Librairie Larousse
Germanie à se rendre maîtresse des salons, des académies, des théâtres, des bureaux de rédaction, des chaires d'enseig-nement. Avec Gabriel Monod, qui disait que « l'Allemagne était la seconde patrie de tout homme qui étudie et qui pense », les Allemands tenaient le haut enseignement de l'histoire républicaine. Avec Alfred Groiset, autre vassal intellectuel, ils occupaient les Lettres. Avec le kantiste Lachelier, c'était la philosophie. Avec Jaurès, le jeune monde universitaire et politique. Seize ans après la fondation de l'Ecole romanefrançaise, l'invasion germanique était si puissante partout que Pierre Lasserre, soutenant en Sorbonne sa belle thèse au Romantisme français, irouY s. surtout des adversaires parmi ses juges de la Faculté. Ainsi, tous les hauts lieux appartenant à l'ennemi, nous ne pouvions recevoir de recrues que de la rare élite qui unissait aux qualités de l'intelligence un désintéressement et un esprit d'indépendance fortifiés par quelque résignation à manquer de gloire en une heure où rien n'était plus facile que le succès. Quel qu'il fût, le jeune écrivain qui voulait s'élever contre l'influence allemande ou plaider pour le vieil héritage français devait en prendre son parti : son public devait être réuni de ses mains et à la sueur de son front ; quant aux auditoires tout rassemblés, ils lui échappaient forcément, les directeurs de journaux et de revues aimaient mieux autre chose, principalement le contraire ; la thèse du cosmopolitisme des arts leur semblait de beaucoup préférable parce qu'elle était plus fructueuse, étant à la mode et bénéficiant de
toutes les complaisances. Quant au plaisir de contredire ou à l'honneur de réagir, les avantages étaient trop puissamment compensés par les risques, car on avait affaire à forte partie !
Il fallut commencer par nous limiter à la jeune, très jeune Plume. Malgré l'appui souriant prêté par quelques-uns de nos maîtres et de nos aînés, la grande presse ne s'ouvrit qu'avec hésitation et lenteur. Peu à peu toutefois, la Gazette de France^ et la Revue encyclopédique, plus tard Minerva eurent le précieux mérite, le patriotisme et la prévoyance d'aider de leur puissance publique une pensée qui ne devait être ni trop faible, ni trop courte, ni trop vulgaire, puisque la voilà demeurée jeune et fertile au bout d'un quart de siècle presque écoulé.
Peut-être un jour sera-t-il possible de recueillir en un volume les éléments viables de ces essais de littérature et de philosophie « rectificatives ». Peut-être trouveront-ils leur place naturelle dans le recueil de nos Études sur Jean Moréas et ses amis. En attendant, on pardonnera à l'auteur une réédition des sentiments presque religieux que Im inspirèrent la préséance du génie helléno-latin, et la gloire des rivages de « Notre Mer » telle que l'on découvre cette « limpide mer », cette « mer sereine » ^, scintillante et comme gonflée vers le ciel par le jeu d'une perspective lointaine à l'extrême limite des horizons de mon btang de Berre. Ce recueil d'impressions et de paysages de jeunesse ne sera pas mal terminé par ce texte d'anciennes