‹ L'étang de BerreChapitre 51 sur 68 · Lettre du 27 avril · texte numérisé non relu

Lettre du 27 avril

Pendant la bataille de la Marne, alors que nous luttions désespérément, tour à tour vaincus et vainqueurs, notre régiment avait été obligé d'évacuer le village de Vassincourt et, comme nous battions en retraite, j'ai vu des Rieux, le matin du 9 septembre, seul debout, parmi ses hommes décimés par les mitrailleuses ennemies, faire le coup de feu, les encourageant de la voix et du geste. Les soldats le suppliaient de se coucher, mais il continua à tirer, défiant l'ennemi, impassible et superbe sous l'ouragan des balles.

Le lendemain, son capitaine blessé était évacué; des Rieux prit le commandement de la compagnie et se conduisit encore vaillamment ; il reçut, ce jour-là, en allant porter secours à des blessés, un éclat d'obus qui lui contusionna très fortement la jambe K

Cette blessure le fît boiter six semaines sans parvenir àréloigner un seul instant. Le 20 septembre, lors de l'attaque du village des Forges, il se découvre plus hardiment que de coutume pour aller replacer ses soldats qui semblaient plier et fléchir. Tant de simple bravoure dans l'attaque n'était comparable qu'à la patience et à l'endurance sereine qu'il déployait contre toutes sortes de maux. Par exemple, devant le bois des Corbeaux « en face du bois des Forges », dit le témoignage que j'ai déjà emprunté, « tapi dans les fossés qui bordaient la lisière du bois, nous y passâmes six jours et six nuits terribles, dans la boue, transis jusqu'aux

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