III. Le Répertoire Bibliographique Universel
L'Institut International de Bibliographie a centralisé tous ses efforts sur l'élaboration du Répertoire bibliographique universel.
L'état actuel des travaux accomplis en vue de la formation de ce répertoire est résumé en les données statistiques suivantes :
Le manuscrit prototype du Répertoire bibliographique universe! se composait, au commencement de 1905, de 6,603,500 fiches, dont notamment 3,110,000 notices classées dans le répertoire onomastique et 2,658,500 classées dans le répertoire idéologique (2).
Les publications bibliographiques éditées en volumes, en fascicules ou en fiches et formant la collection dite « Bibliographia Universalis», donnent un total de 457,362 notices différentes réparties entre 41 contributions.
La série de publications exposant les points de méthodes ou vulgarisant la connaissance de l’œuvre entreprise comprend une quarantaine de publications.
Les services organisés comportent la consultation sur place des répertoires et la communication des renseignements bibliographiques par correspondance. La consultation sur place est gratuite. L'envoi d'extraits donne lieu à un droit de copie fixé à 5 centimes par fiche. Il a été organisé en outre une bibliothèque bibliographique internationale et un musée des méthodes bibliographiques.
Une entreprise scientifique de l'étendue du Répertoire bibliographique universel, qui exige, pour être conduite à bonne fin, une large coopération et qui au demeurant est destiné à être accrue
(x) Library Journal, 1904, December, p. 55.
(2) Les collections de l’Institut International de Bibliographie comprennent aussi des répertoires complémentaires du Répertoire bibliographique universel, tel que Le Catalogue collectif des bibliothèques de Belgique et l'ébauche d'un Répertoire de dépouillement des revues, classé par revue et ensuite sous chaque revue par ordre de date de publication des articles. Voir le A/anrel pour les détails,
indéfiniment, nécessite avant tout une organisation coordonnée et une méthode rigoureuse. C’est à les rechercher et à les formuler que l’Institut International de Bibliographie s’est attachée tout autant qu’à réunir les premiers éléments du travail. Après dix années, il vient d'achever l'impression du Manuel du Répertoire bibliographique universel. Cet ouvrage, qui comporte plus de 2,350 pages, constitue un exposé complet et à jour de l’organisation des travaux de l’Institut International‘ de Bibliographie ainsi que des règles qui ont été arrêtées pour la formation, le classement, la publication et la consultation du Répertoire bibliographique universel (1).
En présentant le Manuel au monde savant, il paraît utile d'attirer toute l'attention sur trois de ses principales caractéristiques.
Le Manuel vise avant tout à exposer une méthode que l’on s’est efforcé à rendre aussi complète et aussi pratique que possible. Il concerne des réalisations effectives et non de la théorie; comme tel dans le choix des règles adoptées et des dispositions arrêtées, il a été directement influencé par la nécessité de régler le travail à faire, qui est de sa nature international et coopératif; dans ce but il y a été largement tenu compte des travaux déjà accomplis ét des traditions en vigueur.
Ce Manuel — deuxième caractéristique — est lui-même le résultat d’une vaste coopération dont les éléments ont été empruntés à des sources multiples. « Les règles particulières et les solutions fragmentaires présentées jusqu’à ce jour ont été utilisées dans la plus large mesure possible, pour autant toutefois qu’elles fussent conciliables avec le besoin d’universalité qui doit être la caractéristique du Répertoire bibliographique universel : universalité quant au temps, quant au lieu, quant à la date, quant à la matière des documents » (2). Les premiers éléments coordonnés ont été soumis à l'examen et à la critique d’un grand nombre de spécialistes, qui les ont complétés, amendés, remaniés selon les nécessités propres à leur spécialité. Les règles préconisées ont fait l’objet d'essais d'application avant d’être finalement arrêtées.
