LE LUXEMBOURG PENDANT LA GUERRE DE
Au 1er août 1914, le Grand-Duché de Luxembourg était un Etat indépendant séparé, depuis 1890, de l’Union personnelle avec le roi des Pays-Bas, perpétuellement neutre depuis 1867, lié à l'Allemagne par une union économique et par l’exploitation de ses principaux chemins de fer, habité par une population, en grande majorité francophile et gouverné par une Grande-Duchesse d’origine allemande entourée d’une cour exclusivement germanique.
Quel a été le sort du Luxembourg pendant la guerre?
Quelle a été l'attitude des pouvoirs publics et celle de la population à l'égard des puissances belligérantes ? |
L’attitude des pouvoirs publics pendant la guerre a été relatée dans une publication officielle du gouvernement grand-ducal, parue à Luxembourg en janvier 1919, et qui, après un aperçu sommaire des textes régissant la neutralité du Luxembourg et un exposé des événements importants, reproduit tous les documents diplomatiques fixant cette attitude.
La brochure est intitulée : Neutrralité du Grand-Duché pendant la querre de 1914-1918. Attitude des pouvoirs publics.
Une rapide analyse des faits et des documents nous montrera d'une part les violations réitérées par l'Allemagne d’une neutralité qu'elle s’était engagée à respecter et à garantir par le traité de Londres de 1867, et d’autre part le respect constant de sa neutralité par le Grand-Duché.
I. — ATTITUDE DU GOUVERNEMENT LUXEMBOURGEOIS AU MOMENT DE L'INVASION ALLEMANDE
Le cabinet luxembourgeois avait eu connaissance, dès la fin de juillet 1914, des préparatifs de guerre allemands et notam-.
ment de la fermeture des ponts de la Moselle et de la Sûre, sur la rive allemande.
Bien qu’il ne vit dans ces mesures aucune intention de violer les engagements pris en 1867, le ministre d'Etat M. Eyschen, signala, le 1° août, ces préparatifs au ministre de France et au ministre d'Allemagne, en vue de provoquer, de la part de leurs gouvernements respectifs, des déclarations expresses au sujet de la neutralité du Grand-Duché.
Mais dans l'après-midi du même jour six automobiles ame- nèrent à Trois-Vierges des officiers et des soldats allemands, qui prirent possession de la gare et coupèrent les rails, sur une longueur de 150 mètres, du côté de la frontière.
À la suite d’une protestation adressée télégraphiquement, le soir même, par le gouvernement au Secrétaire d'Etat von Jagow, le détachement se retira, sur un contre-ordre prétextant d’une erreur.
Le gouvernement ne crut pas devoir prendre les mesures de défense préconisées par le bourgmestre de Clervaux,et consistant à faire sauter les ponts et les tunnels,
Cette confiance était mal placée, Dans la nuit du 1° au 2, les armées allemandes franchissaient la frontière, avec des trains blindés, par tous les points de passage, Averti vers 5 heures du matin, le ministre d'Etat réunit aussitôt ses collègues en conseil de gouvernement; il publie dans la matinée une proclamation et proteste, tant auprès du ministre d'Allemagne que du commandant des troupes débarquées à la gare de Luxembourg. Ce dernier se contente de certifier, par écrit, qu’il a ve connaissance du document qui lui a été remis.
Le ministre d'Etat porte également cette violation de la neutralité et la protestation qu’il a faite à la connaissance des puissances signataires du traité de 1867,
La Grande-Duchesse proteste, elle aussi, auprès de l'Empereur d'Allemagne, et lui demande des explications urgentes,