‹ L'établissement des Récollets à Montréal, 1692 [microform]Chapitre 55 sur 61 · DOM CHARLES DE I/HOSTALLERIE · texte numérisé non relu

DOM CHARLES DE I/HOSTALLERIE

ble. II n'y avail aucun edifice qui eut 1'apparence d'un monastere ; 1'eglise, toute depavee, etait horrible ; toutes les necessites de la vie manquaient ; et ils n'avaient devant les yeux que de tristes objets en la personne des anciens religieux qu'ils etaient venus reformer. Dom Charles de 1'Hostallerie ne perdit rien de sa gaiete ordinaire ; il releva le courage de son compagnon, 1'exhorta a la patience, mettant toute sa confiance en Dieu, qui ne manque jamais a ceux qui le servent. II benit le Seigneur de se voirloge sous un escalier ou sa table etait une futaille, son siege un billot de bois, et son lit un peu de paille sur la terre nue. II n'avait pour bibliotheque qu'un seul livre; mais au pied du crucifix il apprenait une science que les homines ne sont pas capables de nous donner. Charge en qualite d'officier du soin de faire subsister cette petite communaute naissante, tout son fonds sereduisait atrente sols. Sa ressource fut le Seigneur, et il trouva dans sa divine Providence des "tresors inepuisables. Apres 1'oflSce divin et le travail manuel, il s'occupait a faire des sermons aux pauvres gens d'alentour : ce qui le fit estimer et des riches et des pauvres. L'onction du Seigneur I'instruisait, et jamais, de son aveu meme, il ne regut tant de consolations que dans cette privation de toutes les douceurs de la vie.

Quelques anne'es plus tard, Fobeissance 1'engagea dans les emplois exterieurs de 1'abbaye de Molesme (i). II donna tous ses soins pour bien remplir les devoirs de son office, mais sans y attacher son cceur. Ses occupations du dehors ne lui firent rien perdre de sa paix interieure. Chacun etait charme de sa droiture, de son esprit ouvert, de sa facilite a trouver des expedients pour terminer les affaires, et de ses entretiens dans lesquels il glissait tbujours adroitement quelques traits de piete qui portaient a Dieu. Tous enfin s'empressaient de lui remettre leurs interets pour en decider comme il lui plairait. On 1'abordait avec joie et facilite ; on le quittait avec peine et a regret. Les fermiers trouvaient en lui non un exacteur, mais un pere ; les pauvres, un tendre et fidele dispensateur du patrimoine de Jesus-Christ. Dieu benissait visiblement

(i) Molesmes, com. du canton de Laignes, Cote-d'Or. L'Abbaye de Notre-Dame de Molesmes fut fondee entre les annees 1066 et 1076 par saint Robert (f mo) avec 1'aide de Rainald, eveque de Langres, en un lieu donne par Hugues de Merlennac. Ge fut de Molesmes que sortirent les moines qui, sous la conduite de leur abbe, allerent en 1098 fonder Giteaux. Notre-Dame de Molesmes fut ruinee en 1473 dans la guerre entre Louis XI et le due de Bourgogne, et un siecle plus tard, en 1671, elle fut farulee par les heretiques. L'abbe commendataire, Armand de Conty, y introduisit en i648 les religieux de la Congregation de Saint-Maur. L'eglise a etc detruite, et les bailments sont devenus une maison d'ecole et des habitations particulieres.

ses demarches ; tout prosperait entre ses mains, et son superieur lui disait quelquefois agreablement ce que Laban disait au saint patriarche Jacob : Experimento didici quia benedixit mihi Dens propter te(i).