La troisième caractéristique du Manuel est d'apporter une contribution importante aux études bibliographiques en général, abstraction faite de toute application déterminée, telle notamment la théorie
(1; Institut International de Bibliographie. — Manuel du Répertoire bibliographique universel. Organisation, état des travaux. Règles. Classification. {Publication n° 63 de l'Institut. Indice bibliographique orr.1 (021). Bruxelles, au siège de l’Institut, 1905 (24 X 15 1/2, 176 + 22 4 1800 + 340 p. Prix relié avec divisions sur onglet, 50 francs. Il a été publié au prix de 3 francs un Manuel abrégé comportant le même texte à l'exception des tables développées qui ont été remplacées par des tables abrégées limitées aux ro00 divisions principales.
(2) Préface du Manuel. T1 est prévu qu’un Répertoire Bibliographique Universel complet comprendrait le catalogue de vingt à vingt-cinq millions d’écrits.
du document écrit et de la documentation ainsi que de la technique de la classification. |
Un abrégé du Manuel ayant été largement distribué, on peut donc se borner ici à quelques considérations générales.
Les règles du Manuel s’inspirent exclusivement du but à atteindre. Les moyens proposés à cette fin sont secondaires; il ne faut pas les examiner en eux-mêmes, mais par rapport au but. C’est ainsi qu’on a cherché à édifier l’œuvre internationale sur la base d'éléments préexistants, en usage en certains pays et dont à défaut d’unification en d’autres pays on a demandé la généralisation.
On a préconisé le système des fiches mobiles, non parce que c'était le meilleur en soi, mais parce qu’une vaste coopération dans l’établissement du manuscrit et dans la publication du Répertoire bibliographique universel ne peut être réalisée que par ce moyen qui correspond à la plus extrême division de travail.
On a adopté la fiche du format 125 m/mxX75 m/m, non parce que des fiches plus hautes, plus larges ou de superficie réduite ou agrandie leur sont inférieures, mais parce que ce format, pratiqué autant que d’autres, était largement adopté aux Etats-Unis et en Angleterre, tandis que les pays du continent européen offraient la plus grande diversité à cet égard et que dès lors il était bon de s'appuyer sur un premier effort vers l’unification.
On a adopté la classification bibliographique décimale sans modifier les cadres primitifs de cette classification, mais en se bornant à la développer, parce que cette classification avait reçu déjà une large application tandis qu'aucune autre ne pouvait lui opposer des états de possession supérieurs.
Quant aux règles pour la rédaction des notices, elles résument en les simplifiant des dispositions presque universellement admises en ces matières. Les
Enfin, le Répertoire Bibliographique Universel lui-même a été conçu comime la réunion et la fusion en un seul ensemble bien coordonné des grands recueils bibliographiques publiés jusqu’à ce jour et de ceux qui seront publiés à l’avenir (1).
(x) La publication du Manuel du Répertoire Bibliographique Universel va faire naître des appréciations très diverses et il faut s'attendre à voir formuler avec une force nouvelle des critiques et des objections qui se sont déjà fait jour. Pourquoi l'œuvre de l'Institut International de Bibliographie échapperait-elle au sort commun de toutes les œuvres humaines, Nous sommes résignés aux critiques «quand même », et nous sollicitons les critiques utiles. Nous croyons cependant devoir attirer l'attention sur ce double fait : 1° La méthode exposée ne se présente pas comme une méthode idéale, une méthode type, la meilleure des méthodes, mais comme celle qui a paru la plus apte à répondre aux desiderata complexes, multiples, spéciaux d’un Répertoire Bibliographique Universel à établir par voie coopérative et en utilisant les matériaux déjà existants. Là est le but et il convient de ne pas le perdre de vue en jugeant les moyens proposés pour l’atteindre. — 2° Pour établir la méthode, il a été procédé comme pour les grands manuels de codification. Les rédacteurs d’un code ne créent pas des droits nouveaux, ils coordonnent les droits existants et, en cas de systèmes divergents, ils fixent leur choix sur l’un deux, C’est ainsi que les cadres mêmes de la classification décimale qui remontent
A la vérité, il n’y a là, essentiellement, rien de neuf. Tous les éléments préexistent. Une seule chose est nouvelle, c’est l’affirmation de l’unité nécessaire, l'expression d’une méthode complète pour la réaliser, et aussi un considérable commencement d'exécution.
