QUE LA LOI NE SERA PAS VRAISEMBLABLEMENT ACCEPTÉE PAR LE CLERGÉ
Les partisans du projet ont dû croire nécessairement que le clergé accepterait la combinaison. Ils n’ont rien négligé, du reste, pour vaincre ses résistances.
Chose étrange ! une prime a été offerte aux évêques qui se montreraient dociles.
On leur laisserait les deux tiers de leurs biens, tandis que les évêques récalcitrants n’en conserveraient que la moitié. Pour les gagner sans doute davantage, on n’hésite pas, tout en invoquant le droit canon, à les considérer comme autant de papes au sein de leurs diocèses. Il est bien à craindre, pour les gens d’esprit qui ont trouvé toutes ces belles choses et qui s’avisent d’en parer la loi, qu’ils ne se voient trompés dans leur espérance.
Quand la loi n’avait pas encore mis
la main sur les biens de l’Eglise, il était possible, sinon facile, d’obtenir du clergé cinq ou six cent millions; c’était un moyen de sauver la main-morte du péril qui la menaçait, et il restait au clergé l’honneur d’avoir contribué, par un sacrifice plus ou moins volontaire, au rétablissement des finances publiques. Telle était la pensée de ce prêtre romain qu’il faut considérer comme le premier auteur du projet.
Mais, aujourd’hui, la situation est changée. L’Eglise a été dépouillée de ses biens et elle a protesté hautement contre cette mesure. Que lui propose l’Etat?
de signer elle-même la condamnation de la main-morte et de mettre à l’encan celte propriété ecclésiastique dont elle n’a que l’usufruit d’après le concile de Trente.
Il est vrai que l’Etat lu laisse une partie du produit de la vente lui offre de partager avec elle les biens dont elle i’a dépouillée. Il lui promet même l’héritage des corporations supprimées ; mais elle devrait, pour accepter la loi, se rendre complice elle même d’une spoliation
sacrilège à ses yeux. 11 n’est guère permis de l’espérer (1).
L’Eglise peut accepter l’empire des faits quand ils sont accomplis, sans renoncer cependant à les maudire et à leur opposer l'inflexibilité de ses principes. Elle ne peut pas, elle ne doit pas introduire elle-même ces faits dans le monde, sous peine de légitimer davance toutes les révolutions.
(1) Le Giornale di Roma démentait, il y a quelques jours , le bruit, qui avait couru de l’adhesiou du clergé. 11 vient d'infliger un nouveau démenti à toutes ces rumeurs. Qu’eu pensent M. Langrand-Dumonceau et ses amis ? Un journal catholique belge, le Bien Public de Gand, s’exprime à ce sujet en ces termes :
«A moins a'explications catégoriques et nettes, nous n’hésiterons pas, en présence du désaveu du Journal de Rome, à flétrir une manœuvre dont l’effet a été de provoquer sur des valeurs assez dépréciées une hausse factice, aujourd hui suivie d’une réaction fatale à des intérêts nombreux et respectables. »
vin.
CE QUI RÉSULTERAIT NÉCESSAIREMENT d’üN PAREIL REFUS.
Un mois s’est écoulé depuis la promulgation de la loi. Le pape, dont la loi paraît ignorer l’existence, mais qui n’en est pas moins le chef suprême de l’Eglise, n’a pas ouvert la bouche. Les évêques, à leur tour, se taisent ou répondent par un refus solennel. Ils ont tué la loi et il n’y a plus aucun pouvoir qui soit capable de lui donner la vie.
Il reste, il est vrai, uue ressource au gouvernement. L’ancienne loi revit, c’està-dire que l’Etat ne s’amusant plus àconsulter le clergé, se prépare à vendre les biens de l’Eglise et des corporations religieuses.
Mais la situation n’est plus la même.
L’Etat a paru douter de son droit aux.
yeux de l’Italie et de l’Europe. Les acheteurs sont devenus plus difficiles, et s’il se présente encore quelque Compagnie-
pour servir d’intermédiaire entre le Trésor et les capitaux privés, elle impose à l’Etat les conditions les plus onéreuses.
Ce n'est par là cependant le côté le plus fâcheux du tableau. Un échec, un désastre même se réparent quand il ne s’agit que d’intérêts matériels. Il n’en est pas de même de ces défaites morales qui atteignent jusqu’à la conscience des nations.
Que deviendrait l’autorité au Parlement qui aurait discuté et voté une loi que le refus ou le silence du clergé condamnerait à l’impuissance ? Où serait son prestige ? Quelle action, quelle influence pourrait-il exercer désormais sur l’Italie 1 II faudrait que l’opinion publique fut bien complaisante pour lui accorder encore un reste de ciéô v v. La Chambre aurait joué peu*'nt quelques jours le rôle d’un concile ; mais elle n’aurait pas su mettre l’esprit saint de la partie, et l’on rirait à ses dépens jusqu’au fond des séminaires.