‹ L'étang de BerreChapitre 7 sur 68 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

beaucoup de formes rajeunissent que l'on croyait mortes de vieillesse et d'ennui :

Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l'humeur est vagabonde...

Les soleils couchants

Revêtent les champs Les canaux, la ville entière

D'hyacinthe et d'or

Le monde s'endort Dans une chaude lumière.

Ainsi me reviennent les vers de V Invitation au voyage ; et c'est à peine si le romantisme de chanteur ambulant m'a choqué finement au milieu de la douce angoisse et de Fagréable langueur qui me surmontent. Et là-dessus, renaît le vent. Il arrive du fond de la Grau, ma voisine, du lit tumultueux du Rhône, de la dentelle des Cévennes invisibles sur l'horizon. Ce puissant fleuve d'air fera régner au ciel une extrême limpidité. De beaux brasiers couleur de pourpre s'élèvent, s'amoncellent, se déplacent au souffle ardent parmi toute la ligne occidentale des nuages ; à l'autre bout du ciel, les cornes de la lune s'affinent aux arêtes tranchantes des collines. Aussitôt tout fléchit et se courbe avec des sanglots, mais la clarté du soir se répand et circule avec égalité dans cette douleur. C'est bien ici qu'il conviendrait de situer quelque vieux drame de haine ou d'amour conscients. Pourquoi Stendhal n'a-t-il pas mieux connu ce pays-ci ? Je doute que

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