La méthode exposée vise toutes les opérations bibliographiques : formation et fonctionnement des répertoires bibliographiques, rédaction des notices, classification, publication des fiches et des recueils, coopération bibliographique internationale. L’on s’est efforcé de rédiger les règles du Manuel d'une manière claire et explicite et aussi dans un esprit international, c’est-à-dire de manière à pouvoir les appliquer à la collection des ouvrages de tous les pays et avec l’intention de faire servir les travaux qui appliqueraient ces règles à un usage également facile pour les personnes de langue différente.
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Quant à la classification bibliographique (Classification bibliographique décimale), elle forme la partie la plus étendue du Manuel. Un exposé nouveau en a été donné en vue de répondre à des objections et à des demandes d’éclaircissement. Nous y renvoyons (1).
Le principe fondamental de la Classification bibliographique universelle demeure la désignation de toutes les questions ou matières d’études au moyen de numéros d'ordre invariables. Ces numéros sont constitués comme nombres décimaux, ceux-ci permettant de mieux exprimer la série indéfinie des classes, sous-classes et divisions et de mieux déterminer le rang de chaque question dans la vaste systématique des connaissances.
Les tables systématiques, d’une étendue de 1,800 pages, comprennent environ 33,000 divisions ou rubriques, et dans l'index alphabétique de 340 pages, figurent près de 40,000 mots-matières (2).
Mais ce relevé ne concerne que le nombre des rubriques primaires. Il convient d'y ajouter celui des rubriques composées, pour se faire une idée des ressources qu'offre aujourd'hui cette classification.
à 1873, et ont subi l'expérience pratique du temps, ont été respectés après mûr examen et malgré
toute la tentation de construire sur un plan différent une nouvelle systématique des connaissances, |
Si l’on était entré dans cette voie, l’œuvre internationale aurait subi un retard de plusieurs années et sans utilité pratique aucune, — Il serait injuste d’imputer à l’Institut International de Bibliographie les défauts fondamentaux de la classification. Il ne peut assumer d’autres responsabilités que celles provenant du choix même de ce systèrne ou des développements qu’il y a apportés.
(1) Les objections les plus fréquemment faites y sont rencontrées : artificialité de la classification, impossibilité d’une répartition des matières en groupes et sous-groupes limités à dix, longueur des nombres classificateurs, supériorité du système des mots-matières combinés en dictionnaire sur la classification systématique, etc. Les indices numériques de la C. D. sont des nombres ordinaux et non pas des nombres cardinaux. Ils expriment non des quantités, mais l’ordre etlerang des rubriques de classement dans la Classification. La w#cfion ordinale des nombres jointe à celle de leur décimalisation et à celle de leur combinaison entr’eux sont les bases de tout le système. S
(2) Pour la répartition détaillée de ces rubriques entre les diverses sciences, voir dans le Manuel le tableau qui figure à la page 29 des règles de classification.
dir
En effet, la grande réforme apportée par l’Institut aux tables primitives de la classification décimale a consisté à les compléter en y introduisant le principe des divisions composées. À cet fin, on a réduit autant que possible les rubriques des tables aux éléments simples, irréductibles, et on a exprimé toutes les rubriques complexes au moyen de la combinaison de ces rubriques simples. Les tables publiées constituent ainsi une réserve quasi inépuisable de divisions ou rubriques, toutes exprimées selon une notation internationale connue et chiffrée (nombres classificateurs décimaux).
Pour l'application de ce nouveau principe, on est parti de cette
idée qu’en réalité tout sujet peut être examiné dans ses rapports avec tous les autres sujets (subdivisions de relations); de même, tout sujet peut être envisagé au point de vue des catégories tout à fait générales du temps (subdivisions chronologiques) et de l’espace (subdivisions géographiques), tout document traitant de ces sujets peut être caractérisé, en tant que document, au point de vue de la forme bibliographique des documents (subdivisions de forme), et au point de vue de la langue employée (subdivisions linguistiques). En son état actuel, avec sa Table de divisions principales et ses Tables de subdivisions auxiliaires, la classification bibliographique décimale est susceptible de traduire adéquatement toutes ces distinctions et .combinaisons primordiales, et, comme telle, elle peut servir non seulement au classement par matière des écrits qui existent et sont connus mais encore au classement des écrits possibles, de ceux qui paraîtront à l'avenir.
