‹ L'étang des soeurs-grisesChapitre 49 sur 68 · LES CONDITIONS DE BERTRAND · texte numérisé non relu

LES CONDITIONS DE BERTRAND

Au fond du cœur de toutes les femmes dans la position de Nina Durandal, il y a une soif ardente, un désir tyrannique de rentrer dans la société régulière, d'être, à leur tour, des femmes comme il faut, de prendre place dans le monde qu'elles côtoient, ou qu'elles n*abordent que par l'escalier dérobé, en un mot, de faire une lin.

La plupart du temps, leurs bravades et leurs fanfaronnades ne sont qu'un besoin de s'étourdir, de se griser sur la fausseté de leur situation, dont elles n'ont d'abord cueilli que les roses et dont

Ainsi, dit-il en se levant pour partir, soyez prête dans dix jours.

elles sentent les épines à mesure que le printemps s'éloigne, que l'été s'avance, qu'elles entrevoient l'automne et qu'elles prévoient l'hiver.

Après avoir chipé les fruits verts le long des sentiers, il leur semblerait doux de goûter aux beaux fruits savoureux de la légaû9"' Liv. 59

lité, qu'on mange sans inquiétude, assis devant une bonne table où l'écharpe municipale tient lieu de nappe et de serviette.

Ce rêve était donc le rêve de Nina. Seulement, le croyant irréalisable, ou, du moins, fort difficile à réaliser, elle ne s'y attachait pas, l'éloignait de son esprit, remettait au lendemain à s'en occuper, craignant une défaite qui est toujours désagréable et qui par-dessus le marché humilie.

En tout cas, ce rêve n'avait jamais pris pour elle, à l'heure de ses divagations les plus folles, l'aspect d'un homme de génie, • jeune encore, beau, célèbre, riche par son talent et.la vogue de ses tableaux, qui eût fait honneur à toute famille où il eût voulu entrer, et qui pouvait choisir parmi les plus pures, les mieux élevées et les plus charmantes.

Sur le premier moment, elle avait trouvé le morceau trop friand. La surprise lui avait fait comparer ce qu'elle valait au prix qu'on lui en offrait. Le bon sens avait parlé.

En y réfléchissant, sa vanité et son égoïsna© naturels reprirent le dessus.

— Après tout, s'il m'aime assez, je serais bien sotte de ne pas saisir l'occasion. Tous les risques et tous les déboires de l'affaire sont pour lui, non pour moi !

Puis, elle pensa à quelques mariages de ce genre, dont on cbuchotte au début, et qu'on accepte ensuite fort bien.

D'ailleurs, n'était-elle pas artiste, aussi, comme il. le lui avait rappelé?

— Si sa passion est assez forte pour lui faire franchir le fossé, pourquoi ne le sauterais-je pas avec lui? Qu'est-ce que je risque ? Ou il le regrettera, ou il ne le regrettera pas. En tout cas, moi, je n'aurai pas à le regretter, et cela ne peut que me rapporter. Au pis-aller, on se sépare... Après? La position de femme mariée est toujours préférable à celle de demoiselle... sans l'être! Mes bonnes amies en crèveront de dépit ! J'aurai une belle position assurée; pcfur toute la vie. D'ailleurs, pourquoi cela ne marcherait-il pas bien? Je ne demande pas mieux que d'être honnête et vertueuse, j'en ai le tempérament. Cela ne me sera pas plus difficile qu'à une autre. Quand on a tout ce qu'on désire, il faut être bien bête... pour faire des bêtises. Je veux épater le monde par ma sagesse et

ma tenue. Etre une femme comme il faut, ce n'est pas plus malin, . . que le contraire! C'est même beaucoup moins compliqué. Les circonstances et l'entourage vous portent..., il n'y a qu'à se laisser faire! Puis, il ne me déplaît pas du tout, lui, loin de là! Il n'est pas gai, amusant, mais, pour un mari, il n'y a pas de mal. J'en aurais accepté un bien pire! C'est une nature de lierre. Il a besoin, parait-il, de se cramponner à une femme... Eh bien, je serai cette femme-là !

