DOM FRANCOIS FAVEROLLES
rames de papier et plus, service dont le R. P. de Montfaucon ne lui a temoigne ni reconnaissance ni justice (i). Mais 1'humble religieux n'en a jamais manifesto le moindre ressentiment, car il travaillait pour Dieu et se mettait fort peu en peine que les hommes sussent la part qui lui revenait dans les, editions qu'on donnait au public. II ne mlt pas moins d'assiduite a collationner les manuscrits de saint Basile ; et celui qui a conduit 1'edition de ce Pere lui rend justice en reconnaissant qu'il lui avait des obligations im menses tant pour la grandeur de son travail que pour son exactitude (2). Dom Faverol-
(i) Dom Bernard de Montfaucon, Tun des plus grands ornements de la Congregation de Saint-Maur , dit Dom Tassin, naquit au chateau de Soulage, dans le diocese de Narbonne. Apres quelques annees de vie militaire, il entra au noviciat de la Daurade, ou il fit profession, age de 21 ans, le i3 mai 1676. 11 mourut a Saint- Germain-des-Pres le 21 decembre 17/11. Sur cet eminent religieux et ses tres nombreux ouvrages il nous faut renvoyer le lecteur a Dom Tassin et aux autres auteurs qui ont ecrit sur 1'Histoire litteraire de. la Congregation de Saint-Maur; Vanel, Necrologe de I'abbaye de Saint-Germain-des-Pre"s, p. 199, qui s'etend plus que de coutume sur les travaux de ce religieux ; Em. de Broglie, Bernard de Montfaucon et les Bernafdins, 1715-1760, a in-8, Paris, 1891. L'edition des ceuvres de saint Jean- Chrysostome dont il est question dans cette notice a pour titre : Sancti Patris nostri Joannis Chrysostomi Archiepiscopi Constantinopolitani opera omnia qaae extant, vel qnae ejus nomine circumferuntur, ad Mss. codices Gallicanos, Vaticanos, Anglicanos, Germanicosque, necnon ad Savilianam et Frontanianam editiones castigata, innumeris aucta : nova interpretatione, abi opus<erat, prsefationibus, monitis, nod's, variis lectionibus illustrata, nova sancti Doctoris vita, Appendicibus, Onomastico ac copiosissimis indicibus locapletata. Opera et studio D. Bernardi de Montjaucon, Monachi Ordinis S. Benedieti, e Congregatione S. Mauri, open ferentibus aliis ex eodem Sodalilio monachis. i3 in-f, Paris, 1718- 1788. Au sujet de cette edition, Dom Tassin nous dit : Dom Bernard de Montfaucon flt collationner plus de trois cents manuscrits par Dom Francois Faverolles, qui avait un talent particulier pour ce genre de travail, et par quatre autres religieux . pendant treize ans , p. 601.
(a) L'edition des oeuvres de saint Basile fut faite par Dom Julien Gamier. Ce religieux, ne a Connerre, dans le diocese du Mans, entra en 1689 dans la Congregation de Saint-Maur, et, age de ao ans, fit profession a Saint-Melaine de Rennes le 20 septembre 1690. II vint a Saint-Germain-des-Pres en 1699 et mourut le 3 juin 1726. L'edition des ceuvres de saint Basile, une des meilleures editions des Peres qui soient sorties de la Congregation , a pour titre : Sancti Patris nostri Basilii, Caesaress Cappadocise Archiepiscopi, opera omnia qasp extant, vel quse ejus nomine circumferiintar, ad Mss. codices Gallicanos, Vaticanos, Florentines et Anglicos, necnon ad antiquiores editiones castigata, mnltis aucta : nova interpretatione, criticis praefationibas, notis, variis lectionibus illustrata, nova sancti Doctoris vita, et copiosissimis indicibus locupletata... 3 in-f, Paris, 1721, 1722, 1780. Le dernier volume a ete public par les soins de Dom Prudent Maran. Dans la preface de cette edition des .oeuvres de saint Basile, Dom Julien Garnier parle ainsi de son collaborateur : Unas ex nostris D. Franciscus Faverollius perofficiose atque peramanter hujus laboris consors ac socius esse voluit. Uterque igitur veteres illas membranas cum impressis libris qudm licuit accuratissime conferre csepimus : sic tamen, at earum majorem partem is, quern modo-dixi, vir mihi amicissimus idemque omnium longe diligentissimus contalerit. On ne sera done pas surpris que Dom Frangois Faverolles ait ete un des religieux auxquels le pape Clement XI fit remettre une medaille d'or comme temoignage de
les etait toujours prt a travailler pour les autres dans 1'obscurite de son etat, qu'il preferait a tout. II etait fort charitable et ne disait jamais rien qui put faire de la peine.