L'on comprend qu'en vertu de la loi arithmétique des combinaisons, c’est par millions et par centaines de millions qu'il est possible de former les nombres classificateurs composés correspondant aux rubriques composées. La classification et la notation bibliographiques sont aussi étendues et aussi souples que le langage lui-même. Cette assimilation est d'autant plus exacte que si le langage se développe par l’apport de néologismes pour l’expression des notions nouvelles, la classification décimale peut s'enrichir, elle, indéfiniment d’éléments nouveaux par le seul fractionnement en divisions décimales de rubriques plus générales (1).
(x) Sur les conséquences du caractère décimal des nombres classificateurs, voir dans le A/anwel les Règles de la Classification Décimale, p. 25. Le calcul des combinaisons possibles est facile à établir.
A) Divisions principales . . . SRE ET TOUTE. 7e 33.000
8) Subdivisions de lieux, forme, Pope, ee OP 3.000 c) Combinaisons des divisions principales avec les MbAiisions de TR
forme, langue, etc. (33.000 X 3.000) . . : 99.000.000
D) Combinaisons des divisions principales TA elles (33. 000 K3 CE Lee) + 1.089.000.000
Total des rubriques possibles. . . 1.170.036.000
La classification décimale, en son état actuel, peut donc servir à classer avec précision plus de un milliard de questions spéciales.
Dans leur ensemble, les tables de la Classification décimale constituent le plus grand effort réalisé jusqu’à ce jour pour doter la documentation d’une systématique générale des connaissances. Si la question du choix d’une classification et de sa structure interne est après tout secondaire, la question de la classification elle-même ne l’est pas. Elle est primordiale au contraire puisqu'il s’agit d'établir des répertoires bibliographiques classés par matière et que tout ‘classement présuppose un système de classification. Nous possédons aujourd'hui ce système réalisé sous une forme complète et pratique. | |
Les conséquences pour l’avenir, on ne saurait trop le répéter, en sont considérables. Le jour où la classification documentaire univetselle se sera répandue, où son application aura été généralisée, les travailleurs n’auront plus à se familiariser avec vingt clés différentes, variant d’après les instituts qui conservent et classent les documents ou les revues qui les inventorient. Ils pourront, à l’aide d’une seule clé, c’est-à-dire d’une même table de classification encyclopédique des matières, se faire ouvrir le trésor de tous les dépôts de documents. Une économie considérable pourra être réalisée ainsi, et les chercheurs bénéficieront ainsi des avantages de la connexion étroite ‘établie entre toutes les sources documentaires de nos connaissancés, grâce à la notation internationale exprimant à l’aide de chiffres concis les rubriques des principales questions scientifiques. La classification bibliographique universelle permet d'organiser, sur une large base, l’entente et la coopération dans les travaux. Au ‘point de vue international, elle joue un rôle similaire à célui qu’on attend de la langue internationale : la langue internationale ne cherche pas à contrarier les langues particulières, ni à s’y substituer, mais uniquement à servir d’auxiliaire et de complément pour les relations extérieures. Ainsi la classification bibliographique universelle ne vise pas à se substituer aux classifications scientifiques ‘fragmentaires qui existent, mais uniquement à se juxtaposer à elles ‘afin de créer un lien matériel de classement entre toutes les produc- ‘tions de l'esprit (1).
Avec la classification encyclopédique uniforme, c’est la formation
de répertoires bibliographiques sur fiches mobiles et l'impression
directe des notices bibliographiques sur de telles fiches qui constituent un des points fondamentaux des méthodes de l’Institut International
1) Voir dans le A/anuel les Règles de la classification bibliographique décimale, p. 33.
de Bibliographie (1). Le rapide exposé dela situation bibliographique dans les différents pays a montré la marche désormais triomphante de la fiche bibliographique. Il n’est pas inutile cependant d'insister encore quelque peu.
