‹ L'État économique de la Lituanie [microform]; extrait de Pro LituaniaChapitre 11 sur 14 · LES FORÊTS · texte numérisé non relu

LES FORÊTS

Les forêts forment en Lituanie une branche extrêmement importante. Elles ont une importance relativement plus grande que dans les autres pays car le bois y est le principal article d’exportation. Plusieurs centaines de millions de mètres cubes de bois partent de Lituanie dans le monde, mais précisément pour cela les forêts ont beaucoup souffert et il ne faut pas, à l’heure actuelle, exagérer à la légère sur ce sujet. 11 y a longtemps, la Lituanie était un pays totalement recouvert de forêts; au XVI IP siècle encore les chroniques de Samogitie la représentent comme une région « impénétrable à cause de ses forêts ».

Mais le déboisement continu, qui n’a pas toujours été régu

lièrement exécuté, a changé ce pays et aujourd’hui la richesse forestière de la Lituanie par rapport à la superficie totale n’est pas plus élevée qu’en Prusse orientale, par exemple, car dans les deux pays, un quart environ de cette superficie est boisé. Le gouvernement le plus riche en forêts était celui de Vilnius où, d’après les statistiques de 1887, les forêts couvrent 28 */o du sol ; celui de Gardinas venait ensuite avec 23,7 ®/o, puis celui de Kaunas avec 23 ®/o et enfin celui de Suvalkai avec 22,870. Les statistiques de 1910 montrent que les forêts sont partout en décroissance considérable. 11 existe pourtant entre la Lituanie et la Prusse orientale une sensible différence au point de vue de la répartition de la propriété forestière. En Lituanie, on trouve surtout les forêts domaniales, tandis qu’en Prusse orientale les forêts sont partagées entre plusieurs propriétaires. Les deux tiers de toutes les forêts lituaniennes appartiennent aux propriétaires fonciers, un tiers seulement est la propriété de l’Etat. Les communes et les paysans ne participent presque pas à la propriété des forêts.

Cette remarque est importante, car les forêts appartenant à l’Etat ou aux communes sont, en général, évidemment mieux administrées que les forêts privées. Aussi a-t-on déboisé à la légère en Lituanie tandis que, d’autre part, on négligeait trop le reboisement. On agissait d’une façon particulièrement inconsidérée aux abords des rivières où la facilité de transport poussaità un déboisement illimité. La guerre, avec son énorme consommation de bois a aussi contribué à l’abatage de ces forêts sur des espaces considérables. Malgré tout, il y a encore en Lituanie des forêts d’une grande valeur, notamment la forêt du prince Üginski sur sa propriété de Retava qui couvre .plus de 20000 hectares. Les grandes forêts dont on parle souvent et principalement l’inestimable forêt primitive de Bialovies, ainsi que les forêts d’Augustavas, se trouvent déjà à la bordure extérieure de la Lituanie. Les cônifères dominent. Le pin est l’arbre principal des terres lourdes ; celui des terres légères, à l’est, est le sapin. 11 y a également des forêts de chênes dans le gouvernement de Vilnius. On trouve notamment de pures forêts de bouleaux dans les districts de Sauliai et de Telsiai ; d’ailleurs, on trouve la plupart du temps un mélange des différentes espèces d’arbres. Sous la domination russe, une grande partie du bois

abattu était directement utilisée dans le pays, car les constructions sont généralement en bois et en outre le bois est l'instrument de chauffage le plus répandu.

L’exportation des bois est encore et surtout dirigée vers r.411emagne. En première ligne, il faut parler des transports de bois par le Nemunas, qui atteignent annuellement une valeur de 20 à 3o millions. En 1913, l’exportation totale de bois lituanien s’éleva à 2212 323 mètres cubes; elle comprenait surtout du bois destiné à faire de la cellulose et des travées. Depuis le traité de commerce de 1914, les rondins exempts de droits jouaient aussi un rôle considérable.

