DES PÉRILS OU \A SITUATION DE L'ÉTAT MET LA PHODUCTION FF\ANCAISK
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Donc, siliialion crononiiqiic générale scnsihloiiieiit ainélion'c, la l'ranco on bonne position, mais pensée flollanle, direction liésilanle clans les grands groopcnienLs professionnels, |)( ril politique possible à cause dune faiblesse du goiiveineinonl. de l'appétit d'affaires de quelques corps et de fAclieuses combinaisons polilico-économiqucs dues à l'absence de soluliondu problème allemand, voilà le résumé des indications données plus haut. Au total, situation pleine de promesses, à condition que les producteurs se donnent un organisme central, national, très fort, ayant à sa tète une bonne douzaine d'hommes de valeur, qui existent. Avec cela, la France est prèle pour >me destinée brillante.
Mais il y a une contre-partie: c'est la situation de 1 l'ial. N'allons pas chercher midi à quatorze heures : la situation de l'I-ltat est sombre. M. Jacques Arthuys l'a décrite dans un livre qui est bien le meilleur (pie l'on ait publié sur la question : Comment éviler lu Banqueroute. J'y renvine le lecteur avide d'informations précises. La question essentielle est la suivante : comment faire face à des dépenses qui s'élèvent, ime année dans l'autre, à ^o milliards, avec des receltes qui se tiennent aux environs de 20 milliards i^ On
r^RH.S VE"«HS PK I.V.TAT 33
s'en est lire jiiwju'ici avec lous les syslèmos possibles d'cmpninls. Mais la dotle s'accroît, aggravant la !>iltialion d'année en année, de mois en mois, el ITitt o^i m la nirr< i d'une crise de trésorerie.
Les solutions existent : leur application serait dure, très dure, niais moins dure finalement cpie l'aggravation de la sif«ialif)n. Mais le régime parlementaire se refuse énergiquement non seulement à les appliquer, mais m(*me aies rechercher. Il lui faudrait accuser la situation, devant laquelle il imitelautruche, et, pour appliquer les solutions, il luifau- <lrait employer ties moyens dictatoriaux qu'il noscmï^mc pas envisager. Un de ces quatre matins, il se trouvera dans une situation sans issue, et il nesaiira plus que faire. C'est l'instant de faihiessc du pouvoir que guettent les socialistes et les caillautistes pour tenter un coup. Ou bien ils essayent d'entraîner le gouvernement à une folle politique financière qui leur livrerait ladireclion des affaires publiques. Soyons prêts à nous opposer, et par tous les moyens, à une tentative ou h l'autre.
U:iB NOUVELLE IMFLATIOJI.
Notre confrère M. Lucien Romier, qui a donné en aoAt, h la Journée industrielle, selon sa coutume, une série d'excellents articles, demandait comment la majorité parlementaire « se défendra demain, par exemple, «levant une campagne pour l'inflation monétaire, s'appuyant stir la promesse des alTaircs faciles, des hauts salaires, de la reconstitution hiUée, des lois sociales et de l'impôt sur le capital ? »
La question (>osée par M. Lucien Homicr est de première importance: comme notre confrère l'indique, les adversaires
3/| I.'ÉTAT ET l,\ PRODUCTION!
(le II majoriu'; vont prcciscmcnl manœuvrer surlcs questions socialos. financirrcs cl économiques, et un de leurs moyens d'aclion, c'eslde provoquer une nouvelle inflation, déguisée, mais qui n'en sera pas moins une inflation fiduciaire caractérisée. Or, sur ce point, la majorité parlementaire comprend beaucoup d'éléments qui manquent de résistance, et qui sont obsédés parla pensée d'apporter au problème fînancicr, non des remèdes vrais, ot difFiciles à administrer» mais des remèdes illusoires, qui prrmollraient d allcindre l'année 192/j. Il n'va ()as un enfant qui ne sache que, pour avoir des sous, il faut travailler : les députés, comme hommes prives, en savent autant et plus que les enfants sur ccUc question ; mais comme parlementaires, ils sont portés à croire que l'on peut faire des milliards avec rien, il n'esl pas douteux que, devant une nouvelle campagne pourl'inflation monétaire, ils se défendront très mal, ou pas du tout, et l'on peut même craindre que l'on ne trouve une majorité de gauche, du centre et de droite pour se jeter tête baissée dans une aventure monétaire assez habilement présentée pour sauver quelques apparences.