Le lendemain, à l'heure dite, Bertrand 'arriva, suivant sa promes:se.

— Ma chère Nina, avez-vous réfléchi ?

— Sans doute...

— Et vous acceptez, n'est-ce pas ?

— Je vous ai fait connaître mes objections, mais si elles ne vous arrêtent pas. . .

— Ce n'est pas vous qu'elles peuvent arrêter. Ainsi, voilà qui est entendu.

— Ah! mon cher ami, s'écria Nina, comment vous exprimer ce que je ressens ! Comment vous remercier de cette preuve d'amour ! En vous rendant bien heureux ! C'est ce que je m'appliquerai à faire, et je crois que j'y réussirai.

• — C'est moi qui vous remercie d'accepter, répondit Bertrand avec un sourire indéfinissable.

— Maintenant, poursuivit-il, puisque nous voilà d'accord sur le fond, j'ai quelques petites conditions à vous faire connaître.

Nina eut un léger frisson d'inquiétude qui n'échappa point au regard de l'artiste.

— Oh ! rassurez-vous, dit-il presque gaiement. Elles n'ont rien d'effrayant, ni de menaçant. Les voici. D'abord, je tiens plus que jamais à ce que ce projet de mariage reste absolument secret entre nous jusqu'à son accomplissement. Il y a, à cela, plusieurs raisons. Autant éviter à l'avance des commentaires et des bavardages.

— Parfaitement. C'est mon avis, et je tiens également à ner* ébruiter trop tôt.

Rlle était sincère à présent. Elle voulait avec rage que la se fît, et, par conséquent, redoutait ce qu'on aurait pu rac

d'elle à Bertrand, si on avait su la sottise qu'il s'apprêtait à commettre.

Il y a toujours des amis bien renseignés et des conseilleurs officieux, et, jusqu'au oui fatal, on peut toujours se dédire.

— Mais la publication des bans? ajouta-t-elle.

— Nous ne nous marierons pas à Paris, ni même France. Nous partirons pour l'Espagne, par exemple, et là, au loin, entourés d'inconnus, sans bruit, nous accom^Dlirons la cérémonie légale, au consulat français de quelque petit port dé la Méditerranée. A cette absence, je vois beaucoup d'avantages. Il faut qu'elle dure quelques mois, le temps de nous faire oublier un peu à Paris qui

oublie si vite. Quand on ne pensera plus à Nina Durandal, M™" Bertrand reviendra accompagnée de son mari. Alors, mais alors seulement, nous publierons notre mariage, et, même à cet instant, vous me laisserez maître de choisir l'heure exacte où je vous présenterai, et la forme dans laquelle je le ferai.

— J'y consens, dit Nina, que ces précautions n"étonnaient pas trop, et qui les trouvait plutôt favorables pour sa propre tranquillité et la sécurité de son a venir.

— J'en étais sûr. Je n'attendais pas moins de votre raison. 11 y a une personne en particulier qui doit être tenue dans une ignorance absolue de nos projets : c'est le marquis.

— Evidemment. Mais je vais rompre, sous un prétexte quelconque...

— Oh ! comprenez-moi bien. Cet homme me hait. S'il apprenait que je vais vous enlever à lui, il me provoquerciit, et, dans la position où je suis vis-à-vis de lui, toute querelle, tout duel me serait extrêmement pénible, en réveillant un vieux scandale, en compromettant de nouveau, en livrant à la malignité des mauvaises langues, le nom d'une femme qui m'a été bien chère, et

à qui je dois le respect et le silence.

— Cela est parfaitement naturel.

— Je vous prierai donc, jusqu'à notre départ... de continuer de recevoir le marquis comme par le passé, de vous arranger pour qu'il ne puisse en rien soupçonner îe coup qui va le frapper... car il Vous aime beaucoup... je crois.

— Il m'adore ! Et le coup lui sera bien cruel. Une absence un

peu prolongée sera même excellente, non pour le guérir , mais

pour l'amener, au moins, à une résignation apparente. C'est une vraie passion, voyez- vous, et qui augmente tous les jours.