Durant les dernières années qui ont précédé la guerre, on expédiait beaucoup de bois vers Riga et Windau, par la Duna et par la Windau, où on le travaillait et d’où on l’expédiait en Angleterre.

Mais on doit considérer comme médiocre le revenu des forêts avant la guerre. Les nombreuses servitudes, tels les droits de gruerie, ont également contribué à la diminution du rapport des forêts. Le revenu brut des forêts de l’Etat dépassait rarement, jusqu’en 1914, de 9 à 10 marks par hectare et les profits s’arrêtaient en moyenne à 7,5o*9 marks. Dans le gouvernement de Kaunas, le revenu brut des forêts de l’Etat en 1910 s’élevait à 3-q millions de roubles (le revenu net à 600000 roubles), dans le gouvernement de Vilnius à i million Yj de roubles (le revenu net i million ^/t), dans le gouvernement de Gardinas (sans les forêts apanagées) à 2 millions Y* de roubles (revenu net 2 millions). Dans le gouvernement de Suvalkai, les revenus des forêts de l’Etat étaient relativement les plus élevés. Ils atteignaient, en 1910, i million Y« de roubles (revenu net I million Y*)- aurait pu obtenir un meilleur rendement grâce à une administration plus ordonnée. D'année en année, les revenus ont bien augmenté, mais, c’est surtout à la suite du prix du bois sans cesse croissant.

Le commerce de bois qui était très productif se trouvait presque exclusivement entre les mains des Juifs, tandis que les forestiers et les bateliers étaient surtout lituaniens et blancsrussiens.

Le tableau suivant donne à ce sujet de plus amples détails :

Les forets en Lituanie en 1910

territoires boisés pnr

Rapport avec la sup. tôt.

Pourcentage des dillérenies propriétés forestières

1000 ha.

Couronnes

Domaines

l’aysans

Autres

kaunas

OjO

\ ilnius

üardinas

iî4

Suvalkai

Situation sociale et économique du paysan.

Cette question ainsi que la question agraire exigent la connaissance primordiale de la répartition des propriétés. Les statistiques russes ne fournissent à ce sujet que des données longues et imprécises. Tandis qu’en général on ne fait de différence qu’entre les propriétés privées et les propriétés de l’Etat, la statistique russe mentionne une troisième catégorie et elle comprend les terres attribuées (Nadjel) aux paysans sur les grands domaines par 1 ukase de i86i, lors de l’abolition du servage. Le genre particulier de division et l’élaboration statistique des perceptions qui en résulte, rendent très difficile la comparaison avec les autres pays agricoles européens. De plus, il n’est pas toujours possible de comparer entre elles les diverses provinces lituaniennes ; c’est ainsi, par exemple, que la division des différents groupes de proprietaires, opérée dans le gouvernement, de Suvalkai, a été pratiquée d’après d’autres points de vue dans les trois autres gouvernements lituaniens. Il faut donc vaincre ces difficultés pour obtenir des données qui, plus simples et plus claires, puissent également se comparer entre elles.

La propriété privée dans les gouvernements de Kaunas, Vilnius et Gardinas se compose d’une part de ce que l’on désigne au sens restreint de cette expression, et de l’autre des terres attribuées aux paysans ainsi que des terres que possèdent les églises, les monastères, les villes et les associations publiques. Les derniers renseignements concernant ces sortes de propriétaires datent de iyo5. Ils sont à l’heure actuelle d’autant plus inexacts que depuis cette époque on a partagé entre les paysans de Lituanie une série de domaines.

* Sous ce nombre il a 15,4 o 'j, de forêts .ipAiiagées en particulier la forêt de iîialtivics.