Il peut paraître invraisemblable à nos lecteurs qu'il \ ait à craindre une nouvelle inflation : nul n'a plus le droit de se méprendre sur le caractère de l'inflation, et après les catastrophes autrichienne (presque achevée), allemande (en cours), l'inflationnisme n'est plus une erreur, c'est un crime qui mérite la corde.
Les inflalionnistosnorif^norenl pas, mais il \ a parmi eux: a)Lesiiillalioiuiislos do fait, qui y sont contraints ou quelque sorte par la situation : ce sont ceux qui tiennent les cordons ilc la bourse, et qui. lorsque le Parleniont a vidé la bourse, n'ont aucun autre moyen de la remplir que d'aller demander de nouvelles avances à la Banque de France ; ce sont des victimes ;
PÉRILS VEMS DE l'ÉTAT 35
6) Les inilationnistes professionnels : ce sont ceux (]ui savent quelles belles rafles on peut faire dans les fortunes privées, grAce à l'inflation , quand on a des amis bien placés j)Our vous informer ; ce sont des bcnôliciaires, pour qui le poteau, le garrot, la potence, seraient des supplices trop doux ;
<•) Les inflationnistes par taclicpie : ce sont les ^ons du lilocdes gauclies, des radicaux-socialistes aux communistes, (jui savent que l'inflation engendre les troubles sociaux et rcononuipiesdans lescjuels ils foraient une nouvelle fortune politique. Au bout de l'aventure, leurs tctos parcoureraient probablement Paris au bout des piques, mais ils ferment les yeux sur cette possibilité.
Ces trois catégories forment une coalition imposante, dont je me bâte de dire (prelleost beaucoup plus imposante que solide, et que l'on peut la faire sauter sans grand eflbrl. Kncore faut-il être prêt à lui lenir tète, puisa la refouler et ù la dissoudre.
ME:1ACES a f.A UAX^I E DE KHA?(CE.
Au cours de l'été de itj-Ja, la coalition manœuvre ; elle prend ses positions de combat. 11 y a quel<pies préparatifs apparents. Par exemple, vous trouvez dans T. l/eZ/Vr, le journal de Joubaux. des notes, des articles sur le rôle de la Banque de France, lesquels sont signés par un ^!. Lucien Vol (comme cela se trouve !). C'est une campagne contre la Banque, faite, au nom de l'intért^t général, avec des arguments d'une sombre bélise. Exemple : « La suppression du capital de la Banque de France cl son exploitation par l'Etat
36 l'état et la PHODL'CTIOM
— ou mieux par le personnel de la Banque sous le contrôle de rClal — permettraient d'abaisser jusqu'à zéro le taux de l'escompte. » — (Avec quoi serait payé le personnel de la Banque ?) Mais on ne s'occupe guère de four nir des arguments qui tiennent: on n'a d'autre objet que de formuler une conclusion : « Il nous faut la nationalisation industrialisée de la Banque de France. »
Ça, c'est pour les lecteurs, à qui jamais personne n'a été capable d'expliquer ce que c'est que la « nationalisation induslrialisée », qui n'est qu'une farce verbale. Mais cela vous a un petit air scientifique et fayolien qui fait bien auprès des masses. Avec cela, on n'a pas l'air d'un révolutionnaire : on passe pour un citoyen qui en remontrerait à Taylor.
