LA DECLARATION DE GUERRE
Richard, effrayé de cette crise, la saisit dans ses bras et la porta dans la seconde chambre, sur son lit, où il essaya de la faire revenir à elle, en lui faisant respirer un flacon de sels, qu'il trouva près de lui, bijou ciselé, dernier reste de la fortune passée.
Denise, d'ailleurs, ne tarda pas à reprendre ses esprits.
C'était une vaillante nature dans un corps frêle et délicat, et la grâce, chez elle, n'excluait pas l'énergie morale.
En se voyant étendue sur son lit, une faible rougeur monta à ses joues décolorées, et, réunissant ses forces, elle se redressa, descendit de sa couche par un mouvement rapide, pour s'asseoir dans un fauteuil, avec l'aide du bras de Richard.
— Enfin, vous voiL". remise ! s'écria ce dernier. Vous m'avez fait peur un moment,
— Ce n'est rien, rép©ndit-elle d'une voix encore altérée. Mais,
en apprenant la vérité, il m'a semblé que j'allais mourir de douîeur et de remords.
— De remords ? répéta Camille.
— Oui, de remords d'avoir pu croire qu'il était coupable, qu'il m'avait lâchement abandonnée, trahie! Lui... lui!... c'est un crime !.,. Hélas ! j'en suis bien punie, ajouta-t-elle en cachant son visage dans ses mains.
Il y eut un instant de silence.
Richard n'osait interrompre ses réflexions. Il la contemplait, plein d'une pitié et d'une sympal.hie profondes, plus réellement ému peut-être qu'il ne l'avait été de sa vie.
Elle releva la tête. L'angoisse se lisait sur tous ses traits charmants, mais lespérance mettait ses flammes dans le regard.
— Monsieur Richard, ctes-vous bien sûr de ce que vous venez de me dire? Tant de faits semblent le condamner pourtant, que toute autre à ma place l'eût cru comme je l'ai cru. N'est-ce point votre amitié jDour lui qui vous engage ?...
— Madame, interrompit Richard, j'étais, en effet, son ami, je le suis encore, mais je vous jure, sur mon honneur, que je vous dis la vérité. Depuis de longues années je ne l'ai point quitté. J'ai vécu près de lui, j'ai vécu de sa vie. Je le connais : c'est le cœur le plus loyal, le plus délicat que j'aie encore rencontré. Lorsqu'il apprit votre suicide, il tomba foudroyé. Pendant des mois, il fut entre la vie et la mort.
— Ah! je ne savais pas cela! murmura Denise.
— Pendant les premières semaines, il était en proie au délire. Je le veillai sans m'éloigner une minute : ses lèvres ne prononçaient que votre nom. Il vous appelait, il vous parlait; son amour éclatait avec une violence qui, bien des fois, me tira les larmes des yeux. Quant il revint à lui, quand il recouvra son bon sens, ses premières paroles furent pour m'afûrmer son amour et son innuff-nce. ^
— Pourquoi n'a-t-il donc jamais cherché à me revoir ?
— Il vous croyait morte!... Et vous étiez déjà mariée au marquis Du Lys, au moment où ses forces renaissantes lui auraient à peine permis de vous revoir, de vous parler...
— Il ne savait pas qu'on m'avait sauvée ?
i— Il ne l'a su que plus d'un an après ? Denise se leva avec agitation.
— Oh ! mon Dieu ! Oh 1 mou Dieu ! répétait-elle. Et moi qui prenais sonsilenco et son éloigncmcnt pour un aveu !... Ah ! c'est
affreux !
__ Il n'aimait, il n'avait aimé que vous.
Alors Richard lui raconta, dans les plus grands détails, toutes SCS conversations avec Bertrand, et son départ pour Rome.
Denise buvait ses paroles, en proie à une émotion, à une exaltation qui lui déchiraient le cœur et la faisaient heureuse à la fois. Il lui semblait qu'on lui rendait son ame, que la vie rentrait en elle i
à flots, puis, tout à coup, se rappelant son mariage, comptant les années écoulées dans l'agonie, loin de lui, le croyant coupable,sans pouvoir étouffer son am^our, elle avait des élans de désespoir amer et de colère contre elle-même qui effrayaient Richard.
Elle dut, à son tour, lui raconter, dans ses moindres détails, la j