Pourcentage de la surface totale occupée en 1905 par les

catégories de propriétaires

diverses

« propriété privée »

terres attribuées aux paysans (Nadjel)

autres propriétaires

Couronne

kaunas 48,3

Vilnius 48,2

Gardinas 36,7

La « propriété privée

» au sens restreint est person

nelle et

illimitée; elle est en grande partie détenue (76 à 86 ®/o) par les grands propriétaires nobles. Au cours des ans, les paysans en ont acquis environ 10 ‘'/o tandis que le reste appartient à des propriétaires de classes différentes (commerçants, bourgeois privilégiés, etc.). Le Nadjel se trouve au contraire totalement entre les mains des paysans. L’examen de données précises peut indiquer combien de terres appartiennent en tout aux paysans, combien aux grands propriétaires fonciers, à la couronne et aux autres propriétaires.

Grâce à cette distinction, on peut effectuer une comparaison avec le gouvernement de Suvalkai.

Le tableau suivant donnera à ce sujet les éclaircissements nécessaires :

Répartition de la propriété foncière en 1905

Sup erficie totale en looodesjat

paysans en 1 looodesjat.

Noblesse en 1000 desjat.

Autres

Kaunas . .

Vilnius . . .

iiardinas . . .

Suvalkai . . .

Lituanie . . .

Il en résulte que les paysans possédaient en Lituanie la moitié environ des terres, la noblesse et notamment les grands propriétaires fonciers, le tiers, la couronne un peu plus d’un dizième et les autres propriétaires 5 %. Les propriétés de la noblesse sont les plus considérables dans les gouvernements de kaunas et de Vilnius où elles représentent -jb de la superficie

totale contre un peu plus de Ys dans les deux autres gouvernements. Les propriétés paysannes occupent environ la moitié de la superficie totale dans tous les gouvernements. Si les grands domaines sont moins considérables dans les gouvernements de Gardinas et de Suvalkai, les propriétés de l’Etat y sont d’autant plus fortes.

11 faut regarder comme très grandes en Lituanie, et notamment dans les gouvernements de Kaunas et de Vilnius, les propriétés de la noblesse qu’on ne sépare pas des grands domaines fonciers ; mais il est impossible de les qualifier d’extraordinairement considérables car il existe une situation analogue en Roumanie, dans la Prusse orientale et ailleurs. Les propriétés de l'Etat sont par contre relativement peu élevées.

LES PROPRIÉTÉS DOxMANlALES

Il est encore plus difficile en Lituanie que dans les autres pays de dire ce que l’on doit considérer comme propriété domaniale.

La différence entre la propriété paysanne et la propriété domaniale est généralement constituée par le fait que le propriétaire ne travaille plus avec ses ouvriers, qu’il ne met pas luimême la main à l’ouvrage, tandis qu’il intervient par son travail intellectuel dans l’organisation et dans la direction de l’entreprise. On y joint en général une formation intellectuelle plus complète et un état d’aisance plus accentué. En Prusse, la propriété d’environ loo ha. réalise ces conditions ; aussi, cette étendue sert-elle de norme pour séparer la grande exploitation de la petite. Mais, même en Prusse, ce n’est pas toujours exact et ce l’est encore moins pour les anciens pays russes où la culture intensive ainsi que les rendements sont beaucoup plus faibles qu’en Prusse Orientale. Le procédé le plus sûr est de ne considérer comme propriétés domaniales (grandes propriétés) que les exploitations s’étendant sur plus de 200 desjatines.

Les statistiques russes donnent, en général, comme propriété privée, les propriétés domaniales qui sont restées aux grands propriétaires après la cession de terrain qu’ils effectuèrent au profit du paysan libéré du servage. Mais ce n’est plus exact aujourd’hui et cette désignation est par conséquent trompeuse.

Comme nous l’avons dit plus haut, au cours des différentes années, V» ou Y* de cette « propriété privée » est passé entre d’autres mains, surtout entre celles des paysans, puis des commerçants, de la bourgeoisie rurale, des ecclésiastiques et d’autres. Ces derniers sont beaucoup plus nombreux que les grands propriétaires fonciers et même que la noblesse terrienne quoiqu’ils possèdent beaucoup moins de terres.