Ce serait une erreur de croire que la fiche est une invention toute moderne. Ce qui caractérise, à ce point de vue, l’époque présente, c'est l'extrême diffusion du système des fiches et l’effort fait de toutes parts pour en unifier le format. Il ne faut pas attribuer aux Américains l'invention des fiches. Ils en ont étendu considérablement l'usage, ils en ont perfectionné l'emploi en créant tout un outillage pour leur conservation et leur consultation, mais 1l est acquis qu'on se servait de catalogues sur fiches, en France, au milieu du xvire siècle, à Trinity College à Dublin au début du xixe siècle, et que, dès 1852, la Banque d'Angleterre, en faisait application dans ses services. En 1866, M. F. Bonnange, de Paris, fit connaître son invention d’un nouveau système de fiches à talon flexible, système qu'il perfectionna en 1874. En 1890, M. A. Staderini, de Rome, créa un type de meubles à fiches sur des principes similaires à ceux de Bonnange. Ce sont toutefois les Américains qui ont les premiers cherché à uniformiser le format des fiches et c’est la Cooperation Commitee de l'American Library Association qui, dès 1878, a organisée par arrêté les dimensions actuellement en cours, dites là-bas standar dsize (2).
La fiche est donc déjà universalisée quant à son emploi et ses dimensions et, après les exemples cités au cours de l'exposé qui précède, on peut prédire avec les plus grandes chances d’exactitude que la fiche bibliographique sera unifiée sur la base du format international de 125 X 75 millimètres.
Des millions de fiches manuscrites de ce format sont déjà accumulées dans les répertoires et catalogues actuellement existants dans les deux mondes.
Le tableau suivant récapitule le nombre des fiches de ce même format qui ont été imprimées jusqu'ici par trois grands groupes. Les
(1) Il faut insister sur ce fait que les méthodes de l’Institut International de Bibliographie visent tout un ensemble de moyens permettant de former des répertoires, c’est-à-dire des ensembles agencés pour la parfaite utilisation des fiches : fiches à notices bibliographiques, fiches divisionnaires, meubles classeurs, partie administrative comprenant les explications et les inventaires, etc.
(2) On consultera avec intérêt, sur la question des fiches :
Browx, J. D. « Mechanical methods of displaying catalogue and library construction », Zièrary Journal, 1892, p. 229. — GREEN, H. E. « Card volumes versus card drawers », Library Fourna?, 1892, p. 5.— Jasr, L. S. « The shelf and card catalogue », Zibrary World, 1902, p.129.— SAcconI- Rice, G. « Observations on the various forms of catalogues used in modern libraries », Library Journal, 1803, p. 423. — BRoOwN, J. D. Manual of library economy, chap. XXIII, p. 295-315.
Ne
nombres cités se rappoitent à des notices d'ouvrages différents : 10 Bibliographia Universalis (Institut international de Bibliographie et Concilium
Bibliographicum)".. 44 4 Net 20 Library of Congress. . . .-: « 1160/0006 3° Publishing Section of the AR aan
Association (livres et articles de revues). . 35,000
Diverses bibliothèques américaines, entr'autres The John Crerar Library à Chicago, la Harvard College Library, la New-York Public Library, la Boston Public Library, la Carnegie Library à Pittsburg, et la Bibliothèque du service central de l'Agriculture, à Washington, publient également des fiches de même format.
Il convient aussi de signaler un facteur puissant qui interviendra de plus en plus pour généraliser l'impression des catalogues de bibliothèques sur fiches : c’est l'impuissance des catalogues des grandes bibliothèques imprimés en volume, à satisfaire aux nécessités d'aujourd'hui.
Les catalogues imprimés sous forme de volume ne sont jamais à jour. Cet inconvénient serait moins grave si tous les ouvrages d’une bibliothèque étaient également demandés par les lecteurs. Mais il n’en est pas ainsi. Les ouvrages les plus récents sont demandés en bien plus grand nombre que les autres. James L. Whitney, le bibliothécaire de la Boston Public Library, qui a fait à cet égard des recherches très précises, conclut, d’après les relevés opérés, qu’au moins 7Oo p. c. des ouvrages demandés dans les bibliothèques d'Amérique ne datent pas de plus de dix ans (1).