Dans le temps qu'il etait a Molesme, il arriva que, la veille d'une fete ou il y a grand concours, le predicateur invit6 fit savoir qu'il ne pouvait precher. Le prieur eut, dans cet embarras, recours au Pere de 1'Hostallerie, qui etait en ce moment occupe a recevoir des hotes. 11 s'excusa sur le pen de temps qu'il avait pour se preparer; mais, le prieur ayant fait de nouvelles instances, il repondit, sans s'engager, qu'il ferait ce qu'il pourrait. Le lendemain il monta en chaire et surpassa teEement 1'attente de ses auditeurs que chacun se retira rempli d'admiration. Mais ce qui lui etait arrive a Saint-Benoit-sur-Loire, durant sa recollection, est encore plus surprenant. Force par 1'obeissance, apres deux heures de preparation, il fit a la communaute une exhortation qui servit de conference le dimanche apres Paques. M. de 1'Estrade, eveque de Condom (2), qui s'y trouva present, en fut si charme qu'il courut apres lui pour lui faire compliment, mais 1'humble predicateur, mecontent de soi-meme, precipita sa fuite et s'enferma dans sa chambre, evitant 1' eclat et cherchant 1'obscurite au pied de la croix du Sauveur.

Les Superieurs, informes du merite du Pere de 1'Hostallerie, 1'approcherent de Paris. On le fit d'abord sous-prieur d' Argenteuil ; il y fut ensuite prieur 1'espace de six ans (3). Ge fut la que je conimengai a le connaitre, et des lors je remarquai en lui deux grandes vertus qu'il possedait dans un degre eminent : une chariteincomparableenvers ses religieux et une humilite profonde. Dur a lui-meme et benin envers ses freres, prevenant affectueusement leurs besoins, et se refusant le moindre soulagement, prenant sur soi ce qu'il y avail de plus onereux etde plus vil dans le monastere. portant tout le poids de la superiorite sans en goutef les douceurs. Son coeur, qui n'etait pas moins ouvert que son visage, rendait son acces facile: il accordait de si bonne grace ce qu'on lui demandait qu'on croyait avoir recu un double bienfait.

Sa piete envers la sainte Robe de Notre-Seigneur, qui se conserve a

(i) Genhc, ch. TOOL, * 27^ - ^

(a) Dom de 1'Hostallerie fut -envoyi k Saint-Benoit-sur-Loire en iGGr, et, pendant le temps qu'il demeura en cette abbaye, 1' eveque de Condom etait Charles de Lorraine, qui en 1660 avait succede a Jacques de Lestrade.

(3) Dom Charles de 1'Hostallerie fut sous-prieur d'Argenteuil avant d'aller a Molesme. En i664, il signe en cette. qualite le proces-verbal d'un miracle opere par la Sainte Tunique. 11 gouverna plus lard ce petit monastere coimne administrateur ou comme prieur de 1676 a 1684.

DOM CHARLES DE I/HOSTALLERIE 2OQ

Argenteuil, ranima celle des fideles : elle penetra jusqu'a la cour, et deux grandes princesses touchees de ses entretiens signalerent leur religion par la riche et magnifique chasse d'argent qui renferme aujourd'hui ce precieux depot (i). Sa foi, qui eclatait encore plus par ses osuvres que par ses discours, n'avait pas besoin de voir pour croire. Ce fut moins pour la confirmer que pour la recompenser que Dieu voulut le rendre temoin de plusieurs miracles. La guerison subite d'une jeune pensionnaire des religieuses d'Argenteuil qui recouvra 1'usage de ses membres et la liberte de marcher ne fut pas le moins considerable. Les medecins et les chirurgiens les plus habiles avaient epuise sans succes toutes les ressources de leur art : le Fils de Dieu, qui avait signale sa misericorde sur 1'hemorrhoisse par le seul attouchement de la frange de sa robe I'etendit sur cette jeune fille. Elle fut apportee devant la chasse par le secours de mains charitables, et elle s'en retourna sans soutien et sans appui, benissant le Seigneur qui avait fait eclater les merveilles de sa puissance par le moyen de sa sainte Robe (a).

