‹ L'étang de BerreChapitre 27 sur 68 · La province · texte numérisé non relu

La province

OU cléricaux que celte nuit abolit : mais ces privilèges-ci où donc j est-il fait allusion, si ce n'est parfois pour soutenir explicitement et formellement le mensonge que, depuis Richelieu ou depuis Louis XIV, ils n'existaient plus ?

Au moment où Louis XIV serra la vis, le don gTatuit de la province devint fixe, et ce fut un échec pour nos libertés, mais a-t-on .pris garde que ce chiffre une fois fixé le fut pour tout un siècle ? La valeur de l'argent eut beau varier...

Nos villes et nos provinces n'accueillirent point les carnages du 4 août avec l'enthousiasme inconditionnel que le monde révolutionnaire imagine. On a lu la réponse très mitigée que firent les « citoïens de tout état » de ma petite ville natale et ce texte est peut-être un des témoins les plus significatifs de ces « bons restes de libertés » , comme dit Jules Lemaître, que l'ancien régime avait conservés du premier statut médiéval.

Quand, au hasard d'une flânerie aux archives municipales, par un splendide après-midi d'août 1889, l'année du Centenaire, je me vis en présence de cette claire et vive manifestation de notre passé, la nuée de l'iiistoire conventionnelle acheva de quitter mes yeux. Les mots tombaient, les choses se reformaient dans leur vérité éloquente : où serait le progrès, où avait été le recul, l'immensité des biens passés, l'infini de leur perte, je le mesurais avec précision d'après des faits dont je pouvais

contrôler le détail. On me pardonnera ce nouveau souvenir donné à des émotions personnelles : c'esl en disant à nos lecteurs comment chacun de nous retrouva la vraie France que nous pouvons les mettre en mesure d'en faire autant. Il faut que la fiction libérale et démocratique soit abandonnée aux imbéciles et aux ignorants.

Il ne suffit pas de savoir les privilèges du Tiers- Etat. Il faut nous rendre compte de la raison et de l'utilité des privilèges politiques attachés aux deux autres Ordres.

L'ancienne monarchie n'avait, en général, ni service d'assistance, ni service d'instruction publique, et cependant, l'instruction à tous les degrés était florissante, les œuvres d'hospitalité innombrables. Gela tenait en partie à l'organisation corporative et communautaire où chaque élément social prenait à sa charge ses enfants, ses malades et ses vieillards. Ces Ministères étaient centralisés par l'Eglise dont il faut juger l'œuvre d'après les résultats les plus généraux que les erreurs de détail ne sauraient cacher. Un contrôle sévère établi par l'Etat d'accord avec Rome et non contre Rome, avec la collaboration des tribunaux ecclésiastiques et non en concurrence avec eux, eût largement suffi pour réformer et améliorer l'état de choses existant. La folie « roussienne », comme

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disait Auguste Comte, s'était malheureusement emparée de l'État, des Grands, de la Cour, des hauts dignitaires de l'Eglise : au lieu de restaurer ensemble, on se coalisa pour détruire. En plus des conséquences de ces destructions, nous continuons à payer l'ignorance de cette erreur.

Pendant trois quarts de siècle., les classes éclairées de la nation française ont ressemblé à l'aveugle de La Fontaine :

Ce serpent... — C'est un fouet...

Nous avons pris pour un aliment un poison. La conviction où l'on nous faisait vivre que les causes de ruines étaient sources de vie et que les dates Cinéraires devaient être fêtées comme des jours de Joie auront empêché la réaction nécessaire de se produire, et la santé, non seulement de revenir, mais d'être désirée, définie et pensée.

Cela est vrai encore en ce qui touche à la noblesse. On a tout fait pour rendre inintelligible cette institution magnifique par laquelle l'État accordait aux familles qui avaient acquis du bien la faveur et l'honneur de rendre un service désintéressé au pays. Pour nous cacher cette idée simple, l'ennemi de l'intérieur, serviteur de nos ennemis du dehors, s'est ingénié cent ans à faire prendre l'exception pour la règle et l'abus rare pour l'usage constant ; cent ans, il a travaillé à envenimer contre nos plus vieilles familles nos instincts de jalousie gauloise qui, au fond, et malgré tout, ne tendent nullement à l'égalité, et bien au contraire. L'école républicaine, «inon la presse du régime, a dû finir par abandonner

la théorie g-ermaniste qui représentait la noblesse française comme tirant son origine de la conquête franque ; mais on continue à la représenter comme une caste fermée et difficilement accessible, comme une classe de bénéficiaires et d'oisifs se donnant la peine de naître (Beaumarchais) ou refusant sa juste part d'influence et d'autorité politique aux nonnobles qui, n'étant « rien », avaient mérité d'être « tout» (Sieyès). C'est très joli, mais ce n'est pas vrai. Pour s'en rendre compte, il faut lire le Tiers-Etat à Draguignan^ par F. Mireur, archiviste du département du Var, chez Latil, imprimeur, boulevard des Marronniers, 28, à Draguignan. On voit au sous-titre : « Etude sociologique ». Et fameuse ! Par une ironique revanche, c'est à deux pas de Fréjus, le pays natal de Siejès, qu'a été conçu, écrit et publié ce réquisitoire contre les a saturnales de V histoire officielle ». Ces mots ne sont point de moi. Ils sont du fonctionnaire d'un département qui élit M. Clemenceau. Le livre vaut son pesant d'or. On ne saurait trop le recommander. Son auteur est bien innocent. Il ne méditait aucun attentat contre les idées de son préfet et de son sénateur quand il fît les très suggestives découvertes que son livre nous communique. Mais il les a faites ^ Et les voilà qui sont^ conformément à une notion juste de ce qui fut,

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