— Oui, on me l'a dit... et je le sais. Il ne se défie pas de moi? 1 1 ignore nos rapports actuels .'*

— Rassurez -vous. Il ne se doute de rien. Vous ne venez qu'aux heures où il ne vient pas. Il ne va pas dans le monde où je vais...

— Vous êtes sûre de vos gens et de leur discrétion ?

— Comme de moi. Le concierge de la maison est à ma dévotion, et ma femme de chambre se jetterait au feu pour moi.

— Très-bien. Quand croyez-vous pouvoir partir avec moi ? Il faudrait que vos préparatifs n'éveillassent point l'attention.

— Dans huit jours je serai prête, plus tôt même, si vous le désirez, fit-elle avec empressement.

— Mettons dix jours, répondit Bertrand, après une minute de réflexion. A présent, je dois vous parler de notre avenir, et vous exposer mes idées à ce sujet.

Nina dressa ForeiHe,

-7- Vous avez des habitudes de vie indépendante. Moi, j'ai mes besoins de travail artistique. Ce qui rend le mariage pénible et le fait mauvais presque toujours, c'est qu'on ne sait pas respecter la liberté l'un de l'autre, et qu'on s'impose une union si ridiculement étroite qu'elle devient une gêne et une torture, et amène des chocs continuels où la femme et le mari se meurtrissent également. Sous prétexte de confondre deux existences et de n'en faire qu'une, on la rend insupportable. On sacrifie tout des deux côtés, et on ne récolte que lassitude et ennui. Nous n'agirons pas ainsi. Nous nous traiterons comme des amants, non comme des époux ; nous aurons nos appartements séparés, notre existence indépendante. Vous vivrez ainsi que vous avez toujours vécu, sans rien changer aux habitudes qui vous sont chères et dont le sacrifice vous seroit pénible. Nous nous verrons quand nous le désirerons. Mais qu'il soit bien entendu qu'il n'y aura rien de contraint, de forcé entre nous. Nous serons unis en bons camarades qui tiennent à se plaire et qui sont assurés de se retrouver. Cette vie vous convient-elle ?

— Mais c'est un rêve que cet homme-là ! pensait Nina, devant qui il enlevait toutes les épines du mariage pour ne lui en laisser que la fleur et le parfum.

Elle eût commandé un mari exprès, elle l'eût fait faire sur mesure, qu'elle n'eût pas été mieux servie !

Bertrand lui fît connaître ensuite quelle somme il comptait mettre à sa disposition, à titre de pension, pour son entretien personnel et pour l'entretien du ménage.

— Ainsi, dit-il en se levant pour partir, soyez prête dans dix jours. Nous irons d'abord à Madrid, mais nous pousserons jusqu'à Séville, et nous nous fixerons pour quelque temps en Andalousie.

— Alors, nous faisons le petit voyage avant, s'écria-t-elle en riant.

— C'est cela!

Elle fît ses préparatifs avec une telle rapidité et une telle discrétion, avec l'aide de sa femme de chambre dont elle était, en effet, parfaitement sûre, et qu'elle avait demandé à Bertrand de conserver et d'amener, — ce qu'il avait accordé sans difficulté, — que, le jour convenu, elle partit accompagnée de son fiancé, sans que personne, à Paris, en eût eu le moindre soupçon.

On ne sut pas même au juste de quel côté s'étaient dirigés les deux amoureux.

Dans un certain monde, la surprise fut grande.

— Comment, elle se fait enlever, s'écrièrent les hommes.

— Quelle prétention ! ajoutèrent les bonnes amies. Quelques personnes se murmurèrent à l'oreille :

— Pauvre marquise ! que va-t-elle penser , quand elle saura pour qui il l'oubfie ?

Qu'aurait-on dit, si l'on avait su que, cette fois, c'était p€>ur 1« bon motif?

ou DU LYS CHERCHE ET TROUVE SA PREMIERE EEVANCUE.

Quand le marquis apprit à son tour l'enlèvement de Nina par Bertrand, il eût un véritable mouvement de fureur.

