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réglées, coordonnées par une volonté commune. Ainsi pourront s’accomplir les progrès nécessaires dans la division du travail et dans la concentration du travail actuellement insuffisantes. La guerre a montré que la nature des productions est chose d'intérêt général, que toutes les forces nationales doivent être mises à contribution.
L'organisation de la production telle que la conçoit Rathenau repose sur une volonté centrale se substituant à l’équilibre précaire des forces actuelles et se communiquant à des groupes d'industries horizontaux et verticaux. Les premiers, les Syndicats de Métier, constitueront la véritable unité économique de l’avenir. Réunissant toutes les entreprises semblables d’une même branche d'industrie, ils seront constitués sous la forme d’une société par actions dont les actionnaires seront toutes les entreprises particulières. Ce Syndicat centralisera tous les produits et les revendra à des prix appropriés. Enfin, caractère nouveau, ce Syndicat aura des droits de puissance publique : droit de fermer des usines, droit d’exproprier, par exemple. En échange de ces droits accordés, l'Etat réclamera pour lui une participation à l’administration, ur certain nombre de prestations sociales et enfin un droit au partage des bénéfices. Ce Syndicat sera donc un syndicat forcé, créé dans l'intérêt général. Dans le sens vertical, le Syndicat d'Industrie, pour réaliser un programme d’ensemble, coordonnera l’activité des industries voisines.
Dans l’organisation des petits métiers d’activité locale, Rathenau prévoit pour certaines entreprises, les grands magasins par exemple, un régime d’ « entreprise mixte » faisant à côté de l'entrepreneur particulier une place pour l’administration municipale, la commune ayant droit à certaines redevances proportionnelles aux résultats financiers.
En résumé, Rathenau déclare qu’une telle économie ne sera pas étatiste, qu’elle sera encore chose privée, mais qu’elle fera appel à la coopération de l'Etat pour que toutes les volontés privées puissent suivre un même plan d’ensemble,
Ces idées seront reprises par Rathenau après la guerre, dans son ouvrage intitulé « l'Economie autonome » (1919), mais avec une certaine évolution vers le socialisme de guilde.
Pour inaugurer une nouvelle politique sociale et rendre à
l'ouvrier le sens de sa responsabilité et le goût du travail, ïl veut, en effet, supprimer l'entrepreneur capitaliste et faire passer la propriété des entreprises aux entreprises elles-mêmes.
Ainsi, de l’œuvre économique de Rathenau se dégagent un certain nombre de « formules », intéressantes à relever. C’est la formule que l’économie n’est pas la chose de l'individu, mais la chose de la collectivité ; — c’est la critique de l’organisation individualiste avec son gaspillage de forces, et la formule
d’un plan méthodique ; — c’est la formule du groupement économique autonome, — d’une branche d’industrie organisée en groupement collectif ; — c’est la formule de la participation
de tous, y compris l'Etat, à la gestion des entreprises économiques. Tels sont les facteurs énergiques qui ont agi sur l’évolution des idées économiques contemporaines. Il importait beaucoup, à notre sens, de s’y arrêter.
La conception de Rathenau se trouve tout entière dans sa « Nouvelle Economie ». On s’aperçoit aisément qu’elle n’est qu’une mise au point de l’économie de guerre transposée, du régime du cuir par exemple. Ce système est en somme intermédiaire entre l’économie libérale et le régime socialiste, puisqu’il fait appel à l’autorité publique tout en maintenant le rôle de l’entrepreneur privé.
Nous verrons l'influence énorme de cette période de guerre, de ces idées en particulier, sur les réalisations postérieures, et les transformations qu’elles ont subies nécessairement. Retenons de Rathenau qu’il était en somme un homme de transition, le « théoricien de l’économie de guerre, considérée comme régime normal ».
Ces idées seront reprises par le parti social-démocrate allemand dans le programme de Goerlitz en 1921. Dans sa partie économique, tout indique que le but à poursuivre c’est l’évolution de l’économie capitaliste vers une économie à fin collective, c’est-à-dire dirigée en vue du bien de la communauté : | « entreprise mixte » a leur agrément comme état transitoire seulement.
Mais ce programme est de 1921. Au moment de la Révolution allemande, le parti social-démocrate n’a encore rien
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d'arrêté. Parmi les programmes qui s’offrent à son choix, il en est un des plus importants, qui reproduit fidèlement les idées de Rathenau, c’est celui de Wissel-Mollendorf. D’après ceux-ci, le seul socialisme réalisable, dans l’état des circonstances nées .de la Révolution, c’est l’économie collective, reposant sur l'existence d'organes autonomes mais dirigés méthodiquement dans le sens de l’intérêt général. Ce sont bien là les idées de Rathenau, la recherche du même équilibre précaire.
Un autre programme intéressant, venu d’Autriche, est celui d'Otto Bauer (décembre 1918), qui nous donne en même temps une idée de l’évolution parallèle du parti socialiste autrichien. Chaque industrie socialisée sera gérée par un Conseil autonome composé de délégués de l'Etat, nommés par l’Assemblée Nationale, pour un tiers, — de délégués des ouvriers et des employés, nommés par les syndicats, pour un tiers, — de délégués des consommateurs pour un tiers, ces derniers nommés par les associations de consommateurs. Ici les propriétaires actuels sont exclus. Dans d’autres industries enfin on emploiera le syndicat obligatoire avec un Conseil autonome partagé en quatre catégories de membres, dont une pour les délégués des patrons qui conservent l’organisation technique.
En France enfin, au Congrès de Lyon (septembre 1919), les syndicalistes firent triompher le point de vue de la révolution par étapes. Ils donnèrent mandat à la C. G. T. d'organiser un Conseil économique du Travail « qui soit un organe de pensée à côté de l’organe d’action ». Ils sont d’accord pour reconnaître que le but à atteindre c’est la nationalisation industrialisée des grands services de l’économie moderne. « Ce ne serait pas une étatisation, mais la cession de la propriété nationale aux intéressés eux-mêmes, producteurs et consommateurs associés ».
Telles sont résumées les réalisations de l’économie de guerre d’une part, l’évolution des idées sociales au sortir de la guerre d’autre part. C’est un retour très net à l’étatisme, mitigé de syndicalisme dans le souci d’une meilleure forme et non plus en tant que préoccupation dominante, comme avant-guerre.
Nous allons aborder les réalisations de la dernière période. Nous pourrons noter l’empreinte que chacune a reçue de la
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guerre, leur idée générale et leur évolution par rapport aux conceptions d’ « économie mixte » précédentes. Pour plus de clarté et pour faire une place à part à notre pays, nous aborderons d’abord l’examen des pays étrangers pour ne RUER de la France qu’ensuite,
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