Apres six ans de superiorite a Argenteuil. il fut nomme prieur de Saint-Crepin-le-Grand de Soissons (3), oh son merite le fit bientot connaitre. Madame d'Harcourt, abbesse de Notre-Dame, fut si touchee de sa piete, et des sa premiere visite remarqua en lui tant de penetration qu'elle le pria de 1'assister de ses conseils et de faire des instructions a

(1) Ces deux princesses etaient Marie de Lorraine, duchesse de Guise, et sa sceur Franchise de Lorraine, abbesse de Montmartre. Le transfert de la precieuse relique d'une chasse dans 1'autre se fit le 22 octobre 1680 sous la presidence de Dom Claude Boistard, prieur de Saint-Germain-des-Pres et vicaire general de I'archeveque de Paris. La traduction frangaise du proces-verbal de cette translation nous a ete conservee par Dom Gerberon dans L'histoire de la Robe sans couture de N.-S. Jesus- Christ, 2 edition, in-ia, Paris, 1686, p. 123-128. Parmi les signatures de cet acte, on remarque, apres celles de Dom Boistard, des deux princesses et des personnes de leur suite, celles de Fr. Ch. Petey, prieur d'Argenteuil , et des autres religieux du monastere. Notons aussi que dans ce proces-verbal la chasse en vermeil est reconnue comme offerte par la seule ducbesse de Guise, qui y a employ^ beaucoup d'or, d'argent et de pierreries .

(2) Cette jeune fille, nommee Catherine Potel, infirme depuis sept annees, fut guerie le 16 juillet 1678. Elle consacra a Dieu la sante qu'il lui avait rendue, et fit profession de la vie religieuse dans le monastere de Saint-Bernard d'Argenteuil, ou elle a donne de grands exemples de piete. Dom Gerberon, I. c., p. g5-ioi : ce travail eut au moins huit editions; la premiere est de 1677. Parmi d'autres ouvrages on peut encore consulter avec profit : La Tunique inconsutile de Notre- Seigneur Jesus-Christ ve'rifie'e dans le prieure" de VHumiliie de Notre-Dame a Argenteuil... par le Fr. Robert Wyard, moine benedictin de la Congregation de Sainl-Maur, 1'an mil huit cent soixante-sept, le i3 novembre, publie par M. 1'abbe Vanel, Paris, 1894, in-ia de 296 p.

(3) DOHI Ch. de 1'Hostallerie fut nomme prieur de Saint-Crepin-le-Grand par le Chapitre general de 1681, et par celui de i684 de Saint-Corneille de Compiegne.

lui le don de chastete qu'il avait apporte en religion. Un des premiers superieurs de la Congregation qui avail sa confiance a assure que pendant toute sa vie il n'avait rien fait qui put donner atteinte a 1'integrite de cette vertu angelique.

L'annee de sa probation achevee, il consomma son sacrifice par les VO3UX solennels de la religion le 29 juin 1669. Sa mere, qui voulut y etre pr^sente, offrit a Dieu cette victime ; et afin qu'il 1'eut pour agreable, elle s'unit au sacrifice par la reception du sacrement de FEucharistie. Deux ans apres, on 1'envoya etudier en philosophic et en theologie a Saint-Benoit-sur-Loire sous un habile maitre (i). II brilla durant le cours de ses etudes ; mais il ne se distingua pas moins par. sa piete et sa fidelite a ses devoirs de religieux. II fit dans le meme 'monastere son annee de recollection, qu'il employa a la lecture des saints Peres et a 1'oraison, se preparant par la retraite et des penitences redoublees a recevoir 1'ordre de la pretrise. II dit sa premiere messe avec les .sentiments d'humilite et de respect convenables a une action si importante ; et depuis ce jour il regarda cet auguste mystere comme une source de vie dont on ne peut s'eloigner qu'au prejudice de son avancement spirituel. Aussi jamais la multiplicite des soins ou I'embarras des affaires, bien moins encore la negligence, le degout ou une devotion mal entendue n'ont pu 1'eloigner de ce divin sacrement. Le degout du pain, disait-il a certains religieux qui se dispensaient trop facilement de celebrer, est un signe sensible qui annonce une maladie presente ou qui menace d'une mort prochaine.

