‹ L'étang de BerreChapitre 56 sur 68 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

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Dans les pages vivifiantes de son dernier livns Hors du joug allemand, Léon Daudet fait reconnaître « la haute nécessité de la critique philoso* phique. et littéraire défensive quant aux apports étrangers ». En s'étonnant avec raison qu'une telle critique « rectificative » ait été négligée, l'auteur de V Avant-guerre ne fait d'exception que pour quelques « études de Jules Lemaître de 1886 à 1900 environ »,,

L'intervention de Lemaître eut lieu en 1894^ par un article célèbre de \diRevue des Deux-Mondes ^. Mais cet article-manifeste correspondait, en les nuançant sur beaucoup de points, en les contredisant sur d'autres, aux discussions, alors très vives

1. De r influence récente des littératures du Nord : 15 décembre 1894.

et déjà anciennes, que provoquaient dans les jeunes lettres les campagnes menées depuis plusieurs années par Jean Moréas et par ses disciples.

Leur Ecole romane française s'était précisément établie au point de vue critique et défensif indiqué par Léon Daudet.

On peut se demander comment elle n'a pas été écoutée et suivie davantage. En fait, elle l'a été plus qu'on ne dit, plus même qu'on ne le croit. La rigueur un peu dure de leurs principes commença par faire un certain vide autour de ces écrivains, mais de là vint aussi leur force, dont on ressentit bientôt, dans le roman comme dans la critique et dans la poésie, l'influence multipliée par les vertus de l'isolement. Au cours de son histoire de la Littérature contemporaine^, M. Charles Le GofTic a caractérisé avec exactitude cette collaboration diffuse, profonde, un peu secrète, à l'évolution générale qui se produisit vers 1900.

Cet effort de retour au sentiment, au goût, à i'esprit national pouvait se produire et se développer ; il ne pouvait être avoué que difficilement ; car les dominantes de la situation politique et sociale dans un Paris de plus en plus courbé sous « le joug allemand » devaient contrarier ou trahir tout effort de ce genre.

Comment éliminer le poison allemand ? Il était aggravé chaque jour par l'afflux de nouveaux arrivants germaniques aux meilleurs postes, il était favorisé par la pression concordante de toutes les habitudes antérieures. Les survivances du romantisme et de la Révolution, l'état démocratique, la synagogue, le temple, sans parler de la Bourse, aidaient la

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