‹ L'étang de BerreChapitre 9 sur 68 · LE NOM · texte numérisé non relu

LE NOM

Nî le nom de Mélusine

Pourtant, Ni le nom d'Argentine...

Jean Moréas.

Déjà le nom de la petite ville demande explication.

« Faut-il » , disait Mistral dans le discours prestigieux qu'il prononça chez nous le 11 août 1891, « faut-il dire Martigues ? Ou les Marti gués ? Ou le Martigue? Personne n'a jamais bien suie nom de votre pays en français. Mais, en provençal, il n'y a point de doute, tout le monde dit lou Martegue^ et c'est peut-être la raison pour laquelle votre ville si provençale a souvent incarné la Provence au delà des mers : un jour que je visitais un bateau des Messageries à Marseille, est-ce qu'un chauffeur chinois ne m'a pas poursuivi pour médire : — /éiz, tarnben parle martegau, moi aussi je parle la

langue de Martigues Votre langage était pour

lui le provençal par excellence. »

Ces paroles de Mistral n'ont jamais été écrites, mais elles ont été entendues de 1500 personnes. Je les retrouve dans ma mémoire comme un des nombreux témoignages de l'extrême amitié d'imagination que le grand poète provençal marqua toujours

à ma petite ville. Au banquet dans lequel il prit ainsi la parole, quinze cartouches bleus et blancs portaient les vers de Mireille, de Calendal, des Iles d'or, de la Beine Jeanne, de Nerie, qui nomment ce coin de Provence ou qui le glorifient.

Quant au petit problème de nomenclature française que Mistral aimait à poser, en manière de colie, à ceux de nos bourgeois qui ne lui parlaient que français, la raison et le goût hésitent. J'aurais dit autrefois par simple zèle de félibre intransigeant : « les trente beautés du Martigue ». C'est le mol à mot. La forme « les Martigues » n'est qu'une ânerie administrative que les GallilTet ont mise dans leur titre usurpé et qui est née d'une confusion avec le lèz, qui signifie à côté de (latus) dans lalocution Châteauneuf-les-Martigues, par exemple. Mais ceux dont le français fut la langue maternelle ne peuvent se déshabituer, comme c'est mon cas, de se laisser aller à dire Martigues tout court, comme ils l'ont entendu dire à leurs père et mère. J'adopte en fin de compte cette carte forcée de ma tradition, qui offre l'avantage de respecter le caractère et l'esprit des deux langues.

Lou Mariegue est un dérivé régulier de Marticum comme lou Vernègue de Verneticum et lou Jarnegue de Jarneticum. 11 signifie Pays de Marthe, du nom de la prophétesse orientale qui accompagna Marins en Provence d'après Plutarque et dont le souvenir demeure inscrit en plus d'un lieu.

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