Si l’on considère, tout d’abord, les exploitations dépassant 200 desjatines (218 ha.), comme propriétés domaniales, on trouve qu’il y en avait 1447 en igoS dans le gouvernement de Kaunas, 1256 dans celui de Vilnius, 109g dans celui de Gardinas; dans le gouvernement de Suvalkai qui compte par arpent polonais, on trouve 283 propriétés ayant plus de 3oo arpents (plus de 168 ha.). Remarquons, à titre de comparaison, qu’en Prusse Orientale, région qui est environ aussi grande que les trois premiers gouvernements, on dénombra en 1907, 1664 exploitations dépassant 200 ha., c’est-à-dire un peu plus que dans chacun des trois gouvernements lituaniens. Mais les grandes propriétés sont plus abondamment pourvues de terres en Lituanie qu’en Prusse orientale. Les 1447 propriétés dépassant 200 desjatines du gouvernement de Kaunas couvrent plus d’un tiers de la superficie totale (36,3 Y») ; celles du gouvernement de Vilnius en couvrent tout autant; seules celles des gouvernements de Gardinas et de Suvalkai qui n’en représentent que le quart (26,9 Y» * 23 Y») sont moins bien pourvues, tandis que les exploitations dépassant 200 ha. couvrent en Prusse Orientale 28,2 Y» de la superficie totale. La Lituanie est surtout riche en latifundia dépassant 1000 desjatines. Alors que la Prusse Orientale n’en possédait que 69, il y en avait 264 dans le gouvernement de Kaunas, 256 dans celui de Vilnius (occupant Y» de la superficie totale) et 194 dans celui de Gardinas (occupant Y« de la superficie totale). Dans le gouvernement de Suvalkai où l’on emploie d’autres mesures, le nombre des grandes exploitations dépassant 3ooo arpents (plus de 1680 ha.) était de 27 et elles occupaient en tout 9 Yo de la superficie totale. Suivant les données du Comité de statistique de Varsovie, le nombre de toutes les grandes propriétés indépendantes du gouvernement de Suvalkai était de 427 couvrant 172.000 hectares.

Le tableau suivant permettra de jeter un coup d’œil sur le nombre et l’importance des grandes propriétés dépassant 200

desjaiines, classées par étendue et on } verra leur rapport avec la superficie totale :

Nombre des grandes propriétés:

500 des. looü des.

(218 à 545 ha.) (545 à 1090 ha.)

1000 à 5000 des.

(1090 à 5450 ha.)

dépassant 5000 des.

(dépassant 5450

total

ha.)

Kaunas

Vilnius

(jardinas

Superficie

en

1000 ha.

Kaunas

Vilnius

(jardinas

Pourcentage par rapport

à la superficie totale.

Kaunas

Vilnius

Gardinas

Dans le

gouvernement de Suvalkai,

, il y avait :

ifiH îrandes propriétés de 3oo-iooo arpents (i68-56o ha.) rouvrant 54,749 ha.

H8 » i> » looo-Sooo » (56ü-i68o » ) » 77,829 »

27 » I) dépassant 3ooo » (plus de 1680 » ) » 83,696 »

Les grandes propriétés sont principalement entre les mains de la noblesse. Cependant, elle ne possède pas exclusivement les plus grandes propriétés, car elle possède au contraire beaucoup de petits terrains. C’est ainsi qu’il y avait en 1905, dans le gouvernement de Kaunas, 5224 propriétés dont les propriétaires étaient nobles tandis que, comme on l’a vu plus haut, ce gouvernement n’a que 1447 grandes propriétés dépassant 200 desjatines. La grande majorité des nobles (environ les 7^) a donc des propriétés inférieures à 200 desjatines. Il en est de même dans le gouvernement de Vilnius où il y avait 45o3 propriétés nobilaires et dans celui de Gardinas où il y en avait 3017. Dans le gouvernement de Suvalkai, la petite noblesse possède 3746 exploitations couvrant 22 267 ha. L’étendue moyenne de chaque propriété n’était donc que de 6 ha. Cette petite noblesse conduit elle-même la charrue et se distingue peu des paysans.