Apres sa recollection, les superieurs voulurent le faire enseigner; mais par humilite il s'en excusa. Sur ce refus on 1'envoya a Molome (2) avec un de ses compagnons d'etude pour y mettre la reforme. Lorsqu'ils y arriverent, ce confrere se mit a pleurer, se trouvant dans une tres grande solitude depourvue de tout ce qui pouvait rendre la vie agrea-

(1) Dom Gabriel Gerberon etait alors sotis-prieur et lecteur de theologie a Saint- Benoit-sur-Loire, oia il demeura jusqu'au Chapitre general de i663.

(2) Molosme, com. du canton de Tonnerre, Yonne. Tres ancienne abbaye dont on fait remonter les origines au temps de Giovis I. Elle appartenait au diocese de Langres, et fut etablie dans un lieu appele Melu.ndu.rn, dont elle garda le nom apres qu'elle eut ete transferee a quelque distance sur les bords de 1'Armancon. Elle etait sous le vocable de saint Pierre. Le B. Guillaunae, abbe de Saint-Benigne de Dijon, y retablit en 1004 1'observauce monastique. Au commencement du XVI* siecle, 1'abbe Etienne de Nicey restaura 1'abbaye de Saint-Pierre de Molosme, y faisant refleurir la vie religieuse. La Congregation de Saint-Maur y fut appelee en 1667 par 1'abbe commendataire Francois de Clermont- Tonnerre, eveque de Noyon. Les batiments sont ruines ; 1'eglise reconstruite au XVI" siecle subsiste : on y remarqxie un fort beau portail plus ancien.

DOM CHARLES DELHOSTA.LLERIE 207

ble. II n'y avait aucun edifice qui eut 1'apparence d'un monastere; 1'eglise, toute depavee, etait horrible ; toutes les necessites de la vie manquaient ; et ils n'avaient devant les yeux que de tristes objets en la personne des anciens religieux qu'ils etaient venus reformer. Dom Charles de 1'Hostallerie ne perdit rien de sa gaiete ordinaire ; il releva le courage de son compagnon, 1'exhorta a la patience, mettant toute sa confiance en Dieu, qui ne manque jamais a ceux qui le servent. II benit le Seigneur de se voir loge sous un escalier ou sa table etait une futaille, son siege un billot de bois, et son lit un peu de paille sur la terre nue. II n'avait pour bibliotheque qu'un seul livre; mais au pied du crucifix il apprenait une science que les homines ne sont pas capables de nous donner. Charge en qualite d'officier du soin de faire subsister cette petite communaute naissante, tout son fonds sereduisait atrente sols. Sa ressource fut le Seigneur, et il trouva dans sa divine Providence des *tresors inepuisables. Apres 1' office divin et le travail manuel, il s'occupait a faire des sermons aux pauvres gens d'alentour : ce qui le fit estimer et des riches et des pauvres. L'onction du Seigneur 1'instruisait, et jamais, de son aveu meme, il ne recut tant de consolations que dans cette privation de toutes les douceurs de la vie.

Quelques annees plus tard, Fobeissance 1'engagea dans les emplois exterieurs de 1'abbaye de Molesme (t). II donna tous ses soins pour bien remplir les devoirs de son office, mais sans y attacher son coeur. Ses occupations du dehors ne lui firent rien perdre de sa paix interieure. Chacun etait charme de sa droiture, de son esprit ouvert, de sa facilite a trouver des expedients pour terminer les affaires, et de ses entretiens dans lesquels il glissait toujours adroitement quelques traits de piete qui portaient a Dieu. Tous enfin s'empressaient de lui remettre leurs interets pour en decider comme il lui plairait. On 1'abordait avec joie et facilite ; on le quittait avec peine et a regret. Les fermiers trouvaient en lui non un exacteur, mais un pere; les pauvres, un tendre et fidele dispensateur du patrimoine de Jesus-Christ. Dieu benissait visiblement

