses membres de tres grandes douleurs. Le charitable prieur, non content de lui procurer tous les soulagements, allait tous les jours passer un temps considerable pres de ce pauvre inflrme, persuade qu'un malade est soulage de voir quelqu'un aupres de soi. Dans les monasteres ou il y avait de jeunes profes, Dom Len- - gigneur faisait a ces derniers des conferences sur leurs obligations, dont il avait ensuite la consolation de voir les bons effets. Un jour qu'il avait parle sur la pauvrete, tous ces enfants vinrent ensuite lui apporter ,ce qu'ils avaient d'images et de chapelets, comme choses superflues qu'un pauvre parfait ne doit avoir meme pour les donner, puisque son depouillement doit etre tel qu'il ne lui reste plus rien dont il puisse disposer. Dom Pierre Lengigneur, apres avoir vieilli dans les charges, obtint enfin de redevenir simple religieux, et c'est comme tel qu'il mourut a Saint-Wan drille le 24 Janvier 1718.

Du R. P. DOM SIMON CHAMPENOIS

Dom Simon Ghampenois, de nom et de naissance, etait ne a Reims, et fit profession a Saint-Remy le 29 septembre 1662 entre les mains du R. P. Dom Marc Bastide, dont il estimait la vertu avec raison. II fit de grands progres sous la conduite d'un si saint directeur. Toute sa vie il demeura fidele aux pratiques et aux instructions recues de ce

(i) Dom Pierre Lengigneur debuta dans les hautes charges de la Congregation en i684. En cette annee il fut nomine prieur de Saint-Taurin d'Evreux. Les Chapitres generaux le designerent comme prieur en 1687 de Saint-Vigor de Bayeux, en 1690 de Saiat-Evroult, en 1698 de Saiiit-Taurin pour la seconde fois, en 1696 de Notre-Dame de Josaphat, et eh 1699 de Saint-Georges de Boscherville. Apres avoir gouverne ce monastere pendant six ans, il obtint en 1704 d'etre decharge de toute superior! te.

-Jt WE LA. VIE DKS JUSTUS

maitre an c.ours do, son noYieiat. 11 n'oublia jamais outre autres cello inaxime quo, qnoique ee soil uu aete d'hnmilito do. deniandor a sou snpericur la permission do dejeuner, il oiait micux eependant dc n'en point user, aim quo. I'hommc no so rotronvo point dans les niorii tuitions.

Dom Simon Ghampenois eiait Ires intorionr el ponilo.nl. Persuade quo la perfection consist e a fairc la volonto do Dieu. il demenrail pret a executor tout ce qne les superieurs deraandaicnt de lui. Aucnn emploi ne hn paraissait, petit on ravale : des qu'ils etaicnt commandos par les snperienrs. ils etaient grands a ses yenx. Lorsqne nous faisions nos etudes a Saint-Denis, la charge de depensier, qui etait fort penible et humiliante. vint a vaquer et le R. P. Dom Claude Martin en chargea notre confrere. Celui-ci 1'acccepta aA r ec foi et sen acqnitta a 1'edific-ation de tons. Et le Prieur, pour temoigner qu'il le jugeait. capable d'autre chose, lui confia en meme temps la direction de deux Commis novices. Dom Champenois lisait alors avec beaucoup de plaisir les OEuvres de saint Angus tin, notamment ses traites sur 1'Evaugile de saint Jean: il en notait les passages les plus touchants et il nous les rapport ait lorsque nous etious ensemble en recreation. Lorsqne les Visiteurs avaient a combler un vide, ou s'il se rencontrait un emploi pour lequel ils n'eussent personne de disponible, le Pe.re Simon etait 1'homme auquel ils s'adressaient. Cette soumission lui valut d'etre officier, procureur et depositaire en plusieurs petils monasteres, et. partout on admira sa vertu. Sur la fin de sa vie on I' avait envoye a Saint-Nicaise de Reims, ou, je crois, il remplissait 1'office de sacristain ; il y mourut saintement le 20 d'octobre 1718.

Du R. P. DOM FRANQOIS PUISSANT

Le R. P. Dom Frangois Puissant appartenait a une bonne famille de Tours. II avait un frere Carme qui occupa tous les premiers emplois de son Ordre. Pour lui il ne plana pas si haut aux regards des hommes, rnais il fut peut-etre plus grand a ceux de Dieu. II fit son noviciat a Vendome sous le R. P. Dom Silvestre Morel (i), cnlre

(i) Dom Silvestre Morel naquit k la Chaise-Dieu. Age de 18 ans, il fit profession

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