DOM MARTIN FILL AND
ments ; il soupirait apres sa fin, mais Dieu lui renditla sante afin qu'il continuat a edifier ses confreres.
Dom Nicolas Doe est fort zele pour la regularite et souffre avec peine les transgressions centre la Regie. II vit tres retire et s'occupe a faire un nouveau breviaire. Presentement il a quatre-vingt-cinq ans au moins et continue d'etre un modele pour la communaute.
En 1728 ce bon vieillard tomba malade durant 1'octave de saint Maur ; apres avoir ete administre a nouveau, il se mit a reciter les Psaumes qu'il entremelait de Gloria Patri apres chaque verset, et il expira ainsi doucement le 23 Janvier, a cinq heures du matin, dans sa quatre-vingtneuviemeannee. Le defunt etait intime ami duR.P. Dom Robert Morel, et, durant sa derhiere maladie, il eut avec ce dernier une grande conference qui se termina de part et d'autre par une effusion de larmes. L'un pleurait de joie d'aller enfin a Dieu ; 1'autre, de la perte de son ami. Dom Morel fit promettre au mourant qu'une fois devant le Seigneur il s'employerait a lui obtenir la grace de.le suivre bientot.
CCXLVIII Du R. P. DOM MARTIN FILL AND
Dom Marlin Filland etait natif de Saint-Benoit-sur-Loire. II fit profession a Vendome le 2^ fevrier i663, a I'age de dix-neuf ans. Un de ses contemporains m'a appris qu'etant jeune profes, il s'etait un peu evente ; de sorte qu'on le renvoya au noviciat pour reprendre son premier esprit de ferveur. II profita si bien de la mortification que, dans la suite, il devint un parfait modele de modestie et de mortification. II etait a la fois etudiant en theologie et sacristain a Saint-Benigne de -Dijon lorsque que j'y postulais. J.e le distinguai de tous les autres par sa gravite et sa modestie angelique. Nomme sous-prJ,eur apres ses etudes et sa recollection, il devint ensuite prieur en plusieurs monasteres. II le fut d'abord a Pontlevoy, puis a Lyre, ou il fut en meme temps maitre des novices, a Bonne-Nouvelle de Rouen, a Jumieges, a Saint- Ouen et a Fecamp. Par tout il s'acquit le renom d'une tres grande probite, surtout en cette derniere abbaye, ou il gouverna 1'Exemption avec tant de sagesse qu'il s'attira 1'estime et 1'admiration du dedans et
du dehors. Ses mandements etaient remplis de justesse et d' erudition (i). Mais ce qui le fit le plus remarquer, ce furent les aumohes qu'il faisait et qui s'elevaient chaque annee a vingtmille livres environ, sans que son monastere fut incommode. II avait une grande communaute, il faisait reconstruire les batiments conventuels, et ses religieux ne manquerent d'aiicune chose necessaire. Tandis qu'il versait sans compter dans le sein des pauvres, Dieu, par des voies que Ton ne pouvait prevoir, rendait au-dela de ce qui avait ete donne. Tout le monde etait si heureux de son gouvernement, que les cures de 1' Exemption firent des prieres publiques pour qu'il fut continue dans sa charge. Dieu exauga leurs voeux.
Dom Martin Filland fut six ans prieur de Fecamp et depute au Chapitre general, ou il fut fait prieur de Saint-Pere de Chartres. G'etait beaucoup descendre pour un homme qui avait toujours occupe les premiers postes ; mais il ne parut ni moins gai, ni moins content : car il etait si soumis aux ordres de la Providence qu'aucun element ne pouvait le troubler. II fit achever les batiments du monastere et le rendit fort commode et agreable. Trois ans apres' il fut fait visiteur de Normandie et ensuite de France.
Ensuite il fut prieur de Marmoutier, ou il eut beaucoup a souffrir. II y avait dans ce monastere des officiers accoutumes a ne rendre aucun compte et a cacher, autant qu'ils le pouvaienl, aux religieux et meme aux superieurs 1'etat des affaires. La premiere chose que fit le R.P. Dom Martin Filland fut de deinander au cellerier un etat des revenus et des dettes du monastere. Je ne sais s'il put en venir a bout. J'etais pour lors a Marmoutier, occupe a recueillir des mempires pour le Gallia Christiana. Lorsque je revins au bout de six mois, le prieur continuait a presser son cellerier, et celui-ciresistait, pretextant quelques voyages. Les calomnies vinrent ensuite et Ton decria le prieur au dedans et au dehors, dans toute la province et meme dans la Congregation. Pour lui, il allait son chemin ; et quoiqu'il connut fort bien ceux qui le persecutaient, il n'en fit jamais aucune plainte. II fit le silence sur les persecutions qu'on lui faisait subir et il rendit a ses detracteurs tous les bons services que sa conscience lui permettait. Mais, tandis qu'il etait ainsi decrie, Dieu permit pour la confusion de ses ennemis que sa vertu fut connue des seculiers, et en particulier de M. I'lntendant, qui
(i) La Bibliotheque de Reims possede en ses manuscrits un Mandement de Fr. Martin Filland, prieur et grand vicaire de I'abbaye de Fecamp, aux pretres dependant de cette niaison (avril 1697) en consequence de la Utlre pastorale de Mgr I'archeveque de Rouen . Ms. 635, n 21. Voir H. Wilhelm, Supplement..., p. aao.
