L. RENAUD
ae 3 4 —
déferlent plus avant sur la plage et augmentent notablement l'étendue de l’estran. Les hauteurs des marées sont influencées grandement par les vents selon leur direction et leur force : la mer monte en général par vent du sud, sud-est, sud-ouest ; elle a à peu près même hauteur par vent d'est et d'ouest ; ceux du nord-ouest, nord et nord-est, l’abaissent ; les vents soufflant du large produisent une surélévation des eaux, et, réciproquement, ceux soufflant de terre abaissent le niveau. Par exemple, à Marseille et dans les ports de la côte sud de la France, la surélévation du niveau de la mer permet de prédire l’arrivée des vents du large ; à Brest, il.y a surélévation de l’eau par vent d'ouest et abaissement par vent d'est !. Par les plus violentes tempêtes du Sud-Est, on a vu des élévations des eaux au-dessus du niveau moyen dépassant 1 mètre et atteignant près de deux mètres au fond du Golfe de Fos. Les basses mers descendent au maximum de 0 m. 50 au-dessous du niveau moyen.
L'action du vent doit d’ailleurs se combiner avec celle du baromètre, puisque les grands vents se produisent en même temps que des variations anormales de la pression barométrique et que les deux causes sont intimement liées. Le niveau de l'eau suit une marche inverse de celle du baromètre : on admet généralement que, pour une variation de 16 mm. dans la colonne mercurielle, celle des eaux est de 13 cm. environ.
Un autre facteur très important intervient encore et surtout : c'est l'onde de marée. On a déjà vu que les attractions lunisolaires, causes génératrices de la marée, ne font que produire un bourrelet liquide ne dépassant pas 80 cm. LAPLACE, puis lord KELVIN, au lieu de considérer la marée comme un phénomène statique d'équilibre, l’envisage comme un phénomène dynamique résultant de la propagation du bourrelet liquide à -
ES
1 Dans certains ports, abrités des vents d'ouest et de nord-ouest par de très hautes terres, comme Bougie par exemple, on ne peut se rendre compte de l’état du vent au large que par le niveau de l’eau. Quand règne un coup de vent d'ouest, ce niveau est très élevé et les navires en partance ne doivent quitter le port que lorsque ce niveau commence à baisser. (INSTRUCTIONS NAUTIQUES, n° O41, p. 23, côtes d'Algérie, (idem n° 360, 1932, p. 9 et suiv.)
la surface de l’eau, propagation qui engendre une « onde de marée ». C'est cette onde qui explique diverses anomalies, particulièrement le fait que la marée atteint 6 m. 25 à Granville
tandis qu'elle n’est que de 2 m. 80 à Cherbourg, port pourtant
très voisin : suivant que cette onde se propage dans un océan profond ou dans un passage resserré, elle communique à la masse des eaux des impulsions différentes, forme des courants de marée, et fait monter le niveau d'autant plus que les rivages entre lesquels elle se propage sont plus serrés et que le fond est en pente douce !. Car, à tous les facteurs déjà envisagés, viennent-s’ajouter ceux, très importants, de la forme des côtes et de la profondeur de la mer.
Lorsqu'il y a des côtes resserrées, on constate que la même marée change de hauteur selon l'endroit considéré. Dans la Manche, cette action est particulièrement observée sur les côtes françaises et anglaises ?. On remarque aussi que, dans les baies largement ouvertes, et dans lesquelles le fond va graduellement en s’augmentant, l'amplitude augmente d’abord par l’action du relèvement du fond et de plus par celle de la forme de la baie dont les.côtes se ressèrent de plus en plus. Ceci est particulièrement net dans la baie du Mont Saint-Michel : en prenant les chiffres d'amplitude moyenne en vive eau, pour 9 mètres à l'entrée de la baie (Pleumarach-îles de Guernesey-Diélette), on observe 10 m. à Jersey, et au fond de la baie 11 m. à Saint- Malo et îles Chausey, 11 m. 5 à Granville (voir Carte, planche ITT).