Quelle que soit la rapidité des travaux d'impression, celle-ci a des limites fondées sur la nécessité de maintenir dans les volumes un ordre de suite rigoureux entre les notices. Les fiches, au contraire, . peuvent s’imprimer dans n'importe quel ordre. On les reclasse après. Les grands catalogues qui ont été imprimés en Amérique fournissent des chiffres intéressants à cet égard. Le catalogue du Boston Athenæum n'a été imprimé qu’à raison d’une page par jour de travail, celui de la Peabody Institute à raison de deux pages, l’Index. Catalogue (Surgeon Office) à raison de trois pages un tiers par jour. En supposant un catalogue de 1,200,000 titres, une disposition typographique permettant de reproduire 40 titres par page, et une production accélérée de 5 pages par jour, une durée de vingt années serait nécessaire pour achever l'impression de 30,000 pages. Mais que l’on consulte les suppléments des grands catalogues et
(1) Zibrary Journal, 25, 1900, p. 19-20.
que l’on compare le nombre de titres insérés sous la même lettre dans le catalogue et dans ses suppléments. La lettre À du supplément de l’Zndex Catalogue, par exemple, comporte 828 pages, alors que le catalogue principal n’en comporte que 718. Au Peabody Institute, la même lettre À comporte 236 pages dans le supplément et seulement 136 dans l'ouvrage principal.
Ces faits paraissent plaider d’une manière décisive contre l’impression des catalogues en volume. Rappelons ici ce que disait à cet égard, dès 1896, M. Langlois, l’érudit professeur à l’École des chartes de Paris :
« Il n’y avait point, naguère, de bibliothèque importante qui ne fit imprimer son catalogue. On renonce aujourd’hui à cette pratique qui coûtait fort cher sans grand profit. Deux bibliothèques modèles, la Public Library et celle de l’Athenæum de Boston ont suspendu depuis vingt ans l'impression de leurs catalogues, et probablement pour toujours. De bons catalogues sur fiches, soigneusement tenus à jour et mis avec libéralité à la disposition du public, sont aujourd’hui considérés par les hommes spéciaux comme préférables, sous tous les rapports, aux catalogues imprimés qui furent longtemps à la mode. » (1)
La publication des inventaires bibliographiques sous forme de fiches imprimées se présente avec une quadruple supériorité: constitution possible de répertoires d’après des classements variés — division à l’extrême dans le travail de préparation et impression des manuscrits avec comme conséquence la possibilité d'étendre considérablement la coopération entre groupes éloignés — tenue à jour des répertoires, car les notices imprimées, quelles qu'elles soient, peuvent être envoyées aux souscripteurs sans avoir à subir les retards d’achèvement d’autres notices — fractionnement lors de la consultation.
La valeur et les avantages pratiques de la moderne méthode des fiches pour l’organisation de la bibliographie d’une science est admirablement démontré par les travaux du Concilium Bibliographicum, que dirige M. Field, à Zurich: Fondé en 1895 avec les subsides des autorités suisses, de quelques institutions scientifiques, et le généreux sacrifice de temps et d'argent de son initiateur, le Concilium n’a cessé de grandir malgré les difficultés essaimées sur sa route. Dès l'origine, il s’est affilié à l’Institut International de Bibliographie et a adopté des méthodes communes. Spécialement attaché à la bibliographie de la zoologie, de la paléontologie, de l’anatomie et de la physiologie, le Concilium a publié, de 1896 à 1905, des fiches permettant d'établir des répertoires, par matière et par auteur, compre-
(1) LanGLois, Manuel de Bibliographie historique, 1816, p. 17.
DS
nant ensemble 240,000 fiches (82,000 fiches d’auteur et 156,000 fiches de matières) (1).
