DOM JEAN LA GOREE
Du R. P. DOM JEAN LA GOREE
Dom Jean La Goree etait natif de Toulouse et appartenait a une des premieres families de robe de cette ville. II avait un frere parmi nous, Dom Jacques La Goree (i), tres bon religieux et excellent superieur, lequel gouverna les maisons de Saint-Tibery ^2), de Saint- Andre d 'Avignon (3) et de la Daurade, ou il mourut estime de ses confreres et de Messieurs du Parlement. Dom Jean n'avait pas un esprit etendu, mais c'etait un homme droit et bon. II fit profession a la Daurade le 8 mai 1677; ses etudes achevees, il devint officier dans plusieurs monasteres et sut conserver 1'esprit de piete au milieu des tracas du temporel.
II residait au monastere de au moment oil la peste desolait les
cites de Marseille et d'Aix et menacait toute la Provence, louche du
(i) Dom Jacques La Goree naquit a Toulouse, et age de 17 ans fit profession au monastere de la Daurade le a aout 1672. II gouverna success! vement les monasteres de Monloliou (i6g3), de Saint-Andre d'Avignon (1696, 1699), ^ e Saint-Tibery (1702-1705) et de Notre-Dame-la-Daurade (1711)- II mourut dans ce dernier monastere le i5 juillet 1712.
(*) Saint-Tibery ou Saint-Thibdry, com. du canton de Pezenas, Herault. Cette abbaye fut fondee en un lieu appele Ccesarion par saint Attilion, compagnon de saint Benoit d'Aniane. Situee dans le diocese d'Agde, elle etaifc sous le patronage de saint Tiberius et de ses compagnons, martyrs, dont les corps reposaient en ce lieu. Plusieurs couciles ou synodes se tinrent en ce monastere dont les moines surent toujours revendiquer la liberte des elections abbatiales. Comme un grand nombre d'abbayes, Saint-Tibery fut la proie des Galvinistes qui la saccagerent en 1571. L'abbe Maurice de Bruslet d'Andelot s'efforca d ? y retablir la discipline reguliere, et ne pouvant y parvenir, y appela en 1667 les moines de la Congregation de Saint-Maur.
(3) Villeneuve-les-Avignon, ch.-l. de canton, arrond. d'Uzes, Gard. Le monastere de Saint-Andre fut fonde au sommet du mont Andaon sur les bords du Rhone, a la fin du X siecle. En ce lieu avait vecu sainte Gasarie, qui y regut la sepulture en 687. En 980, Warnier ou Gamier, eveque d'Avignon, y retablit un monastere sous le vocable de saint Andre, et le pape Gregoire V en 999 confirma cette fondation. Une seconde eglise, dediee a saint Michel, y fut elevee en ioa4. Les comles de Toulouse abandonnerent a 1'abbaye le mont Andaon et les terres environnantes, et les rois de France y firent elever des fortifications. Au XV siecle on y voyait trois eglises dediees a saint Andre, a saint Michel et a saint Martin. Dans les premieres annees du XVII e siecle Saint-Andre de Villeneuve s'afQlia a la Congregation des Exempts, d'ou il passa en i635 a celle de Saint-Maur. Dans Tenceinte de la forteresse on remarque quelques restes de 1'ancienne abbaye, des debris d'un cloitre gothique, une grotte dite de sainte Casarie et des batiments construits par les Mauristes et qui furent occupes par une communaute de religieuses.
sort de ces villes infortunees, il ecrivit au Pere General pour solliciter la permission d'aller soigner les pestiferes et de les aider au moins a bien mourir s'il ne reussissait a les guerir. Dans le meme temps Dom Jean Sabatier (i), qui demeurait a Aniane, adressaitune demande analogue, et le R. P. General les ayant exauces tous les deux, ils dirent adieu a leurs confreres et se preparerent a leur mission par la retraite et la priere, attendant a Avignon les ordres de 1'eveque de Marseille (2), auquel ils avaient ecrit. Une lettre de remerciements de ce prelat leur apprit que la peste commencaifc a decroitre a Marseille. II ecrivirent alors a 1'archeveque d'Aix (3), ou la contagion faisait un ravage epouvantable. L'archeveque accepla leurs offres de services avec bien de la joie, car la peste lui enlevait journellement quelques-uns de ses ouvriers. II leur manda de venir et mit son palais archiepiscopal a leur disposition. Au rec.u de cette reponse, les deux religieux se mirent en route, s'animant 1'un et 1'autre au sacrifice de leur vie pour le soulagement de leurs freres. Arrives en vue d'Aix, ils descendirent de cheval, se mirent a genoux et renouvelerent a Dieu 1'offrande de leurs existences. L'archeveque les accueillit avec grande bonte et les retint quelques jours aupres de sa personne, les admettant a sa table et leur procurant un logement dans son seminaire, ou ils demeurerent jusqu'au 24 decembre. Deux confesseurs ayant a cette epoque succombe a la contagion, les deux benedictins firent de grandes instances au prelat, qui les benit en pleurant et les laissa partir aux infirmeries situees hors de la ville.
Les nouveaux venus logerent avec les autres confesseurs, medecins et chirurgiens, dans le couventdes Recollets. De suite ils se mirent a exercer leur ministere avec un zele incroyable, confessant et administrant les derniers sacrements aux malades qu'on amenait continuellement de la ville, nullement intimides par le triste spectacle qu'ils avaient sous les yeux. Souvent en effet dans la chaise qui servait a
(i) Dom Jean Sabbathier naquit a Montpellier, et age de aa ans fit profession au monastere de la Daurade le 17 decembre 1691. Ayant ete nomme prieur de Saint- Baudilie de Nimes, il mourut dans ce monastere le 9 Janvier 1784. A la demande de Madame d'Orleans, abbesse de Ghelles, il composa et fit imprimer une Relation de ce qui s'est passe a Aix-en- Provence pendant le temps de la peste, in-ia, Aix, 1721 ; Paris, 1728. On y lit un fait sirigulier, nous dit Dom Tassin : le 21 mars, jour de la fete de saint Benoit, il ne mourut aucun pestifere dans toutes les infirmeries, et Ton n'y en apporta point non plus de la ville. Dom Sabbathier ne donne point ce fait comme un miracle, mais il assure que tout le monde y fit attention, parce que c'est le seul jour de relache qu'il y ait eu depuis le commencement de la peste jusqu'au mois de juin. (Hist, litter, de la Congregation de Saint-Maur, p. 5a4.)
(a) Henri-Francois-Xavier de Belsunce, eveque de Marseille da 1709 a 1765.
(3) Charles- Gaspar-Guillaume de Vintimille, archevfique d'Aix de 1708 a 1729.