Dans cette même baie, la marée est, aux équinoxes, de 14 m. 7
au Mont Saint-Michel ; ailleurs, elle peut atteindre à Ia même époque 18 m. au détroit de Magellan, et presque 20 m. dans la baie de Fundy, en Nouvelle-Écosse.
L'amplitude est au contraire réduite dans les baies ne com-
1 Une vague se brisant sur la plate-forme inclinée d’une côte monte d'autant plus loin que l’inclinaison est faible. :
? Pour 5 m.6 à 4h.02 à Cherbourg et sur la côte anglaise : 1m.5 à 5h.o3 à Christchurch, on a 7 m. (à 6h. 42) à Fécamp et 6m.1 (à 7 h.15) à Beachy head, puis 6m.7 (à 6h.37) à Dungeness et 0 m.2 (à 7h.04) à Cayeux. (Voir ROLLET DE L'ISLE, op. cit.)
PTE
inuniquant avec le large que par un goulet, d'autant plus réduite que le goulet est plus étroit et peu profond (avec une différence très sensible entre les niveaux d'entrée et de sortie du goulet). En effet, la marée est d'autant plus forte, et se propage d'autant . plus vite qu’elle rencontre de grandes profondeurs ; les hautsfonds la retardent ; les seuils, quels qu’ils soient, font obstacle au développement de la marée, et en réduisent l’oscillation. Les bancs découverts retiennent les eaux à la marée baïissante, provoquant un niveau de basse mer sensiblement plus élevé qu'au large (on en a un exemple frappant sur la côte tunisienne, du Ras Kapudia à Sfax : 0,5 à 1,4).
Dans les mers intérieures ou « méditerranées », cette zone recouverte par le jeu alternatif des marées est plus stable — et aussi plus faible — puisque les marées elles-mêmes sont de peu d'amplitude, parfois même à peu près inexistantes.
En Méditerranée, on note des maxima de 40 cm. seulement à Livourne, 70 cm. à Venise (il y a ici influence du fond du golfe). Sur les côtes algériennes, les marées sont insensibles du fait que la côte est assez droite et la mer profonde, et ce n’est que l'influence des vents qui s’y fait surtout sentir ; sur les côtes tunisiennes cependant, les marées observées sont très sensibles et atteignent leur maximum dans le fond du Golfe de Gabès où leur amplitude est de 2 m. en vive eau, alors qu'à Sfax elle n'atteint qu’un mètre. Sur les côtes françaises, la marée est insignifiante : ce n’est que très exceptionnellement que l’on relève des chiffres « assez » élevés (à Cette, r m. 50 le 14 juillet 1841, et 1 m. le 25 décembre 1870). Les variations ordinaires sont de l’ordre de 15 à 40 cm.
On constate donc pratiquement que l’estran, partie de terre recouverte par les flots et formant le « rivage de la mer juridique », est extrêmement variable et pour de’ multiples causes. À celles, primordiales, de la marée, s'ajoutent celles nées de la côte elle-même dont la forme ou l’inclinaison augmente ou diminue l'influence des premières, Cela se traduit, selon le lieu,
le « temps » et l'époque, par une zone variant de quelques cen-
timètres à plusieurs kilomètres 1. $
Il faut noter pour terminer que cette zone peut se déplacer, se transformer par le déplacement progressif de la côte — avance ou recul —, ensablements, érosion littorale qui fait : reculer les falaises et comble les anses par des dépôts d’atterrissements, par la formation des cordons littoraux où des digues naturelles qui créent des lagunes en voie d’assèchement, par l'alluvionnement de fleuves importants (la barre du Rhône, au S. W. du golfe de Fos, s’avance chaque année d’une cinquantaine de mètres vers le large. — Instr. Naut. n° 360, 1032, p. 95) ; par les travaux de l’homme, enfin.