DE FRERE JEAN PEDRON
Nous avons eu dans la Congregation deux Jean Pedron, tous deux de Pontville (i) dans le diocese de Vannes, dont le premier fit profession a Saint-Melaine le 7 d'aout 1669, et 1'autre prononca ses vceux a Saint-Florent de Saumur (a) le 8 mai i685, a 1'age de vingt-quatre ans. G'est de ce dernier que je rapporterai les particularites que m'ont apprises ceux de nos confreres qui Tont connu particulierement. Frere Jean Pedron etait d'un naturel violent et colere ; mais par son travail il se rendit si maitre de ses passions, qu'on ne vit jamais en lui aucune emotion. II paraissait au contraire fort doux. II avail souhaite une grande communaute pour garder une regularite plus exacte; mais les superieurs ayant juge a propos de le laisser dans une petite, non seulement il y etait tres content, il s'y plaisait meme, car I'obeissance rend tout agreable. C'etait un hbmme d'oraison, constamment uni a Dieu, avec lequel il s'entretenait, tandis qu'il gardait le silence avec les homines. Aussi avait-il obtenu des superieurs permission de ne se point trouver aux recreations. Loin de se montrer ombrageux avec ses confreres, il etait au contraire pret a les obliger en toute rencontre. Une de ses principales vertus etait 1'humilite, et il remplissait les offices les plus humiliants et les plus penibles du monastere, les regardant comme son partage et comme un titre de gloire. Ge fut par humilite qu'il demeura toute sa vie dans le degre
(1) Pontivy, ch.-l. d'arrondissement du Morbihan.
(2) Saumur, ch.-l. d'arrondisseaaent de Maine-et-Loire. Monastere fonde dans 1'ancien chateau de Saumur, ou les reliques de Saint-Florent du Mcmt-Glonne trouverent un asile lots de leur retour en Anjou. Apres la prise de Saumur par le comte Foulques Nera, les religieux s'etablirent de 1'autre cote du Thouet et eleverent un monastere dont Peglise fut consacree le i5 octobre lodo. Devenue bientot insuffisante, elle fut reconstruite au cours du XII* siecle. Gette abbaye devinttres puissante, ot le monastere de Saint-Florent-le-Vieil en devint une dependence. Mais des le XIII* siecle le relachement s'y introduisit, et les guerres avec les Anglais la transfermerent en une veritable forteresse. Au XV* siecle, les abbes Jean et Louis du Bellay s'efforcerent de la relever ; mais la commende et les guerres de religion furent une nouvelle cause de mine. Pour remedier a ces maux, I'abbe Charles Bouvard, d'accord avec les moincs, y appela les religieux de la Congregation de Saint-Maur (1687). De 1'eglise detruite en 1806, il ne reste que la crypte et le narthex (XIII* s.). Les quelques bailments sauves de la destruction furent acquis en i835 pour une communaute' de religieuses de Notre-Dame du Bon-Pasteur d' Angers.
du diaconat. Dom Joseph Miniac (i), son prieur, fit tout le possible pour le determiner a recevoir la pretrise, mais frere Jean Pedron s'excusa par des raisons si solides, que Dom Miniac avouait que si lui-meme n'eut ete pretre, il fut, croyait-il, entre dans les memes sentiments. Par la, ce religieux s'excluait de toutes les charges et de tous les emplois honorables, bien qu'il fut tres capable de les remplir avec fruit, car il ne manquait pas d'esprit etil avait fait de bonnes etudes.
Dieu enfin couronna cette sainte vie par une mort precieuse a ses
yeux, qui arriva a Chateaugontier (2) le de Tan 1701. II voulut
en meme temps honorer la vertu de ce religieux qui n'avait cherche qu'a se cacher, a etre inconnu aux hommes et a demeurer dans 1'obscurite. Le Presidial voulut assister en corps aux obseques du defunt et il deputa au R. P. Prieur pour le prior de les retarder un peu, afin qu'il put s'y trouver. Tout le peuple se jeta sur les restes de frere Jean Pedron : on dechira ses habits, on lui coupa un doigt et une oreille. 11 est invoque comme un saint; on vient a son tombeau et on s'y trouve exauce. Un epileptique, m'assure-t-on, y a ete miraculeusement gueri.
Du R. P. DOM JEAN-BAPTISTE HOUSSAYE
Dom Jean-Baptiste Houssaye etait fils d'un marechal de Conches (3), dans le diocese d'Evreux, mais ses eminentes vertus compensaient bien la bassesse de la naissance. II avait vingt-quatre ans
(i) Dom Joseph Miniac, ne a Saint-Malo, fit profession a Saint-Melaine de Rennes le 3o juillet 1670, a 1'age de 19 ans. De 1687 a sa mort qui arriva i Marmoutier le i3 juillet 1719, il ne cessa d'etre appele par les Chapitres generaux a gouverner des monasteres. En 1687, il est choisi comme prieur de Saint-Jacut ; en 1698, de Saint- Jean de Ghateau-Gontier ; en 1696, de la Trinite de Beaulieu ; en 1699, du Mont- Saint-Michel ; en 1702 et 1706, de Ssint-Gildas-de-Rhuis ; en 1708, de la Couture; en 1714 de nouveau du Mont-Saint-Michel ; et en 1717, de Marmoutier. De 1711 a 1716, il avait ete Visiteur de la province de Toulouse.
(a) Le prieure de Saint-Jean-Baptiste de Ghateau-Gontier fut fond au XI* siecle par les moines de Saint-Aubin d'Angers. La Congregation de Saint-Maur y fut introduite le a a avril 1660. L'eglise, monument remarquable de 1'architectureromane, est maintenant paroissiale, et les bailments conventuels, construits au XVII* siecle, furent affectes au presbytere.
(3) Conches, ch.-l. de canton de Farrondissement d'Evreux, Eure.