Get humble religieux vivait tres retire et, bien qu'il eut a Paris des parents tres qualifies, il n'allait que rarement en cette ville et pour des motifs d'utilite ou de charite. Sa bonne volonte etait si connue que, lors des grands services qui se font pour les princes a Saint-Denis, on lui confiait d'ordinaire les emplois les plus penibles. En 1728, Dom Faverolles fut atteint d'une incommodite pour laquelle les medecins lui ordonnerent les eaux de Bourbon, qui ne lui furent que "d'un soulagement passager. Six semames avant de mourir, son mal s'etant aggrave, il pria 1'infirmier de ne plus laisser personne entrer dans sa chambre, afin de ne s'entretenir qu'avec Dieu, en qui il avait une grande confiance. II disait quelquefois en prenant son crucifix : Si 1'ennemi se presente, je lui opposerai ceci. II recut tout les sacrements avec une grande presence d'esprit et mourut tres saintement le 26 mai 1724.
Du R. P. DOM SIMON MOPINOT
Dom Simon Mopinot naquit a Reims Fan i685, d'une honnte famille qui eut soin de cultiver les precieuxgermes deposes dans son ame par la grace divine. Sa piete ne fit que croitre a mesure qu'il grandissait. Eleve de TUniversite de Reims, il s'y distingua par la purete de ses nioeurs, son application au travail et ses progres dans le savoir : aucun autre ecolier ne le surpassait. Lorsqu'il etait en rhetorique, 1'abbe de Louvois, grand vicaire de 1'archeveque de Reims, son oncle, et, en cette qualite, charge de veiller sur 1'Universite, se faisait apporter les devoirs des eleves, et il remarqua bien vite qu'il en etait un qui surpassait infiniment les autres et dans la prose et dans les vers. II voulut le connaitre et lui temoigna de Tamitie. On ne faisait pas de difference en effet entre le travail du jeune Mopinot
sa paternelle affection et de 1'estime qu'il faisait de leurs travaux pour donner au public de nouvelles editions plus claires et plus correctes des ouvrages des Peres de Pfiglise (Bref du 19 avril 1706).
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et celui de son professeur, et ce dernier lui faisait souvent declamer publiquement ses poesies. Les mauvais exemples qu'il avail parfois sousles yeux lui faisaient craindre le danger pour lui-meme, etil crut tres sagement qu'il devait se mettre a 1'abri de la contagion du siecle. II s'adressa au R. P. Dom Thomas Blampin, prieur de Saint-Remy, et lui demanda I'entr6e de la religion. II fut charme de son premier entretien avec ce religieux et fut bien plus touch6 lorsque, etant entre dans sa chambre, il n'y remarqua rien que de tres pauvre, notamment un mechant chandelier de fer charge de bouts de chandelle colles les iins sur les autres. La grace, agissant sur son ame bien disposee, alluma en lui ce feu divin que le Seigneur est venu apporter sur la terre ; son desir pour la vie religieuse croissait de jour en jour. Le prieur, desirant se rendre compte de la capacife de ce postulant, lui demanda de composer quelque chose sur le bonheur de la vie religieuse, et Simon Mopinot lui apporta un poeme si bien tourne que le Pere lui dit : Monsieur, nous avons des colleges dans quelques-uns de nos monasteres ; vous pourrez bien y enseigner un jour. A quoi Fhumble postulant repartit : Hal mon Pere, que dites-vous la !
