UN SPECTACLE QUI DEVRA RÉJOUIR LES ENNEMIS' DE L’ITALIE
Il n’est guère permis d’admettre, malgré toutes les influences qui s’agitent autour du Parlement, qu’une semblable mesure puisse être acceptée. Mais admettons un instant qu’elle le soit, voici l’étrange spectacle auquel nous assisterons.
Le projet a été porté à la Chambre des députés ; il a été examiné et discuté par les bureaux, par une Commission spéciale, et enfin par l’assemblée toute entière sous les yeux du public justement attentif à un pareil débat. Après ces diverses épreuves, qui ont exigé plusieurs semaines, il est sorti victorieux de l’urne.
De la Chambre des députés, on l’a envoyé au Sénat pour y subir les mêmes épreuves. Les bureaux , une Commission' particulière, l’assemblée en corps dans ses séances publiques, en ont fait tour à' tour l’objet de leurs études. Il y a eu peut-
être moins de discours, les débats ont été moins longs et moins animés, parce qu’il est de bon goût que les Sénats, dont les membres sont inamovibles et qui représentent plus spécialement la stabilité, soient plus sobres de paroles que les assemblées électives, qui sont l’expression directe des idées, des passions et quelquefois même des emportements populaires.
Quoiqu’il en soit, la majorité a été favorable au projet, qui a reçu ainsi une nouvelle consécration.
Après ce double vote du Parlement, il est présenté au chef de l'Etat, qui en a déjà approuvé l’idée en conseil des ministres. Le roi y appose sa signature.
Voilà l’œuvre du législateur achevée.
La volonté nationale s’est exprimée dans ses formes les plus solennelles î salut et respect à la loi !
La loi? Il n’y en a que l’apparence et l’ombre. Les pouvoirs publics, il est vrai, ont fait tout ce qu’ils ont dû ; le Parlement s’est mis d’accord avec la couronne. On a examiné, délibéré, voté et -signé d’après toutes les règles. Toutes les voix de la nation se sont prononcées ; mais qu’importe?
Pour que la loi soit faite, il faut que les évêques donnent leur consentement.
On doit attendre le placet de Rome, et si Rome le refuse, cette loi, revêtue de la majesté de tous les pouvoirs, ne sera qu’un mauvais chiffon de papier, qui n’aura pas même l’autorité d’un simple procès-ve T bal rédigé dans un patois informe par le dernier des gardes champêtres.
Est-ce donc là le rôle qui convient à un gouvernement ? Et l’Italie n’a-t-elle recouvré son indépendance, aux applaudissements de l’Europe, que pour donner ■ce spectacle au monde?