‹ L'étang des soeurs-grisesChapitre 2 sur 68 · LA CHASSE ET LA PECHE · texte numérisé non relu

LA CHASSE ET LA PECHE

— N'as-tu pas entendu un froissement de feuilles ? murmura le plus jeune- à l'oreille de son sceptique compagnon.

— Si ! si ! répondit ce dernier.

Et tous deux restèrent immobiles, le regard fixe, comme des chasseurs à l'affût.

Mais le bruit ne se renouvelait pas, et ils allaient reprendre leur marche interrompue, croyant s'être trompés, quand tout à coup le^ premier, serrant vivement le bras de son ami, étendit la main vers la profondeur du bois, du côté duquel ils s'étaient instinctivement retournés à la première alerte.

Là, à une cinquantaine de mètres peut-être, dans une èclaircie ménagée par le caprice des branches entre-croisées, squs un clair rayon de lune, une ombre venait de passer avec rapidité.

— Vois-tu ?

— Oh ! oh ! Qu'est-ce que cela ?

— Une femme^ parbleu !

— Il m'a bien semblé, en effet, reconnaître l'ondulation gracieuse d'une robe... Qui diable cela peut-il être?

— En avant ! Nous le saurons.

Les deux jeunes gens s'élancèrent vivement dans la direction de l'apparition.

Arrivés à l'endroit où ils avaient cru voir passer l'ombre qui les intriguait tous deux, bien que pour des motifs différents, il s arrêtèrent et regardèrent autour d'eux.

Ils se trouvaient au centre d'une petite clairière, d'où partaient deux sentiers gazonnés à travers bois. L'un allait rejoindre la grande avenue de platanes conduisant au château ; l'autre aboutissait, par

un capricieux circuit, à l'une des entrées du kiosque que nous avons déjà signalé.

La clairière était parfaitement vjde !

Les deux jeunes gens parurent fort désappointés.

— Diable ! grommela l'aîné, qui répondait au nom de Camille Richard, en s'adressaat à son compagnon, qui portait également le nom peu aristocratique de Louis Bertrand, nous sommes volés ! . . . Je ne sais si cela tient aux truffes, mais je me sentais fort porté au romanesque, et, comme il est évident qu'une femme qui se promène dans les ])ois, à quatre heures du matin, ne peut être que jeune et jolie...

— En tout cas, cela n'est pas naturel ! s'écria Louis Bertrand. Et celui ou celle qui se dérol^e ainsi a quelque raison de se cacher. On n'a pu suivre que l'un .de ces deux sentiers. Prends celui-ci , poursuivit-il; moi, je vais remonter jusqu'au kiosque. Nous nous retrouverons ici.

— C'est-à-dire, si je ne rencontre personne... sinon... tu comprends... Je ne te promets pas de revenir, répondit Camille en riant.

Et il s'élança vers l'avenue, tandis que son ami se dirigeait rapidement du côté du petit promontoire, qu'il allait, cette fois, aborder par la partie opposée à celle qu'il venait de parcourir.

Quelques minutes après, tous deux se rejoignaient dans la petite prairie qu'ils venaient de quitter.

— Bredouille ! fit Camille en poussant un long soupir.

— Tu n'as rien vu ?

— Rien absolument ! J'ai été jusqu'à la porte du château. Elle est parfaitement close, et je n'ai pas rencontré même un lièvre. Et toi ?

— ^-tien non plus. C'est étrange! Car nous avons bien vu...

— C'est-à-dire que nous avons cru voir... Un effet de clair de lune quelconque... Un nuage qui, en passant, aura jeté son ombre... A-llons, c'est dommage! J'avais déjà bâti tout un roman. Sais-tu qu'il y a là, sous ce toit qui devrait abriter notre sommeil, si nous n'avions pas le Champagne vagabond et le foie gras poétique, deux charmantes personnes : Mlle Denise... et Mme Bissy, qui rép^^nd au doux nom d'Honorine!...

Sous un clair rayon de lune, une ombre venait de passer.

— Eh bien, que t'importe? interrompit Louis Bertrand avec une certaine violence. La première est une jeune fille riche, un modôlô de pureté. L'autre est mariée...

— Oh ! si mal ! murmura Camilie. .

Tout en causant, ils étaient revenus au bord de l'étanû^.

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