‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 54 sur 61 · DOM CHARLES DE I/HOSTALLERIE 2O · texte numérisé non relu

DOM CHARLES DE I/HOSTALLERIE 2O

Attentive a le former pour le ciel, elle eut soin de lui faire connaitre I'engagement qu'elle avail pris pour lui avec le Seigneur. Elle lui en repetait souvent les circoiistances, et 1'exhortait a soutenir la saintete de cette premiere offrande par la purete de ses moeurs. II y fut sensible ; 1'impression s'en for tifia avec 1'age, et on peut dire qu'elle lui fut presente le reste de ses jours. II la rappelait de temps en temps, et la racontait familierement a ceux qu'il honorait de sa confiance. Souvent meme il disait : Si j'avais quelque chose a moi, je ferais present d'un tableau a 1'eglise ou j'ai ete consaere ,a Dieu et regenere en Jesus- Christ; je m'y ferais representer avec ma mere prosternee aux pieds de la Reine des Anges, et pour mieux exprimer les sentiments de ma reconnaissance, j'y ferais mettre 'cette inscription : Ego servns tuns et filias ancillse fuse (i).

II fit ses humanites chez les Peres jesuites d'Alengon et sa rhetorique sous les Peres de 1'Oratoire a Vendome. Ge fut la qu'etant un jour alle a vepres au monastere de la Trinite, avec quelques-uns de ses compagnons, le prieur (2), qui 1'apergut dans les basses chaises, fut si charme de sa physionomie et de sa modestie, qu'elevant son coeur a Dieu, il le pria de donner ce sujet a la religion. Ses voeux furent exauces, et il eut la consolation de le voir venir avec ces memes condisciples lui demander Fentree au noviciat. II les admit tous : mais il n'y eut que celui qu'il avait demande a Dieu qui persevera. Geiix qui sortirent d'eux-' memes ou qui furent congedies, soit par attachement pour le novice, soit par le chagrin dele voir seul rester, soit que 1'ennemi du salut s'en melat', comploterenfc sa sortie, et employerent tous les stratagemes possibles pour Fengager a rentrer dans le monde. Us eurent meme la temerite de se glisser furtivement dans le monastere pour lui presenter des habits seculiers qu'ils avaient apportes, persuades qu'ils pourraient par cet artifice ebranler sa Constance : mais Dieu lui fit la grace de resister a une telle epreuve. Ges traits seduisants ne purent penetrer jusqu'a son coaur; 1'amour de sa vocation et les douceurs qu'il goutait au service de Dieu dissiperent ces caresses meurtrieres, et il parla avec tant de fermete a ses faux amis qu'ils s'en retournerent confus.

Ce fut peut- etre pour r^compenser sa fid elite que Dieu lui fit deux graces singulieres, lui donnant le don d'oraison, en sorte qu'etant encore novice il ne perdait presque point la presence de Dieu, et confirmant en

(i) Sagesse, ch. , jf. 5. .

(a) Dom Francois Ducher, aprfes avoir gouvern^ le monastere de Soligiiac, fut prieur de la Trinite de Vendome de i654 a sa mort, qui arriva le 16 octobre 1669. II avail fait profession a Saint-Augustin de Limoges le 5 decembre i6io.

lui le don de chastete qu'il avait apporte en religion. Un des premiers superieurs de la Congregation qui avait sa confiance a assure que pendant toute sa vie il n'avait rien fait qui put donner atteinte a 1'integrite de cette vertu angelique.

L'annee de sa probation achevee, il consomma son sacrifice par les vreux solennels de la religion le 29 juin 1669. Sa mere, qui voulut y etre pr^sente, offrit a Dieu cette victime; et afin qu'il 1'eut pour agreable, elle s'unit au sacrifice par la reception du sacrement de FEucharistie. Deux ans apres, on 1'envoya etudier en philosophic et en theologie a Saint-Benoit-sur-Loire sous un habile maitre (i). II brilla durant le cours de ses etudes ; mais il ne se distingua pas moms par. sa piete et sa fidelite a ses devoirs de religieux 1 . II fit dans le meme 'monastere son annee de recollection, qu'il employa a la lecture des saints Peres et a 1'oraison, se preparant par la retraite et des penitences redoublees a recevoir 1'ordre de la pretrise. II dit sa premiere messe avec les sentiments d'humilite et de respect con venables a une action si importante ; et depuis ce jour il regarda cet auguste mystere comme une source de vie dont on ne peut s'eloigner qu'au prejudice de son avancement spirituel. Aussi jamais la multiplicity des soins ou I'embarras des affaires, bien moins encore la negligence, le.degout ou une devotion mal entendue n'ont pu 1'eloigner de ce divin sacrement. Le degout du pain, disait-il a certains religieux qui se dispensaient trop facilement de a celebrer, est un signe sensible qui annonce une maladie presente ou qui menace d'une mort prochaine.

Apres sa recollection, les superieurs voulurent le faire enseigner; mais par humilite il s'en excusa. Sur ce refus on 1'envoya a Molome (2) avec un de ses compagnons d'etude pour y mettre la reforme. Lorsqu'ils y arriverent, ce confrere se mit a pleurer, se trouvant dans une tres grande solitude depourvue de tout ce qui pouvait rendre la vie agrea-

(1) Dom Gabriel Gerberon etait alors sotis-prieur et lecteur de theologie a Saint- Benoit-sur-Loire, ou il demeura jusqu'au Chapitre general de i663.

(2) Molosme, com. du canton de Tonnerre, Yonne. Tres ancienne abbaye dont on fait remonter les origines au temps de Glovis I. Elle appartenait au diocese de Langres, et fut etablie dans un lieu appele Melundum, dont elle garda le nom apres qu'elle eut ete transferee a quelque distance sur les bords de 1'Armancon. Elle etait sous le vocable de saint Pierre. Le B. Guillaume, abbe de Saint-Benigne de Dijon, y retablit en 100^1 1'observance monastique. Au commencement du XV1 siecle, 1'abbe Elienne de Nicey restaura 1'abbaye de Saint-Pierre de Molosme, y t'aisant refleurir la vie religieuse. La Congregation de Saint-Maur y fut appelee en 1667 par Pabbe commendataire Frangois de Clermont-Tonnerre, eveque de Noyon. Les bailments sont ruines ; 1'eglise reconstruite au XVI siecle subsists : on y remarque un fort beau portail plus ancien.

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