‹ L'étang des soeurs-grisesChapitre 43 sur 68 · Liv · texte numérisé non relu

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— Sois tranquille. Je suis calme et je serai raisonnable.

— Mais pourquoi est-il revenu, ce diable d'homme ? Ce n'est pas l'amour ni la jalousie qui l'ont poussé?...

— A coup sûr! Qu'est-ce alors ?

— Dis plutôt : qui ?

— Comment cela?

— Honorine est là-dedans !

Bertrand pâlit.

— J'y ai pensé, fit-il à mi-voix, d'un air plus abattu et plus effrayé qu'irrité. Pourtant qui te le fait croire ?

— Rien. Mais j'en suis sûr... et toi aussi î.

Bertrand ne répondit pas. II y eut un moment de silence.

— Camille, reprit-il, il faut les retrouver. J'ai compté sur U» pour m'aider.

— II vaudrait mieux ne les retrouver jamais ! grommela Rickard entre ses dents.

— Préfères-tu que je me brûle la cervelle, ou que je devienne fou ?

— Non, non pas! Soit. Je t'aiderai. Avant tout, il faut savoir pourcruoi ce modèle des maris s'est brusquement réveillé de sa longue torpeur. Reste tranquille, ne te montre pas, laisse-moi agir seul, ou je me croise les bras.

— Et tu me diras tout !

— Oui, tout ! mais tu as besoin de te reposer, et j'ai besoin, moi, de quelques jours pour mon enquête.

Huit jours après, Richard vint trouver son ami.

— Je sais le pourquoi, fit-il d'un air qui n'annonçait rien de bon.

— Parle.

— Denise est redevenue riche !

— Deniscj riche!

— Oui. Tu t3 rappelles, lorsque tu vins pour la première fois au château Du Roveray, — que le diable emporte ! ajouta-t-il mentalement, — que M"* Duclerc et Denise étaient absentes. Grâce à cette absence, tu commenças par le portrait d'Honorine, que tu courtisas naturellement quelque peu, et qui se prit à cette glu... Enfin le passé est le passé. Or, elles étaient toutes les deux

chez une vieille parente, qui aimait beaucoup Denise, qui avait le sac, et qui voulait en faire son héritière. Cette vieille parente, — elle aurait bien dû mourir plus tôt ou plus tard ! — est décédée. Denise a hérité. Honorine, à l'affût, a prévenu le marquis, et... tu sais le reste !

— Je comprends, murmura Bertrand avec un geste de désespoir. C'est ce qui pouvait arriver de pire.

— Tu l'as dit ! Sans cela, si Denise était toujours pauvre, j'avais pensé,... Il y avait un moyen tout naturel.... et qui réussit quelquefois...

— Lequel ?

— Tu lui aurais offert beaucoup d'argent.... à ce gentilhomme véreux et ruiné... Je connais mon marquis, il y avait neuf chances pour dix qu'il acceptât, si la somme avait été suffisante, et à nous deux... Je pourrais, d'ailleurs, citer quelques maris philosophes et pratiques lesquels, entre une femme qui leur fait la grimace et un sac d'écus qui leur fait risette, n'hésitent pas.

— En tout cas, c'est impossible maintenant. Mais Denise pourrait peut-être...

— Rien du tout! Le cas est prévu. Elle n'hérite qu'à la condition de reprendre la vie commune avec le marquis, et comme de plus toute la fortune est placée sur la tête de sa fille, elle ne peut plus même aliéner au profit de son mari ce nouvel héritage. Dans ces conditions, le mari ne les lâchera plus.

Bertrand serra les poings.

— On a veillé au grain, ainsi que tu vois, poursuivit Richard, et tu dois reconnaître là l'habileté d'une femme, et, dans cette femme, Honorine.

— Honorine ? répéta Bertrand. En quoi cela la regarde-t-il ?

— En tout! J'ai été aux informations. J'ai écrit dans le Limousin. Après votre départ, elle a passé, sur les six mois de son absence, trois mois près de la vieille dame, et je devine son travail, comme si j'y avais collaboré. Une fois averti. Du Lys a mis la police à vos trousses et on vous a dénichés. Ce n'était pas difficile, du moment où il le voulait bien.

Bertrand restait accablé.

Cela ne dura pas.

— Alors, je ne puis compter que sur moi, dit-il d'un ton ferme. Où sont-ils ?

Richard se tut.

— Tu n'as rien appris ?

— Non...

Bertrand le regarda fixement.

— Tu me trompes !

— Ecoute, Louis, tu me fais peur! Si tu étais un homme sage...

— Si je le suis !

— Résigné...

— Je ne le serai jamais ! Parle, je t'en conjure. Tes réticences me pousseraient plutôt à quelque imprudence !

Richard hésitait.

— Baste ! fit-il enfin, tu le saurais toujours, et il vaut mieux, en effet, que ce soit moi qui te l'apprcnns.

Bertrand piétinait d'impatience.

— Ta parole que tu ne feras pas de sottise.

— Oui.

— Eh bien, ils sont à Paris depuis dix jours. Vous êtes arrivés presque en même temps.

— Bien ! fît seulement Bertrand en poussant un soupir de soulagement.

Et il parla d'autre chose.

— Je mériterais la potence, se disait Richard à lui-même. Bertrand allait épouser Honorine, il était heureux. Denise était résignée,,.. Il a fallu que je me mêlasse de ce qui ne me regardait pas ! J'ai voulu trancher du don Quichotte, jouer le rôle de la Providence, punir le vice et récompenser la vertu !... Sot animal ! Tu as fait du propre, et tu as préparé de jolis malheurs pour l'avenir, sans compter les calamités présentes ! Tu as réduit au désespoir tous ceux que tu aimais et que tu croyais servir... Bélitre! Ane ! Tête sans cervelle J

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