(x) Molesmes, com. du canton de Laignes, Cote-d'Or. L'Abbaye de Notre-Dame de Molesmes fut fondee entre les annees 1066 et 1076 par saint Robert (f mo) avec 1'aide de Rainald, eveque de Langres, en un lieu donne par Hugues de Merlennac. Ge fut de Molesmes que sortirent les moines qui, sous la conduite de leur abbe, allerent en 1098 fonder Giteaux. Notre-Dame de Molesmes fut ruine en 1473 dans la guerre entre Louis XI et le due de Bourgogne, et un siecle plus tard, en 1671, elle fut farulee par les heretiques. L'abbe commendataire, Armand de Gonty, y introduisit en 1648 les religieux de la Congregation de Saint-Maur. L'eglise a ete detruite, et les batiments sont devenus une maison d'ecole et des habitations particulieres.

ses demarches ; tout prosperait entre ses mains, et son superieur lui disait quelquefois agreablement ce que Laban disait au saint patriarche Jacob : Experimento didici quia benedixit mihi Deus propter te (i).

Dans le temps qu'il etait a Molesme, il arriva que, la veille d'une fete ou il'y a grand concours, le predicateur invite fit savoir qu'il ne pouvait precher. Le prieur eut, dans cet embarras, recours au Pere de rHbstallerie, qui etait en ce moment occupe a recevoir des notes. II s'excusa sur le pen de temps qu'il avait pour se preparer; mais, le prieur ayant fait de nouvelles instances, il repondit, sans s'engager, qu'il ferait ce qu'il pourrait. Le lendemain ii monta en chaire et sufpassa tellement 1'attente de ses auditeurs que chacun se retira rempli d'admiration. Mais ce qui lui etait arrive a Saint-Benoit-sur-Loire, durant sa recollection, est encore plus surprenant. Force par 1'obeissance, apres deux heures de preparation, il fit a la communaute une exhortation qui servit de conference le dimanche apres Paques.M. de 1'Estrade, eveque de Condom (2), qui s'y trouva present, en fut si charme qu'il courut apres lui pour lui faire compliment, mais 1'humble predicateur, mecontent de soi-meme, precipita sa fuite et s'enferma dans sa chambre, evitant 1'eclat et cherchant 1'obscurite au pied de la croix du Sauveur.

Les Superieurs, informes du merite du Pere de 1'Hostallerie, 1'approcherent de Paris. On le fit d'abord sous-prieur d'Argenteuil; il y fut ensuite prieur 1'espace de six ans (3). Ge fut la que je commengai a le connaitre, et des lors je remarquai en lui deux grandes vertus qu'il possedait dans un degre eminent : une charite incomparable envers ses religieux et une humilite profonde. Dur a lui-meme et benin envers ses freres, prevenant affectueusement leurs besoins, et se refusant le moindre soulagement, prenant sur soi ce qu'il y avait de plus onereux et de plus vil dans le monastere. portant tout le poids de la superior! t6 sans en gouter les douceurs. Son coeur, qui n'etait pas moins ouvert que son visage, rendait son acces facile : il accordait de si bonne grace ce qu'on lui demandait qu'on croyait avoir rec,u un double bienfait.

Sa piete envers la sainte Robe de Notre-Seigneur, qui se conserve a

(0 Gent&f, ch. xxx, + 27^ - v

(a) Dom de 1'Hostallerie fut-envoy6 k Saint-Benoit-sur-Loire en i6Gr, et, pendant le temps qu'il demeura en cette abbaye, Pevfeque de Condom etait Charles de Lorraine, qui en 1660 avait succede k Jacques de Lestrade.

(3) Dom Charles de 1'Hostallerie fut sous-prieur d'Argenteuil avant d'aller a Molesme. En i664, il signe en cette qualite le proces-verbal d'un miracle opere par la Sainte Tunique. 11 gouverna plus tard ce petit monastere comine administrates ou comme prieur de 1676 k 1684.