M. Mopinot, qui avait d'autres vues sur son fils,.lui refusa son consentement lorsque celui-ci parla d'entrer au noviciat. Pour en venir plus aisement a bout, il 1'engagea a aller consulter son regent, lequel se montra aussi fort oppose a cette resolution. Gependant 1'Esprit-Saint agissait en son coeur, et les obstacles ne faisaient qu'affermir sa resolution. II fit taut d'instances aupres de son pere qu'il le laissa enfin aller prendre Thabit de novice a Saint-Faron de Meaux. Frere Simon Mopinot etait d'une complexion delicate : mais sa ferveur lui donna des forces, et il devint un modele que tous pouvaient suivre sans se tromper. II fit profession le 18 fevrier 1708, age de 18 ans.
II se main tint dans cette ferveur durant le cours de ses etudes, alliant les devoirs d'un ecolier diligent avec les exercices d'un parfait religieux : ce qui le fit aimer et de ses superieurs et de ses confreres. Sa philosophic et sa theologie achevees a Saint-Denis, on Tenvoya a Saint-Nicaise de Reims pour se perfectionner dans les langues grecque et hebrai'que, et il s'y appliqua pendant deux ans. Au sortir de la, on en fit un professeur d' eloquence et de belles lettres, enseignement pour lequel il se sentait peu de gout, bien qu'il possedat a fond ces matieres en ce qu'elles ont de plus pur et de plus chatie. Et, tout en dispensant la science a ses 61eves, il ne laissait pas que de leur
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inculquer une piete solide et de les former aux bonnes mceurs par ses propres exemples. Tandis qu'il regentait ainsi la rhetorique a Pontlevoy, il fat appele a Reims en 171/4 pour y precher a la profession de sa sceur qui etait religieuse de Sainte-Glaire. II le fit avec tant d'onction que les auditeurs furent emus jusqu'auxlarmes et qu'on n'a jamais oui de si beau sermon en ce genre. Des ce temps neanmoins il desirait quitter cette chaire de 1'enseignement ou il reussissait si bien, et il fallut toutes les instances de ses amis pour le determiner a y demeurer encore un an.
La volonte des Superieurs 1'appliqua ensuite a des occupations plus serieuses et plus utiles. II fut d'abord envoye a Saint-Denis pour collaborer avec Dom Marie Didier, son maitre, a une nouvelle edition de Tertullien (i). Mais ce religieux ayant etc enleve par une mort prematuree, Dom Pierre Constant, qui travaillait de son cote a une nouvelle edition des Lettres des Papes, demanda et obtint que Dom Mopinot lui fut associe pour cette besogne. Bien vite, il apprecia les rares talents de ce compagnon ; il lui faisait retoucher chaque partie de son travail et il le chargea surtout de donner a sa preface le tour de la plus pure latinite. Dom Mopinot, de son cote, avail pour le Pere Constant le respect d'un disciple et lui obeissait avec la docilite d'un enfant bien-ne. Un jour qu'il soumettait a celui-ci un projet de la preface, le Pere d'un trait de plume en biffa vingt-sept pages. Malgre ce qu'un pareil precede avait de sensible pour le patient, Dom Mopinot se contenta de repondre doucement : u Mon Reverend Pere, cela m'a coute beaucoup de peine. Et Dom Constant de repondre : II faut bien quelquefois que je supprime davantage encore de ce que j'ai fait. Dom Mopinot garda le silence et demeura aussi gai que si son travail avait ete loue et approuve.