11 convient de remarquer que les grands propriétaires fonciers lituaniens se considèrent, en général, comme Polonais et qu’ils sont également en partie Polonais.

11 n’existe à ce sujet de données statistiques que pour le gouv'ernement de Kaunas. I! y av'ait là en 1909 parmi les propriétaires fonciers nobles 60,7 <*/o de « Polonais», contre 3 1,2 «'0 de de Lituaniens, 5,7 Vo de Russes et 2,3 «/o d’Allemands. En général, les très grandes propriétés sont précisément entre les mains des « Polonais » et des Russes, tandis que les nobles lituaniens sont principalement de plus petits propriétaires fonciers. Dans le gouvernement de Kaunas, les Polonais détenaient 60,2 0/0 de la superficie totale occupée par les propriétés foncières nobiliaires, les Russes 16, 3 "/o et les Lituaniens (qui formaient le 3i,2 ®/o de la noblesse) n’en détenaient que 16 7o. Le morcellement de la grande propriété foncière qui est en Lituanie un des plus importants devoirs du nouvel Etat, fera en même temps table rase de tous les éléments étrangers au pays, et hostiles à I Etat lituanien. Les Russes ont acquis en Lituanie, surtout à la suite des confiscations qui furent la conséquence du malheureux soulèvement polono-lituanien de i863, une série de grandes propriétés qui leur furent généralement attribuées à titre de cadeau. Les magnats polonais qui sont pour la plupart d’origine lituanienne, mais qui, au cours des siècles, se sont fortement polonisés au point d’être hostiles à l’idée d’un Etat lituanien et de désirer l’annexion ou tout au moins l’union de la Lituanie à la Pologne, n’habitent généralement pas le pays, à l’instar des grands propriétaires russes, et, comme eux, ils "n'administrent pas en personne leurs possessions. Si on les vend ils ne perdront par conséquent pas leur «home».

Lorsqu’on veut préciser la part de terres disponibles en vue d une colonisation éventuelle, il ne faut pas oublier que toutes les terres appartenant aux grands propriétaires sont loin de pouvoir être prises, dans ce but, en considération. Sans se demander s’il sera utile de supprimer radicalement toute la grande propriété foncière, il faut se rappeler que les grands domaines possèdent beaucoup de forêts et de terrains incultes. Suivant la statistique de 1887 — aujourd’hui certainement vieille, mais il n’en existe malheureusement pas de plus récente — les forêts occupaient le tiers de la grande propriété fon cière, tandis que les terres labourables n’en occupaient qu’un autre

tiers. Le reste comprenait des prairies et du terrain inutilisable. 11 n’y a que dans le gouvernement de Suvalkai où la proportion de terres labourables est plus élevée tandis que la proportion des forêts est considérablement plus faible. Pour ce gouvernement, les données ne datent que de 1909.

Pour 100 ha. de grande propriété il y avait en 1887 :

Terres

Prairies et

Autres terrains

Forets

Terres

labourables

pâturages

utilisables

infertiles

Kaunas

] Vilnius

'9^9 1 Gardinas

I Suvalkai

En faisant exception des parties boisées et infertiles, des marais et des chemins, il devrait rester dans le gouvernement de Kaunas environ 800 000 desjatines de terres pouvant servir à l’agriculture sur les grandes propriétés dépassant 200 desjatines ; dans le gouvernement de Vilnius 600 000, dans le gouvernement de Gardinas 5oo 000, dans celui de Suvalkai environ 100000. Cela ferait en tout environ 2 millions de desjatines. Un partage radical des grandes propriétés — auquel il ne faut pourtant pas songer pour le moment, et qui, sous cette forme, ne serait guère désirable au point de vue économique — on pourrait donc créer en Lituanie 40000 propriétés paysannes ayant chacune une superficie de 5o desjatines, et ce chiffre serait encore doublé si leur étendue était en moyenne de 25 desjatines. 11 est hors de doute de penser que le gouvernement lituanien ne pourra donner des terres de colonisation qu’aux citoyens lituaniens parmi lesquels beaucoup sont sansterres ou en ont trop peu, et parmi lesquels aussi beaucoup manquant de ressources dans leur propre pays, se sont expatriés en particulier aux Etats-Unis.