DOM CHARLES DE I/HOSTALLERIE 2OQ

Argenteuil, ranima celle des fideles : elle penetra jusqu'a la cour, et deux grandes princesses touchees de ses entretiens signalerent leur religion par la riche et magnifique chasse d' argent qui renferme aujourd'hui ce precieux depot (i). Sa foi, qui eclatait encore plus par ses ceuvres que par ses discours, n'avait pas besoin de voir pour croire. Ge fat moins pour la confirmer que pour la recompenser que Dieu voulut le rendre temoin de plusieurs miracles. La guerison subite d'une jeune pensionnaire des religieuses d'Argenteuil qui recouvra 1'usage de ses membres et la liberte de marcher ne fut pas le moins considerable. Les medecins et les chirurgiens les plus habiles avaient epuise sans succes toutes les ressources de leur art : le Fils de Dieu, qui avait signale sa misericorde sur rhemorrhoi'sse par le seul attouchement de la frange de sa robe I'etendit sur cette jeune fille. Elle fut apportee devant la chasse par le secours de mains charitables, et elle s'en retourna sans soutien et sans appui, benissant le Seigneur qui avait fait eclater les merveilles de sa puissance par le moyen de sa sainte Robe (2).

Apres six ans de superiorite a Argenteuil. il fut nomme prieur de Saint-Crepin-le-Grand de Soissons (3), oh son merite le fit bientot connaitre. Madame d'Harcourt, abbesse de Notre-Dame, fut si touchee de sa piete, et des sa premiere visite remarqua en lui tant de penetration qu'elle le pria de 1'assister de ses conseils et de faire des instructions a

(i) Ces deux princesses e talent Marie de Lorraine, duchesse de Guise, et sa sceur Francoise de Lorraine, abbesse de Montmartre. Le transfert de la precieuse relique d'une chasse dans 1'autre se fit le 22 octobre 1680 sous la presidence de Dom Claude Boistard, prieur de Saint- Germain-des-Pres et vicaire general de Tarcheveque de Paris. La traduction francaise du proces-verbal de cette translation nous a ete conservee par Dom Gerberon dans L'histoire de la Robe sans couture de N.-S. Jesus- Christ, 2 edition, in-ia, Paris, 1686, p. 123-128. Parmi les signatures de cet acte, on remarque, apres celles de Dom Boistard, des deux princesses et des personnes de leur suite, celles de Fr. Gh. Petey, prieur d'Argenteuil , et des autres religieux du monastere. Notons aussi que dans ce proces-verbal la chasse en vermeil est reconnue conime efferte par la seule duchesse de Guise, qui y a employe beaucoup d'or, d'argent et de pierreries .

(a) Gette jeune fille, nommee Catherine Potel, infirme depuis sept annees, fut guerie le 16 juillet 1678. Elle consacra a Dieu la sante qu'il lui avait rendue, et fit profession de la vie religieuse dans le monastere de Saint-Bernard d'Argenteuil, ou elle a donne de grands examples de piete. Dom Gerberon, I, c., p. 96-101 : ce travail eut au moins huit editions; la premiere est de 1677. Parmi d'autres ouvrages on peut encore consulter avec profit : La Taniqae inconsutile de Notre- Seigneur Jesus-Christ ve'rifie'e dans le prieare~ de VHnmilite de Notre-Dame a Argenteuil... par le Fr. Robert Wyard, moine benedictin de la Congregation de Saint-Maur, Tan mil huit cent soixante-sept, le iS novembre, publie par M. 1'abbe Vanel, Paris, 1894, in-ia de 296 p.

(3) Dom Ch. de PHostallerie fut nomme prieur de Saint-Crepin-le-Grand par le Ghapitre general de 1681, et par celui de i684 de Saint-Corneilie de Compiegne.

