LA MORT
Mistral est mort, je redis ces trois mots, il me semble qu'ils sont tout à fait dénués de sens : c'est à moi seul que le cœur manque, c'est nous qui descendons où l'on dit qu'il est descendu. Le poète divin de qui nous tenions le meilleur de nousmêmes nous avait toujours paru destiné à survivre à tout ce que nous étions, Voici qu'il n'y a plus à le rappeler de ses noms de Maître ou de Père,
Aquelo grando font de pouesio blouso
« cette grande source de poésie sereine » et les strophes de lamentation que lui-même épancha sur la mort de Lamartine ne sauraient même rien exprimer d'une pensée, d'une douleur qui met en deuil bien autre chose que la poésie.
On peut tenter de faire le compte de l'œuvre immense. Pour nous ce n'est encore rien. Mistral a ressuscité au fond de nos cœurs notre histoire, notre légende, notre sagesse provinciale, notre raison même ; il a éclairé pour nous jusqu'au sens des