Ces fiches sont relatives aux livres et aux articles de revue. Elles sont de format international, susceptibles donc de fusion avec les fiches provenant des publications similaires. Pendant les cinq premières années, le Concilium n’a connu que les déficits. Pour la dernière période de cinq années les recettes totalisées provenant des abonnements ont dépassé quelque peu les dépenses, lesquelles, pour la période décennale, se sont élevées à plus de 240,000 francs. C’est grâce à d’ingénieuses combinaisons que ces résultats ont été obtenus. Le système de publication sur fiches permet l’utilisation de la même notice dans des séries différentes. Tel travail par exemple intéresse le zoologiste mais présente aussi de l'intérêt pour le paléontologiste ou pour l’anatomiste et est envoyé à tous trois. D'autre part, la reprise par le Concilium de l’ancien Zoologischer Anseiger rendra possible l’utilisation du même travail, voire de la même composition typographique, dans une édition en volume et dans une édition sur fiches. Cette reprise et continuation du Zoologischer Anzeiger a fait des publications du Concilium en quelque sorte la bibliographie officielle du Congrès international des zoologistes. Elle lui a apporté aussi toutes les souscriptions individuelles qui vont d'ordinaire aux publications-types, à celles qui sont assurées d’un lendemain.
IV. Les idées actuelles sur le Livre, sa fonction et son utilisation.
Les faits qui viennent d’être rappelés ne sont pas pour la bibliographie internationale les seuls importants qui aient caractérisés la décade écoulée. Il s’est produit dans les idées un travail considérable et celui-ci a eu son retentissement sur la réalité. Les choses du Livre, prises dans leur totalité, ont été envisagées sous des aspects nouveaux. La manière de concevoir l’organisation bibliographique proprement dite s’en est trouvée affectée.
L'on a, tout d’abord, plus souvent et mieux réfléchi au but et à la fonction du Livre (étant entendu par là les imprimés de toutes espèces : livres, brochures, revues, journaux) (2). Enregistreurs au jour le jour des découvertes, des théories, des projets, on se rend mieux compte maintenant que, dans leur ensemble, les livres résument et exposent
(x) Les publications du Concilium figurent dans les tableaux statistiques de l’Institut, reproduits plus haut, p. 206. Voir les rapports annuels du Concilium Bibliographicum. (2) Voir notamment les travaux préparatoires de la création du Musée du Livre, à Bruxelles,
toute la science acquise et toute l’histoire connue.[Leurs masses accumulées et constamment accrues, l’éparpillement des matériaux relatifs à une même matière, l'obligation plus stricte faite à chaque travailleur de la science d’harmoniser son travail particulier avec celui de tous les autres et de le reprendre exactement à partir du point où l'ont laissé ses prédécesseurs, tout cela a fait reconnaître la nécessité de posséder des guides à travers les documents qui soient plus perfectionnés que les anciens instruments créés à cet effet. Ceux-ci, catalogues de bibliothèques, catalogues de librairies, bibliographies nationalés ou spéciales publiées sans plans d'ensemble et sans liens, excluaient en fait la notion de l’universalité de la science, de la solidarité et de la continuité dans l'effort de tous les travailleurs scientifiques. En se représentant, au contraire, que tous les livres ne sont que des chapitres ou des paragraphes d’un même grand livre, on doit considérer la bibliographie comme la vaste table des matières de ce livre universel, comme l'index d’une encyclopédie colossale formée de tous les livres publiés et auprès de laquelle ne sont rien les constructions encyclopédiques des années révolues.
Dès lors, les bibliothèques publiques, centres où se collectionnent les livres, ne sauraient rationnellement limiter leurs collections. Rien d'imprimé n’est inutile. Ces bibliothèques ont crû, dans certains pays surtout, en nombre et en ouvrages. Mais que peu de chose comparé à ce qu'il faudrait pour satisfaire aux besoins pressants de la documentation. De là, ce mouvement général vers la concentration des dépôts ou magasins de livres auquel correspond corrélativement la multiplication des salles de lecture. Des relations sont conçues entre les diverses bibliothèques d’une même ville et d’une même région. Mais bientôt c’est l’ensemble des bibliothèques générales ou spéciales, élémentaires ou développées d’un même pays que l’on considère comme organes d'un même service : un service public chargé de pourvoir à l'alimentation intellectuelle de la masse au plus vite et au mieux.