Tous les ans le Pere Coustant avait 1'habitude d'aller prendre Tair pendant quatre ou cinq jours, et Dom Mopinot 1'accompagnait durant cette recreation. Sa complexion delicate en souffrait beaucoup, car Dom Coustant poussait la pratique de la pauvrete aussi loin qu'il pouvait, et quelquefois ils allongeaient leur chemin d'une demie ou
(i) Dom Jean-Marie Didier, ne a Duesme, dans Pancien diocese d'Autun, fit profession, age de 19 ans, a 1'abbaye de Vendome le 3 mai i685. Apres avoir enseigne a Saint-Denis la philosophic et la theologie, il fut nomme en 1702 prieur de Saint-Robert de Cornillon, et en 1708 de Saint-Eloi de Noyon. II ne resta qu'une annee dans ce dernier monastere, qu'il quitta pour revenir a Saint-Denis comme sous-prieur. II mourut dans cette abbaye le 5 aout 1716. L'edition des ceuvres de Tertullien a laquelle travaillerent Dom Mopinot et quelques autres religieux fut malheureusement abandonnee.
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d'un quart de lieue afin de ne pas avoir a payer un passage. Le disciple pourtant entrait en tous ces sentiments. A cela j'ajouterai que le Pere Mopinot ne prenait aucune recreation et n'entreprenait les voyages qu'avec repugnance. II eprouvait une peine extraordinaire d'aller a Reims, ou ses parents souhaitaient le voir durant quelques jours. Son frere le cure le defraya, mais sans diminuer sa peine, parce que ce bon pretre donnait tout aux pauvres et que Dom Mopinot considerait la depense de ce voyage comme un bien dont avaient ete frustres ces derniers.
Apres la mort de Dom Constant, le Reverend Pere regut mandat de continuer leur oeuvre commune et d'en prendre la direction. II y etait fort assidu et evitait avec soin tout ce qui eut pu Ten distraire II avait meme fait plusieurs decouvertes heureuses et il etait sur le point de livrer a 1'impression le second volume des Lettres des Papes lorsque Dieu, dont les desseins sont toujours adorables, en diposa autrement (i). Dom Simon souffrait depuis longtemps. d'un devoyement, et son estomac delabre ne retenait plus les aliments ; il continuait le train commun et d' observer 1'abstinence des jeunes de regie. Mine lentement par ce double mal, il dut se resoudre enfin a gagner 1'infirmerie et, au bout de quelques jours, ne conservant plus d'illusions sur son etat, il nous avoua qu'il ne croyait pas en revenir et qu'il faisait volontiers a Dieu le sacrifice de sa vie. Gependant son mal augmentait chaque jour ; la dysenterie, qui vint compliquer encore son etat, le faisait souffrir beaucoup. Un jour que j'etais aupres de lui, il me dit : Mon Dieu, que je souffre ! Souffrez-vous plus que Jesus-Christ n'a souffert pour vous sur la Croix ! repris-je.
(i) Et son dernier travail inacheve fut de commencer a revetir de son beau latin une oeuvre insigne de son maitre : 1'apologie dii pape Vigile. Ainsi parle le Cardinal Pitra, qui, dans ses Analecta Novissima... 1. 1. p. nj 26, 27, 39, etc., fournit de precieux renseignements sur la part de Dom Mopinot dans IVjeuvre de Dom Ooustant. En outre Dom Simon Mopinot fut souvent appele a mettre en latin les travaux de ses confreres, et il composa des Hymnes qui furent chantees dans plusieurs abbayes de sa Congregation. On admire surtout celle qu'il fit pour Toffice de 1'Enfant- Jesus. D'apres Dom Philippe Le Cerf, Bibliothlque historiqne des autears de la Congregation de Saint-Maur, in-ia, la Haye, 1926, p. 458, Dom Mopinot collabora a 1'ouvrage de Dom Pierre Sabbatier : Bibliorum Sacroram latinx Versiones antiqux..., 3 in-f, Reims, 1748-1749.; Dom Martene fut charge de composer une notice de Dom Mopinot qui, traduite en latin par Dom Clemencet, devait etre imprimee ayec celle de Dom Coustant en tele du 2" volume des Lettres des Papes. L'abbe Goujet donna un Eloge historique de Dom Mopinot au t. X des Memoir es de litteratare et d'histoire qu'il publia avec le P. Desmolets. Voir Dom Tassin, Histoire lilteraire..., p. 44o, 682, 64s ; Vanel, Necrologe de Saint-Germain-des-Pres, p. 189.
