‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 5 sur 61 · DOM JEAN-BAPTISTE HOUSSAYE II · texte numérisé non relu

DOM JEAN-BAPTISTE HOUSSAYE II

de Reims (i). Trois ans apres il flit decharge de la superiorite et envoye a Poitiers en qualite de confesseur des religieuses de la Trinit6. De cet emploi il s'acquitta comme de tous les autres, avec edification et profit pour le prochain. Au bout de quelques annees il se retira au Bee afin de se preparer a la mort, et cette mort elle-meme repondit a sa vie. Voici ce que m'en ecrivit alors le sous-prieur du monastere :

Le Pere Dom Jean-Baptiste Houssaye est mort comme il avoit vecu, c'est-a-dire tres saintement. On 1'avoit mis a Vinfirmerie a Pasque, a cause de son asthme dont il se sentoitplus oppresses qu'a 1'ordinaire. Le samedi 6 de may, il fut pris d'une fievre continue avec des redoublements. Le lundi 8, il fut allite avec une grande oppression et mourut le mardi 16 du meme mois. Sitot qu'il fut arret6, il temoigna beaucoup d'empressement a recevoir ses sacre- (t ments et beaucoup de joye quand on luy dit que son mal etoit perilleux. Je prenois plaisir a 1'entretenir de la mort, parce que je voyois que cela luy plaisoit beaucoup. II sourioit toutes les fois que je luy disois qu'il vouloit partir en bref . II regut la communion avec une a devotion exemplaire et, deux jours avant sa mort, 1'Extreme-Onction. II avoit 1'esprit aussy present qu'il 1'avoit en pleine sante. Comme je luy lisois les actes marques dans le Rituel, je m'apergus qu'il prenoit beaucoup plus de plaisir aux actes d'esperance et d'aa mour de Dieu qu'a ceux de contrition. C'etoit une ame tres innocente, qui ne respiroit qu'amour de Dieu, plein de zele pour sa gloire et d'indignation contre les infractions des Regies. II ne demandoit autre chose, sinon qu'on priat Dieu qu'il mourut dans son saint amour. II avoit un petit crucifix portatif qu'il baisoit sans cesse durant sa maladie ; quelques heures avant sa mort, il 1'avoit cache sous sa chemise, sur son coeur. On ne croioit pas qu'il mourut de deux jours, tant il avoit de force et de presence d'esprit. On venoit de sortir de sa chambre, lorsqu'un moment apres on le trouva expire. Pretiosa in conspecta Domini mors sanctorum ejus. II a ete tres regrette du peuple, qu'il assistoit dans les confessions. II y avoit un si grand attrait que ce travail qui accable un autre, le soulageoit dans rincommodite de son asthme. 1701 (a).

(i) Charles-Maurice le Tellier, archeveque de Reims. (a) Le 1 6 mai 1702 (Matricule et Hist. ms.).

Du R. P. DOM ROBERT LOPPIN

Dom Robert Loppin, natif de Tours, avait dix-neuf ans lorsqu'il fit profession a Saint-Faron, le 3 juillet i65a. Apres son noviciat, il fut envoye a Saint-Denis faire son seminaire de jeune profes, et il trouva la de saints vieillards qui avaient jete les fondements de la Congregation et qui, par leurs exemples, animaient ces jeunes religieux a la vertu. Le R. P. Dom Maur Dupont, qui avait ete autrefois President de la Congregation, prenait beaucoup de plaisir a etre en recreation avec eux, et il les questionnait sur la Regie de saint Benoit. II en resta une telle impression a Dom Loppin que toute sa vie il en conserva memoire et s'efforga de mettre en pratique toutes les instructions qu'il avait regues dans sa jeunesse.