A un stade supérieur de l’évolution, le rôle et la fonction de la bibliothèque nationale se définissent plus complètement encore. Elle devient comme le cœur ou le cerveau du vaste organisme dans lequel les livres, désormais propriété indivise de la collectivité nationale et mis à la disposition des plus aptes à s’en servir,circulentets’'échangent. C'estlà que se font, en une fois et pour tous, les divers travaux qu’exigent les imprimés : catalographie opérée par la section du catalogue, expédition opérée par la section des échanges nationaux et internationaux, etc., etc. Instrument d'investigation, de culture et d’instruction de premier ordre, la bibliothèque est entrevue enfin comme le complément de l’école et de l’université, le véritable laboratoire de la
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Pensée. À un degré plus élevé encore, les frontières administratives des Etats tombent devant le fait de l’universalité de l’Idée et du Savoir. Les échanges intellectuels se font internationaux, le besoin de bibliothèques centrales internationales qui réuniraient l'intégralité des écrits sur une même science se fait jour. La Bibliothèque apparaît réellement comme l’Archivium de l’humanité, dont le Répertoire Bibliographique Universel serait le catalogue réel après être apparu longtemps comme le catalogue d’une bibliothèque universelle purement idéale. Les institutions internationales qui, en se multipliant, multiplient aussi les embryons de telles bibliothèques, les facilités données par la reproduction photomécanique des manuscrits et des unica, tout concourt aujourd’hui à rendre possible de telles bibliothèques.
En attendant que de semblables centres soient constitués, c’est par la coopération que la tâche des échanges intellectuels sera assumée. Les bibliothèques nationales, représentant virtuellement toutes les collections des autres bibliothèques de chaque pays respectivement en présence, s'unissent entr’elles pour la prestation des documents et des services. Chacune groupe les forces nationales propres de la bibliographie. Puisque les bibliothèques, les travailleurs intellectuels (académies, universités, instituts, sociétés savantes), les producteurs du livre (éditeurs, libraires), ont un égal besoin de la bibliographie, ce n’est plus séparément que chaque groupe pourvoit à ses besoins, mais il n’existe plus qu’une seule bibliographie, à base de dépôt légal, comprenant à la fois le livre et le dépouillement des revues, classée onomastiquement et idéologiquement, et dont les notices sont établies sur fiches qui constituent autant d'éléments contributifs au Répertoire Bibliographique Universel (1).Les services bibliographiques distincts, bien que rattachés à la Bibliothèque nationale, assument cette tâche, aidés et secondés par des associations de bibliographes dont le nombre se multiplie.
Cependant l'écrit n’est pas le seul document graphique. Il y a l'illustration de toutes espèces : dessin, photogravure, estampes, il y a les cartes, les statistiques, les schémas et diagrammes. C’est pourquoi la documentation intégrale apparait peu à peu comme devant comprendre aussi, outre la bibliographie proprement dite, liconographie, la cartographie, etc. Et il s'agit non seulement de catalogue de ces documents, mais de ces documents eux-mêmes, ramenés à leurs éléments primordiaux et intégrés dans de vastes
(r; Ce système est celui qui fonctionne actuellement en Belgique de la manière la plus complète. Les libraires, la Bibliothèque et l'Office international de Bibliographie y sont associés pour publier la Bibliographie officielle de la Belgique. Celle-ci comprend le dépouillement des revues en même temps que les listes des livres. Un double classement est fait par nom d'auteur et décimal, À partir de 1906 il sera publié une édition sur fiches.
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collections universelles quant à leur but et au nombre de pièces qu'elles accueilleront et classées selon les cadres uniformes d’une vaste systématique (1).
Et, tandis que s’exposent, se discutent, s’essaient et s’expérimentent ces données, un peu au hasard des circonstances, isolément et sans lien apparent tout du moins, voilà que le besoin naît de réunir en une synthèse toutes ces connaissances éparses : connaissances relatives au livre, à ses éléments, à ses classes et à ses groupes, à ses formes, à ses transformations, aux phases diverses de sa confection, de sa circulation, de son utilisation et de sa destruction, à son histoire et à ses fonctions. Embrassant l’ensemble de tous ces faits et de leurs explications,une science nouvelle est en voie de se constituer sous nos yeux même. C’est la science bibliologique. De son application dépendront quelque jour la préparation et la publication rationnelle des livres eux-mêmes.