Il8 DE LA VIE DBS JUSTES
Ah! mon Dieu, il s'enfautbien , s'ecria-t-il. Devant I'inutilite des remedes, on lui administra les derniers sacrements, qu'il recut avec une grande presence d'esprit et beaucoup de piete. Gomme le Pere Prieur lui presentait le crucifix, en lui demandant s'il le connaissait bien, il repondit : G'est demain que je le cpnnaitrai bien. II mourut en effet le jour suivant apres matines, paisiblement, sans convulsions, le n octobre 1724.
La veritable caracteristique de Dom Mopinot etait 1'innocence, qui lui faisait fuir jusqu' 1'ombre du peche; aussi est-on fonde a croire qu'il a porte devarit Dieu celle qu'il avait regue de lui au bapteme. Tout le monde Fa regrette et Ton a considere sa mort comme une grande perte pour 1'Eglise, qui se trouva privee d'unsujet capable de travailler utilement a la gldire de Dieu. Dieu, qui 1'avait eprouve assez longtemps par des scrupules, 1'a enleve aux hommes pour recompenser sa fidelite a le servir. Le voila affranchi des miseres de cette vie, et delivre des peines qui tourmentaient sa conscience trop timoree. C'etait un contrepoids humiliant qui lui avait ete laisse, de peur qu'il ne s'elevat des dons excellents qui lui avaient etedepartis. A present il voit combien 6taient mal fond6s tous ces tourments de conscience, et il jouit de la liberte et de Theritage promis par Dieu a ses enfants.
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Du R..P. DOM DIEUDONNE BUISSON
Le R. P. Dom Dieudonne Buisson etait natif de Blois et n'avait que dix-huit ans lorsqu'il fit profession a Vend6me, le i5 d'avril i658. II parcourut a Saint-Benoit-sur-Loire le cercle des etudes, et il tacha de prendre dans ce monastere 1' esprit de notre bienheureux Pere. II etait fort grave, interieur, retire et penitent : et cette caracteristique qui devait etre la sienne il la conserva etant Superieur, c'est-a-dire pendant une partie de sa vie (i). II debuta, je crois, par etre Abbe de
(i) D'apres les registres des Chapitres generaux, nous voyons que Dom Dieudonne Buisson debuta comme superieur k Solignac en 1673. Trois ans plus tard, en 1676, il etait designe comme abbe de Ghezal-Benoit ; prieur de Saint-Melaine de Rennes en 1678 et 1681 ;. de Saint-Jacut en i684; de Saint-Benoit-sur-Loire en" 1687 et 1690. II fut uomme Visiteur de la province de Bourgogne en 1698 et de
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Chezal-Benoit ; puis il en fut decharge. II alia ensuite comme prieur a Saint-Jacut, a Saint-Melaine de Rennes, a Saint-Etienne de Caen et a Saint-Benoit-sur-Loire. Apresquoi les provinces de Bourgogne et de Normandie Foment pour Visiteur ; puis il gduverna Jumieges pendant deux triennaux, fut elu Visiteur de la province de France et enfin devint prieur de Bonne-Nouvelle de Rouen.
