NOTRE-DAME DE SEPTEMBRE
ment, ce nom mystique et mirifique, n'est-ce pas ? f[ue l'instinct maternel avait si bien trooivé, on ne voulut r accepter ni à la mairie, ni à la cure. »
Ce fut probableiïieiî.t la première et dernière déconvenue d'une vie dont toutes les heures devaient conseiller le bonheur. Ceux qui plai gênent notre génération de n'avoir eu pour maîtres que des désespérés oublient les Français du Midi qui subiirent, plus ou moins, l'influence de cette poésie et de ce poète conseiller de eourage optimiste et de mâle ^ersévéTance.
Oh ! Mistral n'aura jamais nié la douleur ni la mort, la difficulté ni l'épreuve. Tout ce qu'il a senti de la beauté du monde n'en compense pas la misère : elle en «est éclaircie et ainsi rendue plus cruelle. Mais il s'appuie sur la pensée. Religieuse ou patriotique, humaine ou divine, la pensée de Mistral, touijours mêlée à la vie réelle, dont elle part pour y revenir sous la f<5rme de l'action, ressemble à cette « Idée » de Joaekim du Bellay et de Platon, qui ennoblit les choses et retient l'homme dans un état de fidélité si constante qu'il se reconnaît étcTnel. Dès lors, le découragement ne signifie plus rien, l'erreur n'*est qu'une exhortation à se relever. Le mirage du ciel ou celui de la mer n'est pas sans bienfaisance pour une âme instruite à s'aider, sans trop s'y confier, des substances de l'illusion.
Dans la Reine Jeunne, la chiourme pliée sur les rames de la galère cToit voir au loin Manehir
les hauteurs de Garlaban et de la Sainte-Baume, elle chante déjà : « La Madeleine embaume. » Quant à douter, quelle sottise ! « Si ce nest pas Garlaban — Faisons comme si cela rétait — Lanlire — Lanière — Et vogue la galère ! » Les plus beaux jours eux-mêmes finissent par briller : « Si ce nest pas aujourcVhui^ ce sera demain ! » Jamais homme moderne n'aura mieux compris Epictète : « Faire ce qui dépend de nous, et pour le reste se tenir ferme et tranquille. »
Le calme du poète rend raison de son œuvre, distillée jour à jour, comme le miel des ruches, et cristallisée siècle à siècle comme le charbon du diamant. Un trait en dira long. Aux environs de Tannée 1860, Mistral s'aperçut que la Provence ne possédait pas de traduction de la Genèse, et il se promit de l'écrire. A cet effet il traduisit un chapitre par an. Chaque année, l'Almanach Provençal publiait un de ces chapitres et, comme il y en a exactement cinquante, le poète en a vu la fin l'année dernière. Il ne restait plus qu'à recueillir les cinquante feuillets, comme vient de le faire l'éditeur Champion dans un très beau volume avec version française de J.- Jacques Brousson. Vous voyez, concluait Mistral, cela s'est fait tout seul. Il n'y fallait que l'intellig-ence de la vie, le génie de l'ordre et la foi dans l'an qui vient.
Avec la même patience, cette facilité divine s'attaquait à la plus âpre de toutes les tâches. Mistral