‹ L'État Actionnaire et Administrateur de SociétésChapitre 10 sur 30 · LES ENTREPRISES DU TEMPS DE GUERRE · texte numérisé non relu

LES ENTREPRISES DU TEMPS DE GUERRE

Nous allons examiner aussi rapidement que possible la période de guerre. Elle pourrait, avec son économie tout à fait particulière, faire à elle seule l’objet d’une étude spéciale ; nous n’en retiendrons que ce qui a trait directement à notre sujet. Encore cela nous prendra-t-il quelques pages peut-être trop longues ; notre excuse sera dans l'influence considérable qu’a eu ce régime d’exception sur les réalisations actuelles.

Nous examinerons dans deux sections : d’une part, les réalisations du temps de guerre, le mouvement doctrinal, d’autre part.

SECTION I. — Les réalisations

La guerre a provoqué dans l’ordre économique un certain nombre de perturbations : une consommation considérablement accrue et par certains côtés différente ; une production désorganisée par le manque de main-d'œuvre, par la fermeture des marchés extérieurs, par les besoins nouveaux qui se sont fait sentir avec une acuité grandissante, par le déséquilibre financier dû aux appels incessants faits au crédit pour les besoins de l'Etat.

Il fallait de toute nécessité adapter la production à la consommation : condition vitale pour les nations belligérantes, pour quelques nations neutres aussi, tant le bouleversement était grand. Dans ce but, l'Etat a dû intervenir et réglementer production et consommation. Mais cette intervention se distingue nettement de celle d’avant-guerre par deux caractères principaux :

1° Dans aucune de ses manifestations elle ne répond aux préoccupations qui se faisaient jour auparavant ; elle ne

MT

recherche plus une amélioration technique dans l'intérêt des services et des usagers, ni l'intérêt plus général des individus membres de la nation, ni l’accroissement des forces de la société dans une pensée d’avenir meilleur. Il ne se manifeste plus ici qu’un seul souci : le souci de la puissance politique et militaire de l'Etat, le souci de mener la guerre à bien, le souci intense et nécessaire du moment présent. Tout devait être subordonné à cela.

2° C’est ainsi que disparaissent les tendances syndicalistes que nous avions notées, tendances nées d’un mouvement d’idées sociales qui prétendaient confier la gestion des services d'intérêt général aux collectivités intéressées. Ce mouvement devient secondaire. Il n’y a plus qu’une préoccupation dominante : celle de l'Etat, considéré comme situé au-dessus des autres groupes sociaux, comme le tronc indispensable à l'existence de toutes les ramifications et qu’il faut coûte que coûte sauver. Le seul moyen envisagé fut la mise en vigueur d’un étatisme généralisé et tout puissant. Bien souvent ce régime est apparu sous la forme extérieure. d’une « éconoruie mixte » ou d’autres formes analogues ; nous allons citer quelques exemples, d’après l’Allemagne surtout qui a été à ce point de vue le champ d'expériences le plus large et le plus précieux. Nous dirons ensuite quelques mots de l’économie de guerre en France.

Allemagne. — L'économie de guerre allemande est caractérisée par une collaboration étroite entre les organisations privées et les autorités publiques. Son grand organisateur fut Rathenau.

Il s’agissait pour l’Allemagne de pourvoir à l'insuffisa ace des matières premières et d’organiser la production :

1° Pour solutionner le difficile problème des matières premières, on créa des organes dont les plus essentiels furent les Sociétés de Guerre. Ce sont des organisations privées sous le contrôle de l'Etat destinées à prendre charge des stocks pour les répartir. L'Etat trouva ainsi l’avantage de ne pas assumer lui-même les risques que comportait l’acquisition de stocks énormes d’une utilité instable. Il se procura en outre l’appoint des ressources financières des industries et des banques sur lesquelles s’adossaient les industriels eux-mêmes. :

Page 1