Dom Buisson a prit part, en qualite de depute, a presque tous les Ghapitres generaux qui se tinrent de son temps. II y faisait paraitre sa regularite, car, au lieu de demeurer a causer avec les autres Superieurs qui restaient a s'entretenir ensemble meme durant les recreations muettes eu egard a. leurs grandes occupations de toute la journee, lui, il se retirait a Fecart pour prier, et, aussitot que le Chapitre etait clos, il etait le premier a cheval pour serendre a son obedience. II etait si mortifie, qu'a une diete on remarqua qu'il n'avait pas jete un seul regard a 1'office, Men qu'il fut dans une eglise magnifique, remplie d'objets capables d'attirer la curiosite. Les moines qui ont vecu avec lui a Jumieges assurent qu'ils ne se chauffait jamais, ni de jour ni de nuit. Pendant longtemps il n'usa de poisson, pas plus que de vin ; s'il en prit par la suite, ce fut par obeissance, et pendant le Careme il reprenait cette abstinence. Grand ami de la solitude, il inspirait aux autres cet amour, et il ne permettait de sorties .a ses religieux que pour des raisons concernant la gloire de Dieu et le bien de la religion, jamais pour un simple motif de recreation. Au monastere meme il fournissait a tous le riecessaire en abondance et s'ingeniait a leur rendre la solitude agreable. S'il reconnaissait la necessite ou 1'utilite d'un voyage, il etait le premier a le conseiller. II etait Visiteur de Normandie lorsque j'allai demeurer a Bonne-Nouvelie de Rouen. Ayant eu occasion a la visite de 1'entretenir de quelques decouvertes que j'avais faites dans les monasteres de la province de Bretagne, il me dit qu'il fallait aussi explorer ceux de Normandie et m'exhorta a en aller examiner les manuscrits. II etait fort charitable envers les malades et les pauvres ei faisait distribuer a ces derniers toutes les abstinences des religieux.
II savait faire observer les Regies avec beaucoup de prudence et de fermete. Tandis qu'il etait Visiteur de la province de Bourgogne, trois
Normandie en 1696! II fut ensuite en 1699 envoye comme prieur a Jumieges, ou il demeura six ans et qu'il quitta pour etre Visiteur de la province de France de 1706 a 1708. En cette annee il avait obtenu d'etre decharge de toute superiorite : mais le prieur de Bonne-Nouvelle de Rouen, Dom Michel Briant, etant mort le 28 juin de cette annee, il dut reprendre la charge jusqu'au Chapitre general de
religieux de cette province ecrivirent en Cour centre un Superieur, dont ils avaient jure la perte. Dom Dieudonne fut envoye pour informer des accusations. II isola les accusateurs et les interrogea separement. Grace a leurs contradictions, il decouvrit la calomnie, justifia le prieur et condamna les coupables a la prison. L'un d'eux, qiii n'etait que diacre, s'enfuit si loin qu'on ne le revit jamais. Le Reverend Pere tint la meme conduite en Normandie a 1'egard d'un religieux que les Superieurs avaient toujours menage et traite avec condescendance et qui, en depit de taut de longanimite, avait porte 1'insolence jusqu'a faire imprimer un libelle centre les Superieurs. Au retour de la diete, le Pere Visiteur 1'appela en presence des Senieurs et lui dit : Vous avez avance telle chose contre les Superieurs, pouvez-vous le a prouver? Gomme 1'autre ne trouvait rien a repondre, il se vit seance tenante condamner a un an de prison ; ce qui produisit sur lui un effet si salutaire que, depuis ce temps, il ne dit jamais plus un mot contre 1' auto rite.
Pendant qu'il etait Visiteur de France, Dom Buisson fut atteint de la cataracte et il n'y voyait plus que juste assez pour se conduire, accident qui 1'obligea a quitter le Chapi tre general pour venir a Paris se mettre entre les mains d'un oculiste. Les Defmiteurs, mcertains du succes de 1'operation, le dechargerent ; mais Tissue de cette derniere ayant ete assez heureuse puisque le patient put ensuite lire et ecrire en s'aidant de lunettes a cataracte, on Tenvoya a Rouen remplacer le prieur de Bonne-Nouvelle qui venait de mourir. Trois ans plus tard il etait completement decharge et envoye a Samt-Laumer de Blois, ou il edifia la communaute par sa patience et son zele pour la regularite. II celebra la sainte messe aussi longtemps qu'il put, et plus d'une fois ses forces le trahirent au point qu'il tombait en def alliance. Sa mort arriva le n novembre 1724-
Du R. P. DOM ADRIEN LANGLOIS
Jusqu'a present, j'ai suivi autant qu'il m'a ete possible 1'ordre chronologique du deces de nos Justes dans la redaction de mes notices, mais parce qu'il m'en a echappe quelques-uns, je les ajouterai ici et