C'etait une ame innocente, un homme regulier, retire et detach6 du monde et qui, dans sa'plus grande vieillesse, ne manquait pas de se trouver au travail manuel. II savait les mathematiques et avait de 1'esprit ; mais il avait trouve le secret de se dispenser d'etre, superieur et officier dans les monasteres ou il demeurait. II n'etait pas pour cela inutile et il ne refusait pas le soin de mettre en ordre un chartrier, occupation assez rebutante et penible que le R6verend Pere remplissait dans un esprit de penitence. II etait toujours gai. Pendant le Chapitre general de 1702, il tomba malade et refusa d'abord de prendre aucun soulagement ; mais le mal le saisit avec tant de violence qu'il dut se rendre. II vit avec tranquillite les approches de la mort, regut ses derniers sacrements avec beaucoup de piete et mourut dans mes bras a Marmoutier, le 6 juin 1702.

Du R. P. DOM NOEL MARS

La vie du R. P. Dom Noel Mars, neveu du saint homme Dom Noel Mars, premier superieur de la Societede Bretagne, se trouve dans 1'histoire de Marmoutier (i).

(i) Voir, & PAppendice, la notice consacree a ce religieux dans VHistoire manuscrite de la Congregation de Saint-Maar.

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Du R. P. DOM CHARLES AUBOURG

Le R. P. Dom Charles Aubourg appartenait a une bonne famille de Rouen. II avait vingt-quatre ans lorsqu'il fit profession a Saint-Faron de Meaux, le a5 du mois d'aout 1649. ^ ^ ut superieur dans les principaux monasteres de la province de Normandie, comme au Bee, a Saint-Ouen et a Bonne-Nouvelle (i). II avait un talent particulier pour 1' economic, et toujours il laissa a leur aise les monasteres qu'il avait gouvernes. Une de ses maximes 6tait de faire a temps toutes les reparations et de ne pas attendre que les edifices tombassent en ruines. Par ce moyen, il 6vitait de grandes depenses. II etait aime de ses religieux. fitant prieur de Bonne-Nouvelle et officiant a vepres, comme on lui presentait le diurnal pour chanter le capitule, il tomba tout d'un coup paralytique de la moitie du corps et, le lendemain, la paralysie gagna 1'autre moitie. II supporta son mal avec une grande tranquillite, ce qui he contribua pas peu a sa guerison. Mais enfin il mourut saintement a Bonne-Nouvelle de Rouen le 29 novembre 1708, a 1'Sge de soixante-dix-huit ans. II avait ete Visiteur.

Du R. P. DOM ETIENNE CHAMPEAU

Dom Etienne Champeau etait de Brantftme, dans le diocese de Perigueux ; il avait vingt et un ans lorsqu'il fit profession a Saint- Augustin de Limoges, le 3 mai 1678. Des son noviciat, Dieu le conduisit par des voies extraordinaires et, comme il n'avait pas encore

(i) Les Ghapitres genraux designerent Dom Charles Aubourg pour gouverner les monasteres de Saint-Germer de Flaix en i663 et 1666 ; de Tiron en 1669 ; de Saint- Taurin d'Evreux en 1673; du Bee en 1676, 1678, 1687 et 1690 ; de Saint-Ouen de Rouen en 1681, i68&-et 1696 ; de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle en la m&me ville en 1698 et 1699. Dom d att ^ e Bretagne etant venu h mourir en 1694 dans 1'exercice de ses fonctions de Visiteur de la province de Normandie, Dom Charles Aubourg fut appele" a le remplacer dans cette charge jusqu'au Chapitre general de 1696.

d'experience, il hesitait a les faire connaitre. Dom Frangois Aubert, son Pere maitre, qui etait un saint, en eut connaissance et lui dit un jour qu'il le quittait : Mon frere, vous ne me dites pas ce qui se passe en vous. II vit notre bienheureux Pere saint Benoit lui apparaitre. Un autre jour, deux religieux qui etaient avec lui sentirent une odeur admirable et, croyant qu'il portait sur lui des odeurs, ils se declarerent scandalises de ce qu'il portait sur soi du muse. II protesta qu'il n'en avait point ; mais, les autres ayant insiste, il reconnut qu'il y avait la quelque chose d'extraordinaire et il ne dit rien davantage.