C'en était trop î

Pour la troisième fois, son éternel rival lui prenait la femme à laquelle il tenait, que ses liens fussent réguliers ou irréguliers.

Et quelle femme !

Une femme à laquelle il s'était attaché sérieasement, qui lui plaisait comme l'on plaît aux hommes sur le retour, fatigués, désireux de se ranger sans renoncer aux habitudes de leur vie fantaisiste.

Il lui avait pris Honorine, qui avait été une passion !

Il lui avait pris Denise, qui avait été un calcul ! Près d'elle, il lui avait fait jouer un rôle doublement sot et doublement odieux.

Il lui prenait Nina, probablement la dernière maîtresse qu'il pût espérer d'avoir pour lui-même, où il avait ses habitudes, et il commençait à tenir à ses habitudes, moins par suite de l'âge que par suite d'une sorte de blasement qui lui montrait un attrait de plus en plus faible dans le changement et la nouveauté.

On allait rire de lui, et, cette fois, pour tout de bon.

A cette idée, il écumait de rage !

— Allons! se disait-il, il paraît que la mort de son ami ne l'a pas corrigé suffisamment. Il devrait pourtant bien savoir qu'on ne se moque pas de moi impunément. Il faudra en finir avec le drôle, directement. . . J'en finirai ! Il reviendra à Paris un jour ou l'autre. . . Nous nous retrouverons.

En attendant, il avait soif de se venger sur quelqu'un, de prendre une revanche quelconque.

Il songea à sa femme.

Au fond, leur séparation complète l'avait toujours irrité, blessé,

non parce qu'il tenait beaucoup à elle, mais parce que cette séparation prouvait qu'il ne pouvait lutter contre Bertrand dans le cœur de cette femme.

C'était la démonstration vivante de la comparaison faite entre eux deux, et toujours à son désavantage.

Des questions d'intérêt et un reste de pudeur l'avaient retenu jusqu'alors, mais la colère l'emporta sur tout.

— Il me prend Nina — Je lui prendrai Denise! se dit-il. Il ne l'aime plus, c'est probable, puisqu'il court avec une autre. Mais elle l'aime toujours, elle ! Ce sera une moitié de revanche... La seconde viendra plus tard.

Dès lors, la vie devint abominable pour Denise.

Ce fut une lutte de tous les jours, de tous les instants.

Il alla jusqu'à la violence, jusqu'à la brutalité.

— Vous me faites horreur ! lui répondait Denise. Vous êtes couvert du sang de Richard ! Jamais, jamais !

Mais elle sentait ses forces physiques faiblir. Elle n'osait plus dormir. Elle craignait de manger, de peur qu'il ne mêlât quelque narcotique à ses aliments.

— Vous êtes folle ! lui disait-il. Il se moque de vous. Il ne vous aime plus. Il est parti avec une autre! Est-ce qu'il se pique de fidélité, lui? 11 m'a soufflé ma maîtresse ! J'aurai la sienne! finitil par hurler un jour, arrivé au paroxysme- de la fureur et du cynisme brutal, exaspéré par cette résistance, humilié, saignant dans son amour-propre.

Denise savait que c'était vrai. Elle savait que Bertrand s'était enfui avec Nina.

Comment ne lui écrivait-il pas un mot, au moins, pour la rassurer, pour lui expliquer sa conduite ?

Elle ne comprenait pas, et quelle que fût sa foi en lui, le doute, doute horrible, poignant, qui la tuait, était entré en .elle!

— S'il ne m'aimait plus! pensait-elle. S'il m'avait oubliée, et pour cette femme !...

Le frisson de la fièvre secouait ses membres délicats, son cœur se serrait dans sa poitrine à croire qu'il allait cesser de battre !

— Oh ! si je pouvais mourir, sans me tuer ! — car je ne le dois

Deux personnes, un homme et une femino — celle-ci soigneusement voilée, — descendirent du fiacre.

pas! — mur mura-t- elle au milieu de ses sanglots, quand elle avait conquis quelques instants de solitude.

Devant le marquis, elle cachait ses angoisses, se moiilr:iit r^solue, pleine de confiance.