2IO DE LA VIE DBS JTJSTES

ses religieuses (i). Elle n'entreprenait rien dans son monastere sans avoir consulte le Pere de 1'Hostallerie. Ellelui confia la conduite de ses novices, comme la chose la plus importante de son abbaye ; mais cette pieuse princesse eut la douleur de se le voir enlever au bout d'un an pour aller remplir la place de prieur a Saint-Gorneille de Compiegne. Elle fut si sensible a cette perte qu'elle ne put s'en consoler que par la permission que les superieurs lui accorderent de le faire venir de temps en temps a Soissons. Deux ans apres, etant allee aux eaux, elle avait pris la resolution d' aller elle-meme au Chapitre general supplier les defmiteurs de le renvoyer a Soissons : ce qu'elle aurait fait sans un accident imprevu qui I'emp6cha d'executer ce dessein. Madame d'Humieres, abbesse de Monchy, sut mettre a profit la perte qu'avait faite Madame 1'abbesse de Soissons. Elle eut la meme confiance auxlumieres de Dom Charles de 1'Hostallerie, et ce fut sous sa direction et par ses bons avis qu'elle retablit 1'etroite observance et la purete de la regie dans son monastere. Elle eprouva de grandes contradictions, mais son sage directeur lui aplanit toutes les difficultes (2).

(1) L'abbaye de Notre-Dame de Soissons, fondee vers 660 par Leutrade, femme d'Ebroin, maire du palais, et sur les conseils de saint Drausin, eveque de Soissons, fut tout d'abord etablie sur les bords de 1'Aisne et hors de la ville; mais elle ne tarda pas a etre transferee a Pinterieur des murs. La premiere abbesse, Etherie, venait du monastere de Jouarre, et on y suivit d'abord la regie de saint Colomban. Richement dotee, 1'abbaye de Notre-Dame eut trois eglises et etait habitee par un grand nombre de religieuses. Au XVI" siecle, le Cardinal de Bourbon youlut y introduire la regie de Fontevrault ; mais la veritable reforme fut Pceuvre des abbesses Catherine de Bourbon (f i5g4), Louise de Lorraine (f i643), et Henriette de Lorraine (f 1669), qui surent retablir la vie monastique dans leur abbaye, en reconstruire les bailments, et en relever le temporal. Madame d'Harcourt y maintint la vie reguliere, qui demeura florissante jusqu'a la Revolution. La magnifique eglise de Notre-Dame fut detruite de 1797 a i8oa, et il n'en subsists que quelques pans de murailles. Les batiments conventuels furent convertis en casernes.

(2) Monehy-le-Pereux, maintenant Monchy-Humieres, com. du canton de Ressons, non loin de Gompiegne, Oise. L'abbaye de Notre-Dame de Monchy fut fondee en 1 289, par Mathieu de Roye, seigneur de ce lieu et de Garbigny, fondation qui, deux ans plus tard fut confirmee par Robert, eveque de Beauvais. Dans la premiere partie du XV* siecle les Anglais et les Bourguignons envahirent 1'abbaye, la ruinerent et en i434 les religieuses Pabandonnerent. En i46o Pabbe de Citeaux donna le monastere aux moines d'Ourscamp. Notre-Dame de Monchy ayant ete rendu aux Cisterciennes, 1'abbesse Elisabeth de Crevant d'Humieres releva Pabbaye de ses mines. Sa niece Anne-Louise d'Humieres lui succeda en 1671 et fit revivre dans son monastere la regie de Citeau* malgre toutes les oppositions qu'elle rencontra et dont son sage directeur et conseiller eut egalement beaucoup a souffrir. Elle mourut le ao Janvier 1710. Voir La Vie de Madame d'Humieres, abbesse et reformatrice de 1'abbaye de Monchy (par Dom Felibien), Paris, 1711, in-ia de a3a p. Cette Vie est dediee par 1'abbesse et les religieuses de Monchy & Madame la Mareschale, duchesse d'Humieres , mere de 1'abbesse qu'elles avaient perdue au commencement de 1'annee precedents.

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