Le gouvernement russe a, de son côté, durant ces dernières années également, poussé à la colonisation paysanne. La « Banque des paysans» s’était chargée de cette tâche. Elle avait été fondée en 1882 dans le but de faciliter aux paysans, par des prêts, l’achat de terres; elle avait aussi depuis igo5, le droit d’acquérir pour son propre compte et sans limitation des terres destinés à la colonisation paysanne.

La superficie des terrains qu’elle acheta ainsi s’éleva de i883 à 1911 en tout à ;

60,700 desjatines dans le gouvernement de Launas

104,964 » U » » » Vilnius

192,793 )) » .) » » Gardinas

1,674 ’* *' >» » Suvalkai

Durant les dernières années qui ont précédé la guerre la «Banque des paysans» dirigea principalement son activité sur le gouvernement de Kaunas où elle acheta une série de grandes propriétés dont les propriétaires étaient pour la plupart endettés. Lorsque la guerre éclata, la «Banque des paysans» possédait encore dans ce gouvernement en tout 70 grandes propriétés couvrant une superficie de3o 000 desjatines, destinées à être partagées. Mais ces partages n’étaient pas toujours effectués au profit de la population indigène ; on amenait au contraire souvent des Russes de l’intérieur de la Russie dans le but non dissimulé de préparer la russification de la Lituanie. Cette activité de la « Banque des paysans » fut soumise à une très vive critique de la part des députés lituaniens à la Douma.

Les lourdes dettes des propriétaires, des nobles en particulier, facilitaient considérablement l’achat de grandes propriétés . destinées au partage et à la colonisation. Quoique les forêts produisent les revenus nécessaires aux dépenses courantes — grâce souvent â un déboisement excessif — leurs dettes hypothécaires étaient très élevées et elles atteignaient les limites prévues par la loi.

11 existait deux banques d’Etat de crédit foncier, la « Banque des paysans » dont nous venons de parler et la « Banque de la noblesse», ainsi qu’une .série de banque privées et de sociétés de crédit. Des données plus précises concernant le montant et l’étendue du crédit foncier nous sont fournies par la « Banque de la noblesse» qui, fondée en 1886 prêtait sur les biens des nobles jusqu’au 60 “/o et même exceptionnellement jusqu’à 75 ° o de leur valeur fiscale. Les propriétés sur lesquelles elle avança de 1 argent étaient en 1914 nombre de 3og dans le gouv'ernement de Kaunas, 253 dans celui de Gardinas. La superficie couverte par les prêts hypothécaires atteignait environ Vio dans les gouvernements de Vilnius et de Kaunas ; dans celui de Gardinas elle atteignait V5 de la superficie totale de toutes les propriétés

nobiliaires. La «Banque de la noblesse» prêtait, en première ligne, sur les biens qui appartenaient à l’aristocratie, tandis qu elle s’occupait peu des biens dont les propriétaires n’étaient pas nobles. Les dettes s’élevaient dans les 3 gouvernements en question à 58 et même 6o 'Vo de la valeur fiscale. La « Banque de la noblesse » n’exerçait pas son activité dans le gouvernement de Suvalkai qui faisait partie du « territoire de la Vistule ». C’était la «Banque foncière de Varsovie» qui se chargeait des opérations de crédit foncier. Le tableau suivant donne de plus amples détails sur les dettes des grandes propriétés en Lituanie.

Propriétés auxquelles la « Banque de la noblesse» et les banques privées de Suvalkai avaient fait des prêts en lyiq:

Pourcentage

Valeur fiscale

montant en

Valeur riscale en

Totalité des

des dettes par

en mks

mks de la

milliers de marks

dettes

rapport à la va-

par I ha.

dette suppor-

leur totale

téc par I ha.

Kaunas

Vilnius

Gardinas

Suvalkai(l!ll2) 44

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