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I'estimait fort et venait souvent le consulter sur les affaires de sa conscience, trquvant en lui beaucoup (le lumiere, de penetration et de consolation. ' . '(
Le R. Pere avait pour tous ses religieux des entrailles de mere, pourvoyant abondamment a tous leurs besoins spirituels et corporels. II y "avait dans le monastere un jeune religieux que diverses maladies avaient empeche de faire ses etudes, et comme il etait fort ignorant, on ne Tavait point promu aux ordres. Dom Martin Filland s'attacha a ce religieux, lui fit des instructions familieres, et le mit en etat derecevoir les ordres sacres.
Les persecutions que le R. P. Filland avaient souffertes a Marmoutier obligerent les superieurs au bout de trois ans a le retirer, et ils lui donnerent un successeur qui le fit regretter de tous ceux qui lui avaient fait de la peine. Ilfut alors elu prieur de Saint-Wandrille, ou sa vertu etait connue, et trois ans apres prieur du Bee. Cependant son humilite souffrait extremement de se voir toujours dans les premieres charges, et il fit tout ce qu'il put pour s'exempter d'etre depute au Ghapitre general et ensuite pour se faire decharger de toute superiorite : ce qu'il obtint a force d'instances (i). II est encore aujourd'hui au Bee, oh il continue d'edifier ses confreres par son assiduite a toutes les observances. M. le due de Brancas, s'etant retire en ce monastere, prit le R.P. Dom Filland potir son directeur et lui fit une confession generate qui dura plusieurs jours. Le confesseur le suspendit pendant assez longtemps de Fusage des sacrements, et, apres 1'avoir eprouve, lui permit de communier. Ce seigneur se trouva tres bien des avis de ce saint directeur et iln'en voulut point d'autrejusque dans 1'extreme vieillesse du P. Filland.
Tous ceux qui 1'ont connu comme Visiteur de cette province conviennent que c'etait un saint homme. II etait tres sobre, et Ton etait etonne du peu qu'il prenait aux repas. D'unehumeur toujours egale, il supportait avec une grande patience, et sans en rien faire paraitre, de nombreuses infirmites et les incommodites de la vieillesse. II mourut au Bee le 7 d'aotit 1726.
(i) Dom Martin Filland avait debute dans les hautes charges de la Congregation en etant prieur de Pontlevoy en 1681. Les Ghapitres generaux le nommerent trois ans plus tard prieur de Lyre; puis en 1687 de Bonne-Nouvelle de Rouen; en 1690 de Jumieges; en 1698 de Saint-Ouen de Rouen; en 1696 et 1699 de Fecamp; en 1702 de Saint-Pere de Chartres. En 1706 il etait nomme visiteur de la province de Normandie, et trois ans plus tard de celle de France. II devenait en 1711 prieur de Marmoutier, en 1714 de Saint-Wandrille et en 1717 du Bee. Le Ghapitre general de 1720 le dechargea de toute superiorite.
GCXLIX Du R. P. DOM PIERRE DE BOURGES
Dom Pierre de Bourges, natif de Paris, fit profession, age de 17 ans, a Jumieges entre les mains du R. P. Dom Vincent Marsolles, le 19 d'aout 1664, al'age de dix-sept ans. Apres avoir acheve ses etudes en Normandie, il passa en cette province-ci et fut prieur a Saint- Grespin, a Fives (i), a Saint- Yalery, a Saint-Nicaise et a Argenteuil. Pendant qu'il gouvernait Saint-Crespin, il voulut tenir ferme a Fegard d'un religieux qui n'etait pas dans 1'ordre ; mais ne rencontrant pas d'appui aupres des Superieurs majeurs, il quitta son poste malgre eux ef passa a Saint-Remy de Reims, ou il devint sous-prieur et cellerier. II y fut aussi atteint de la petite verole a 1'age de cinquante ans. Quelques mois plus tard, il fut remis en charge et porta le poids de la superiorite jusqu'a ce qu'etant de nouveau prieur a Argenteuil, il eut ' une grave maladie qui le reduisit a 1'extremite. 11 en revint pourtant et demanda sadecharge avec instance (2). L'ayant obtenue, il vint demeurer a Saint-Denis, ou depuis lors il a vecu, edifiant tous ses confreres par son assiduite a tous les exercices, nonobstant son grand age et ses infirmites qui ne Tempechaient pas d'assister a tous les offices et de jour et de nuit. II a la vue fort usee et bien souvent sait a peine ou il va. Fort souvent il lui prend des faiblesses qui demanderaient de grands soulagements ; mais sa ferveur n'y consent pas, et il faut des coups de canon pour 1'obliger d'aller a rinfirmerie.
N'etant plus en etat de dire la sainte messe, il communiait tous les jours en forme de viatique : car il apprehendai-t d'etre surpris par la mort ; et il etait fort a craindre qu'il ne fitquelque chute dans les escaliers. Ce qui lui arriva une fois en allant a Matines. II devait se tuer :
(i) Fives, ancienne commune faisant main tenant par tie de la ville de Lille. Un chanoine de Lille, nomine Herman, fond a en ce lieu sous le vocable de saint Martin un petit monastere qu'avec le consentement de Baudry, eveque de Tournai, il donna k 1'abbaye de Saint-Nicaise de Reims dont il devint un prieure conventuel. La Congregation de Saint-Maur en prit possession en 1669. II ne reste rien de ce petit monastere, qui ne compta jamais que peu de religieux. /
(a) En 1686, Doua Pierre de Bourges avail ete nomme prieur de Saint-Crepin-le- Grand; en iGgS, prieur d' Argenteuil ; en 1696 et 1699 de Saint-Marlin de Fives; en 1702 et 1706 de Saint-Riquier ; en 1708 et 1711 de Saint-Valery ; en 1714 de Saint- Nicaise de Reims; et en 1717 pour la seconde fois a Argenteuil jusqu'en 1730.