— il n aura pas, du moins, ce triomphe !

60"'"' Liv. GO

Quand Du Lys insistait, lai retraçait l'infidélité de Bertrand, elle répondait :

— Qu'importe? Ce n'est pas pour lui que je ne veux pas de vous. C'est pour moi ! J'arriverais à le haïr, à le mépriser, que je ne vous en aimerais pas davantage, que je ne vous en estimerais pas plus !

A elle-même, elle se répétait :

— Non, non ! il ne peut m'avoir abandonnée, oubliée ! Déjà une fois, j'ai cru qu'il était coupable. Tout semblait le condamner, comme aujourd'hui, et c'est de là que sont venus tous mes malheurs... Non, non! Je verrais de mes propres yeux, que je dirais encore : Non ! Il m'a écrit : — Je t'aime et tu seras libre ! Quoi qu'il arrive, crois en moi ! — Je crois en toi, oui, j'y crois!... Libre ! oh ! la liberté, la liberté à tout prix '

Et pourtant elle était au désespoir, car elle doutait, car elle craignait, au fond de son cœur, d'être persuadée de l'abandon définitif de Bertrand.

Mais elle ne l'eût avoué à personne. Elle cherchait à se le cacher, à se tromper elle-même. Ce doute, elle se le reprochait comme un crime ! Cette crainte, elle se la niait avec rage. Elle ne voulait pas admettre même une inquiétude.

Et, pour ne pas entendre la protestation de sa jalousie, qui grandissait en dedans, elle élevait la voix, elle criait :

— Il m'aime ! il m'aime !

Cependant les choses en vinrent à ce point, avec le marquis, qu'elle lui déclara qu'elle allait se retirer chez sa mère.

— Si vous m'y contraignez, je ferai du scandale, lui dit-elle. Tout ! tout ! plutôt que vous ! Je puis bien vivre et me taire pour le salut, pour l'honneur de ma fille ! Je puis endurer les tortures morales les plus cruelles qu'il soit donné à une femme de supporter, mais il y a un point où je n'arriverai jamais... J'en mourrais, et je ne le veux. pas. Je me ferais horreur à moi-même, si je vous cédais, et j'ai le droit, au moins, de sauver l'intégrité de ma dignité personnelle.

— C'est bicr , dit Du Lys, restez !

Et il n'insi;1a pas.

Trois jours j lires, en s'éveillant, Denise demanda sa fille.

C'était toujours à elle qu'allaient sa première pensée et son premier baiser du matin.

— Elle n'y est plus, lui répondit-on.

— Comment ! qu'est-il arrivé ? s'écria la mère.

M. le marquis est parti avec elle, dès le point du jour.

Denise passa une journée d'angoisses inexprimables, soutenue par la fièvre et l'excès du désespoir.

Le soir, Du Lys revint.

Il était seul !

— Où est ma fille ? lui dit-elle.

Du Lys ricana.

— Je l'ai mise en pension.

— Où cela ?

— Vous le saurez... quand vous voudrez!

— Vous êtes un infâme ! Mon enfant m'appartien

— Votre enfant appartient à votre mari.

— Vous n'êtes pas son père.

— Le Code affirme le contraire.

— Vous n'avez pas le droit de me l'arracher !

— J'ai, le droit de veiller à son éducation, à son a son tuteur légal.

— Cela n'est pas sérieux !

— Cela est !

— Monsieur, voulez-vous me rendre ma fille ?

— Madame, voulez-vous être ma femme ?

— Jamais !

— Eh bien, vous ne la reverrez jamais !

— Oh! Bertrand! murmura Denise, si tu tardes trop, si tu m'abandonnes, si je ne puis plus compter sur toi... il faudra pourtant q'ieje retrouve ma fille... ou je deviendrai folle, ou je serai une mère coupable, une mère odieuse et criminelle !

— Elle cédera, pensa Du Lys.

11 y avait trois mois que Bertrand avait disparu avec Nina, et que personne n'avait plus entendu parler d'eux.

ilô L'ETANG DES SŒURS-GRISES

Page 1