Dom Etienne Champeau developpait les consciences les plus embrouillees. On lui presenta un jour une demoiselle de Mauriac, en la conduite de laquelle les directeurs les plus eclaires se trouvaient fort embarrasses. II commenc.a par faire de grandes difficultes pour 1'ecouter ; puis enfin, apres bien des instances de celle-ci, il lui donna seulement une audience d'un quart d'heure. II 1'ecouta paisiblement et toucha le point : Mademoiselle, lui dit-il, vous etes dechue d'une haute perfection par une infidelite, et vous aurez de la peine a y remonter.

Lorsqu'il etait encore jeune religieux, un de ses confreres prit plaisir a le mettre a mal avec son Maitre par des calomnies. En quoi il reussit si bien, que ce Maitre ne le regarda plus jamais d'un bon ceil et se separa ainsi de lui. Dieu permettait cette epreuve pour 1'epurer et faire eclater sa vertu. Le calomniateur en effet, soit qu'il ftit touche de sa faute, soit par ordre de son confesseur, vint lui demander pardon en avouant ce qu'il avait fait a son egard. Dom Etienne Champeau non seulement pardonna de bon cceur a ce malheureux, mais il s'appliqua a lui faire tout le bien en son pouvoir, et il poussa si loin sa charite et ses bienfaits, que 1' autre fut oblige de 1'avertir qu'a force de bons precedes il lui etait incommode.

Dom Champeau puisait ces grandes maximes dans 1'oraison, ou Dieu se communiquait a lui d'une maniere ineffable. Lorsque eclata 1'affaire des Quietistes, il consulta le R. P. Dom Claude Martin sur son oraison, et celui-ci lui repondit que sa quietude n'etait point celle de Molinos, mais celle d'un ange. Des personnes de piete etaient touchees en le voyant et voulaient se mettre sous sa direction. Pendant son sejour a Saint-Jean-d'Angely, on le choisit pour faire faire des retraites aux hommes d'abord, puis ensuite aux femmes. II y reussit si parfaitement qu'on vit la ville completement changee de face, et 1'eveque en etait si penetre qu'il voulut le nommer cure. Un jour,

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en voyant un gueux malpropre, il vint en pensee a Dom fitienne que cet homme etait bien miserable si son ame etait aussi laide que son corps. Alors Dieu lui fit connaitre la beaute d'une ame en sa grce, ' ce qui le charma.

Tandis qu'il etait prieur a Issoire (i), un de. ses amis lui ecrivit que 1'air de ce lieu pourrait etre contraire a sa sant6 et que, s'il voulait, il avait assez d'appuis au Ghapitre pour obtenir une place en meilleur air. A cette ouverture il se contenta de repondre qu'il etait tres bien, se trouvant dans les mains de Dieu et des superieurs qui disposeraient de lui a leur gre. II mourut en cet endroit le 10 d'avril 1704 (a)-

Du R. P. DOM GILLES BLONDEAU

Le R. P. Dom Gilles Blondeau appartenait a une bonne famille de Vierzon et etait parent du fameux Pere Bourdaloue, qui, dans sa jeunesse, voulut se faire benedictin, mais, ayant etc refuse a cause de sa delicatesse de sante, entra chez les Jesuites, ou il eclata par ses predications. Le Pere Blondeau s' etait fait recevoir avocat, et il avait vingt-quatre ans lorsqu'il fit profession a Saint-Augustin de Limoges, le a5 juin i653. Deux ans apres, il fut envoye comme religieux de la Chaise-Dieu a Tournon, avec d'autres de nos confreres, pour y etudier en philosophic et en theologie chez les Jesuites, et il se distingua la par sa sagesse. Ses etudes et sa recollection terminees, on le trouva propre a faire un Pere maitre a cause du grand fonds de piete qui se manifestait en lui, et il exerc,a cet emploi a Saint-Remy de Reims,

