‹ L'État Actuel de la Question du LuxembourgChapitre 12 sur 45 · Pradier Fodéré, op. cit · texte numérisé non relu

Pradier Fodéré, op. cit

RENE et

gouvernement granä-ducal, le gouvernement allemand, par un article additionnel au traité de Francfort, se déclara prêt à recueillir les droits et à assumer les charges de la Compagnie del'Est ; de son côté le gouvernement français promit d’abandonner gratuitement, dans un délai de six semaines, $es droits à l'Allemagne, après s'être fait subroger à la Compagnie de l'Est,

Cette subrogation, puis la substitution de l'Empire allemand à l'Etat français s'opérèrent rapidement et le gouvernement luxembourgeois dut accepter de signer le traité du 11 juin 1872 portant que les lignes du réseau Guillaume-Luxembourg seraient « administrées et exploitées jusqu’au 31 décembre 1912 par la Direction Générale de Strasbourg, chargée de l’administration des chemins de fer d’Alsace-Lorraine ».

Comment le gouvernement grand-ducal avait-il pu consentir à laisser aux mains d’une administration allemande ses principales lignes de chemins de fer ?

Il faut remarquer que les stipulations du traité de Francfort avaient été arrêtées en dehors de lui. Il n'avait pas été invité à prendre part à la conclusion de ce traité qui l’intéressait pourtant au premier chef. D'autre part, la convention de 1872 lui paraissait régler une question d’ordre purement administratif et économique, sans caractère politique. Elle ne semblait pas plus inconciliable avec la neutralité du Grand-Duché que son accession au Zollverein, ni que le bail du réseau à une compagnie française.

Le cabinet avait d’ailleurs pris toutes Les précautions nécessaires pour affirmer une fois de plus sa neutralité.

La clause contenue dans l’article 2 du traité de 1872était très explicite : « le gouvernement allemand, portait cette clause, « s’est engagé à ne jamais se servir des chemins de fer luxem- « bourgeois pour le transport de troupes, d'armes, de matériel « de guerre et de munitions et à ne pas en user, pendant une « guerre dans laquelle l'Allemagne serait impliquée, pour l'ap- « provisionnement des troupes, d’une façon incompatible avec « la neutralité du Grand-Duché, et en général, à ne faire et à « ne laisser faire, à l’occasion de l'exploitation de ces lignes, « aucun acte qui ne fût en parfait accord avec les devoirs « incombant au Grand-Duché comme Etat neutre. »

Nous verrons plus loin le peu de respect montré par l’Alle-

magne pour le traité de 1872, qui lui a, au contraire, servi de prétexte à la violation de la neutralité du Luxembourg.

Telle était cependant la confiance du Grand Duché dans la parole de l'Allemagne,que le cabinet consentit, d’ailleurs à l’instigation de celle-ci, à renouveler, avant le terme, la convention de 1872. Le 11 novembre 1902, elle fut prorogée pour une nouvelle période devant expirer le 31 décembre 1959. En même temps la convention de 1902 prorogeait pour une égale durée la participation du Luxembourg à l'union douanière. Bismarck, en 1872, avait eu, en effet, l’habileté de lier la durée de l’exploitation allemande des voies ferrées du Luxembourg à son maintien dans le Zollverein.

Le Grand-Duché ne pouvait ainsi rompre le traité relatif aux chemins de fer, sans compromettre en même temps sa situation économique.

Ainsi à la veille de la guerre de 1914, la mainmise de lAllemagne s’aflirmait sur les relations économiques et les chemins de fer du Luxembourg et, d’après les conventions en vigueur, elle devait se prolonger encore pendant près d'un demi-siècle.

Il nous reste, pour compléter l’histoire du Luxembourg avant la guerre de 1914, à mentionner les changements survenus dans la dynastie régnante.

En 1810, la mort du roi Guillaume de Hollande mit fin à l'union personnelle entre les Pays-Bas et le Luxembourg.

Par suite de conventions contenues dans un pacte de famille conclu en 1783, entre les membres de la maison de Nassau et maintenu par l'acte de Vienne de 1815, la couronne passe à Aldophe, puis à Guillaume de Nassau et enfin à la fille de ce dernier, la Grande Duchesse Marie-Adélaïde.

La Chambre et la population ont accepté ces événements avec indifférence et le Luxembourg a vécu paisiblement jusqu’en 4914, hospitalier à tous ses voisins et en relations de plus en plus intenses avec chacun d’eux.

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