‹ L'étang de BerreChapitre 42 sur 68 · Il a d'ailleurs fort peu écrit en prose provençale · texte numérisé non relu

Il a d'ailleurs fort peu écrit en prose provençale

clarté de la peintm^e, pour je ne sais quelle divine pureté de la langue et du rythme, il y a des hommes de goût pour les préférer même à ceux de Théodore Aubanel, qui, on Ta vu, se ressentait des romantiques parnassiens. Le futur auteur du Parnassiculet connaissait ces mauvais modèles ; il en préserva ses écrits.

Le sujet de toutes ses pièces provençales est tiré de quelque particularité de mœurs ou de paysage, propre à la contrée qid s'étend sous les murailles de Sisteron. Paul Arène poète, comme Paul Arène conteur, ne sortait guère de son arrondissement ; mais il y mettait l'univers. Les jeunes rustres qu'il peignait laissaient voir la nature humaine; les clôtures, les puits, les rangées d'oliviers lui montraient, en quelque façon, l'histoire du monde. C'est le grand procédé, le procéd)é classique. N'importe qu'on soit de Ghéronée ou d'Athènes, le tout est, en creusant, de voir, sous l'écorce brillante, le fond durable de la vie.

Dans Fontfrediero, la belle reine Jeanne, comtesse de Provence, reine de Naples, de Sicile, de Chypre et de Jérusalem, est arrêtée au bord de la source, dans un tiède vallon des Alpes. La naïade s'émeut d'une si brillante princesse : «Entre ses doigts couleurs de l'aube, — elle prit mon eau et la but, — un page lui tenait sa robe, — et mon onde tressaillit. » Comme le nom de la reine Jeanne est resté inséparable de certains proverbes de nos campagnes, ainsi la source a conservé ce bouillonnement immortel.

Dans le toast à la Lune... Mais ce toast à la Lune ne se résume pas, et je ne suis pas sûr qu'on puisse le traduire.

Dans Lis Estello negro^ Arène songe aux petites étoiles de pierre noire dont les orfèvres de Digne, ville proche de Sisteron, tirent un joyau populaire, rien qu'en y appliquant un liseré d'ai'gent ou d'or : on les recueille entre les roches du plateau de Saint- Vincent ; elles passent, chez les savants, pour des éclats d'aérolithes. Le poète adresse à son amie une parure faite de ces astérisques de deuil, dont il évoque la fortune. Cette pierre, débris d'une étoile perdue et qui traversa tout le ciel, apporte une image nouvelle de la destinée de l'amour*.

Le sonnet de Raubatori (le Rapt) s'ouvre aussi par le même curieux mélange de traits locaux et de rêverie historique, avivée par le sentiment : « Si j'avais un long manteau brodé, — comme l'avait La Belaudière'^'- — je m'arrêterais au milieu de la rue — droit à cheval sur ton balcon. — Viole aux doigts, épée au côté, — je te dirai ma dernière chanson, — vous seriez deux pour m'écouter : — toi, et l'étoile du matin. » Qu'on prenne garde à ce constant souci du ciel et des étoiles chez un écrivain rustique qu'on se figurerait, comme tant d'autres , incliné sur la glèbe à laquelle il s 'est attaché .

Je trouve une semblable élévation aux lumières

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