(i) Issoire, ch.-l. d'arrondissement du Puy-de-D6me. Le monastere d'Issoire, Iciodorense M., est tres ancien, et quelques autcurs le foot remonter jusqu'a saint Austremoine. De bonne heure, il fut celebre par ses ecoles : mais les Sarrasins et autres barbares le ruinerent. Des moines de Charroux fuyant devant les Normands le releverent. Au bout de quelques annees les religieux d'Issoire se declarerent independants de I'abbaye poitevine. Us reconstruisirent leur monastere et eleverent une eglise que Peveque de Glermont, Bernard, consacra au cours du X" siecle. Apres avoir eu beaucoup a souffrir des abbes commendataires, I'abbaye d'Issoire fut pillee en 1672 par les heretiques, qui en massacrerent quelques religieux. En iC64, elle s'unit a la Congregations de Saint-Maur. L'eglise est encore debout ; les batiments conventuels ont ete detruits.

(a) Dom Etienne Champeau fut designe comme prieur d'Issoire par les Ghapitres generaux de 1699 et de 1703.

en meme temps que celui de sous-prieur sous le R. P. Pom Marc Bastide. II enseignait plus par ses actions que par ses paroles ce que devaient faire les novices pour devenir de bons religieux ; aussi il s'y ruina la sant6 et Ton fut oblige de le retirer de Reims pour Fenvoyer a Saint-Denis, ou il fut trois ans sous-prieur sous le R. P. Dom Vincent Marsolles.

Dom Blondeau trouva en ce monastere le R. P. Ignace Philibert, un des premiers et des plus saints superieurs de la Congregation, qui, devenu infirm e, avait ete decharge de la superior! te. Etant fort spirituel, ce religieux prenait plaisir a converser avec Dom Gilles, qui, de son c6t6, etait ravi de pouvoir ouvrir son coeur a un si grand serviteur de Dieu. A la suite de 1'amelioration de sa sante, le Pete Blondeau occupa a Lagny le poste de prieur pendant six ans et, durant les deux triennaux qui suivirent, il exerga les memes fonctions a Saint-Medard de Soissons, gouvernant en meme temps, dans Tune et 1'autre maison, tantot les jeunes profes, tantot les ecoliers. Durant les deux dernieres annees on lui donna un noviciat, et j'eus 1'honneur d'etre son zelateur la seconde annee. En nous quittant pour se rendre a la diete, il nous dit que jamais il n'eut cru que nous fussions si estimes a Soissons, et il attribuait ce.fait a notre vie retiree et a ce que nous ne voyons pas le monde. On le choisit alors comme depute au Ghapitre general et, depuis ce temps, il y assista toujours. Dom Blondeau exerga ensuite la charge priorale a Vendome pendant deux triennaux, et la il echappa a une maladie mortelle. Durant" deux autres triennaux il gouverna 1'abbaye de Saint-Faron et remplit en meme temps la charge de Maitre des novices, puis on le mit prieur au Bee, ou, ayarit moins d'emploi qu'a la tete d'un noviciat, il passait une bonne partie de son temps en priere devant le Saint-Sacrement (i). II fut atteint de grandes maladies dans ce monastere, si Men qu'on dut le decharger de la superiorite, et il se retira a Saint-Wandrille aupres du R. P. Dom Claude Hemin, comme en un lieu sanctifie par quantite de saints. II en augmenta le nombre et mourut le 5 juillet 1706.

(i) Dom Gilles Blondeau fut designe comme prieur de Lagny en 1669 et 1672 ; de Saint-Medard de Soissons en 1676 et 1678; de Vendome en 1681 et i68&; de Saint- Faron de Meaux en 1690 et 1698 ; du Bee en 1696 et 1699. De 1687 a 1690 il avait eu a exercer les fonctions de visiteur de la province de Bourgogne.

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