‹ L'état et la mainmorte, ou La loi sur les biens de l'égliseChapitre 9 sur 15 · COMMENT LA LOI S’EXÉCUTERA SI LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

COMMENT LA LOI S’EXÉCUTERA SI LE CLERGÉ

l’accepte.

Admettons que je me trompe et que le clergé, séduit par tous les avantages qu’on lui offre, se rallie à cette combinaison. Croit-on, par hasard, que la loi s’exécutera conformément à l’esprit qui l’a dictée?

Les évêques auront un délai de dix ans pour aliéner les biens de l’Eglise et ceux des corporations religieuses. Ils seraient bien maladroits s’ils ne faisaient pas traîner un peu la vente. Ils peuvent ne pas connaître aujourd’hui les affaires, mais ils ne manquerons*.- pas sans doute d’en apprendre le secret, et il faudra bien qu’ils le fassent, puisqu’ils seront transformés en brocanteurs de champs, de prairies et de vignes. D’ailleurs, les conseillers ne leur manqueront pas, s’ils se défient de leurs propres lumières.

On dira que la loi les oblige à prouver

chaque année qu'ils ont aliéné le dixième des biens. Vaine précaution ! Ils se conformeront peut-être la première année au vœu de la loi' mais que de motifs ne trouveront-ils pas ensuite pour l’enfreindre t Les temps sont déjà difficiles, ils pourront le devenir encore davantage. Il y a des capitaux en Italie, mais ces capitaux ne sont pas d’une extrême abondance. D’ailleurs le clergé leur conseillera sans doute plus d’une fois de prendre une autre route.

L’offre risquera donc de dépasser la demande. Le gouvernement pourra-t-il presser la vente, comme il en aurait le droit?

Il impose de grandes charges au clergé en lui rendant ses biens ; il ne pourra guère s’empêcher de lui accorder des délais, et le terme de dix ans pourra bien reculer jusqu’à vingt et même jusqu’à trente.

Trente ans ! c’est plus que le quart d’une siècle. Que de fois le pouvoir ne changera-t-il pas de main dans l’intervalle? Qui sait si le gouvernement ne se déplacera pas, si la majorité actuelle dù Parlement ne sera pas remplacée par une majorité animée d’un esprit contraire,

ou moins ferme et moins résolue; si une autre politique, en un mot, ne triomphera pas dans les conseils de la nation?

La révolution italienne n’a'pas su encore intéresser le peuple, et elle l’intéresse moins que jamais par une telle loi. Elle se prive ainsi à son début de cette grande force populaire qui peut seule rendre les révolutions immortelles. Il est donc possible et même vraisemblable qu’elle s’affaiblisse et qu’elle ne puisse même un jour se défendre.

Voilà ce que doit espérer le clergé, et il ne négligera rien, on peut le croire, pour pouvoir profiter de cet affaiblissement et de cette défaillance, qui suivent presque toujours de près les grandes commotions.

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