DOM ROBERT MARCLAND III
Etant prieur a Saint-Denis, il lui vint aux yeux des cataractes qui lui oterentla vue. On tachade lui donner du soulagement : mais tout ce qu'on put faire fut de le mettre en etat de voir assez pour se conduire. Ce fut sans doute une grande peine et une grande humiliation pour un homme qui avait une nombreuse communaute a gouverner : mais il souffritcette infirmite avec une grande patience, faisant a Dieu le sacrifice de sa vue, et le remerciant de lui en conserver assez pour dire la messe. Gela ne 1'empecha pas d'etre depute au Chapitre, d'y etre elu president, et ensuite Assistant, emploi dans lequel on a plus besbin d'un bon conseil que d'une bonne vue. Le R. Pere passa de la sorte plus de six ans. En certains temps, ses yeux se chargaient davantage ; il lui fallait alors renoncer a la lecture et a la celebration de la messe. Dans cette grande privation il repetait alors avec Job : Dieu m'avait donne la vue, il me 1'aotee; que son saint nom soitbeni! Et il n'etait a charge a personne, ne s' occupant que de Dieu et de 1'eternite.
I/an 1728 il avait dessein de ne point aller au Chapitre a cause de son incommodite. Ce qui faisait grand plaisir a ceux qui se recherchaient plus eux-memes que le bien de la Congregation; mais les bons religieux lui firent tant d'instances qu'il se decida a y aller. II y parla avec vigueur au sujet des elections et sur la necessite de ne pas maintenir en charge certaines personnalites. On peut dire que ses paroles furent comme le chant du cygne, jamais plus melodieux que lorsqu'ilest sur le point de mourir. Dom Marcland avait alors quatrevingt-deux ans, et il recueillit encore quatre voix pour etre continue Assistant ; mais Dieu exauc.a ses voeux, et il fut entierement decharge.
Apres avoir eu dessein d'aller finir ses jours a Saint-Denis, ou il avait un frere et un neveu, il re vint ici pour nous edifier. II ne parut pas qu'il eut commande jamais, et son grand age, ses infirroites ne lui furent point un pretexte a demander du soulagement. II prit une chambre dans le dortoir et n'en sortit que pour se trouver aux exercices ; il ne voyait personne et ne s'entretenait qu'avec Dieu et avec ses livres. Tous les jours il disait la sainte messe et assistait regulierement aux offices et exercices de nuit et de jour. II gardait exactement tous les jeunes de Regie et plus severement encore ceux de 1'Eglise. Jusqu'au dernier soupir il conserva son bon sens, bien qu'il apprehendat fort de tomber en enfance : de quoi il fit encore a Dieu le sacrifice, si cela arrivait. L'an 1724, il commenga encore le careme, qu'il observait dans toute sa severite, refusant meme un petit dessert qu'on lui servait a la collation ; mais un soir il fut pris d'une faiblesse
au refectoire. II demanda au R. P. Prieur la permission de ne pas venir ce soir-la a complies. On le mit a 1'infirmerie et, ses forces declinant sensiblement, il regut les derniers sacrements avec une grande piete. Sa mort arriva le 3o mars 1724; il etait Sge de quatrevingt-trois ans.
CGXI Du R. P. DOM FRANQOIS FAVEROLLES
Le R. P. Dom Francois Faverolles etait de Paris et appartenait a une bonne famille ; son pere avait ete echevin de la ville. II avait dixneuf ans lorsqu'il fit profession a Saint-Remy de Reims, le 6 novembre 1671. Des le noviciat c'etaitun modele de vertu, et j'avais un singulier plaisir a 1' entendre parler de Dieu lorsque nous nous trouvions ensemble en recreation. II fit son seminaire de jeune profes partie a Reims, partie a Beauvais. II eludia une annee la rhetorique et la philosophic a Saint-Medard et fit sa theologie a Reims sous le R. P. Dom Frangois de Lamy. Sa recollection achevee, il fut envoye aux Blancs- Manteaux, ou, sans professeur, il apprit le grec dans la perfection. On Ten tira par la suite pour le mettre sous-prieur a Rebais, charge qu'il n'occupa pas longlemps a cause de son aversion pour tous les postes honorables. Par la suite il vint a Saint-Denis et, pendant plus de trente ans, y exerga 1'office de tresorier a la satisfaction generate, sans jamais prendre occasion de cette charge pour se repandre au dehors (i).
Gomme il etait bon religieux et savait tres bien le grec, les superieurs voulurent plusieurs fois le faire venir a Paris ; il les en remercia toujours, et s'offrit a rendre de Saint-Denis tous les services dont il etait capable a ceux qui travaillaient aux editions des Peres. Et de fait il collectionna une si grande quantite de manuscrits grecs de saint Jean Ghrysostome, qu'il remplit de variantes deux
(i) Le tresor de 1'abbaye de Saint-Denis etait considerable. Outre de tres nombreuses et precieuses reliques, on conservait les ornements destines au sacre des rois et de riches souvenirs de la famille royale. Voir Dom Michel Felibien, Hisloire de 1'abbaye royale de Saint-Denis, in-f, Paris, 1706, p. 44 1, 464, 536, etc. ; Mme Felicie d'Ayzac, Hisloire de 1'abbaye de Saint-IJenis, in-8, Paris, 1861, au t. TT, ch. xi, p. a56- 278 : Tresorerie, Maison et salle du tresor.