Cependant, sous ce vocabulaire d'organisateur, il y a la pensée du Bloc des gaucbcs, que dirige Joseph Caillaux. Mais il faut expliquer la manœuvre.
La Banque de France, régulatrice de toute notre vie économique, est une instiluliou autonome, dont les chefs et le personnel ont une très haute idée de leur fonction, et sont animés parla volonté arrêtée de* procéder à l'assainissement monétaire. La Banque de France, fidèle à sa mission, qui est de fournir aux producteurs une monnaie saine, est opposée à toute nouvelle inflation. Et, comme c'est elle qui fabrique les billets de banque, son opposition est décisive.
On essaie donc de faire fléchir sa volonté, en lui faisant comprendre que, si elle ne donne pas satisfaction aux inflationnistes, on déclanchera contre elle une large campagne tendant à la nationalisation industrialisée cl que, au besoin, lorsque l'on tiendra le gouvernement, on fera celte « nationalisation ». La « nationalisation» faite, le gouvernement serait maître de la fabrication des billels, et la planche à
PÉRILS VE^tS DE l'ÉTAT 5"]
assignats ronclionncrail sans arrêt. Il est très douteux que la Haiifjiic de France se laisse troubler par des menaces de ce genre. Mais il faut que nous sachions tous que le projet du parti Caillaux est de régner par la planche à assignats.
UN l'HOJET u'i.lKI.ATIO?! I)K(;LIS^:E.
On ne trouve plus de défenseurs de l'inflation directe. Tous les inllationnistes sont des inflationnistes honteux : leur effort ne tend qu'à chercher des moyens de faire de l'inflation dt'guisée.
A la fin de 1921. la Grande lievue a lancé un projet d'iiinalion déguisée, présenté par M. A. K. Durand. Le projet a été saisi par nos inllalionnislcs du Parlement, et ils l'ont répandu, au printemps de 192a , avec une préface de M, A. de Monzie, quiappuie nettement le projet de M. Durand, il «emble que ces messieurs croient tenir un excellent moyen de faire décider par le Parlement une nouvelle inflation, présentée cette fois comme une opération saine et placée sous le patronage du baron Louis.
M. .\. F. Durand ne défend pas l'inflation ; il la condamne avec autant de vigueur (pic les partisans de la monnaie saine. Mais, dit il. l'inflaliou cesse d'être un mal lorsqu'elle est gagée. Il est évident cpio si, par exemple, la production et la circulation des marchandises s élevaient de 200 ou 3oo pour lou, la circulation des cfTels de commerce s'nugmenleraitd'autanl, et, par conséquent, il y aurait plus d'elVets de commerce remisa l'escompte, donc plus de billets de bantpicen circulation ;maiscctte inflation de l'émis-
38 l'état et la pBOoucnoii
sion des billcls serait saine. Or, ajoute M. Durand, il y a, pour la liauqiio, d'autres gages que les effets de commerce, et c'est là dessus qu'il va construire son projet d'inflation gagée.
Je vous passe toutes les considérations accessoires pour arriver à l'essentiel, que je résume ici :
— Qui paie ses dettes s'enrichit ;
— La politique d'emprunts continus nous amènera à la banqueroute (incontestable) ;
— Au contraire, si l'Etat remboui-se ses dettes, le problème financier sera résolu (c'est le grain de sel sur la queue do l'oiseau) ;
— Avec quoi l'Etat peut-il paver ses dettes, qui se chiffrent par centaines de milliards? (voilà toute la question) ;
— C'est très simple ; l'Etat créera
Une caisse d'armortissement qui procédera au rachat des rentes en Bourse :
Les fonds de la caisse seront fournis par la Banque de France, qui fera les avances nécessaires au rachat des rentes cl qui recevra en garantie les titres de rente eux-mêmes ;
Les avances delà Banque seront consenties à o fr. 63 % ; la Banque, recevant les titres en garantie le jour même de l'achat, continuera de toucher les coupons jusqu'à complet remboursement de ses avances. La dilTérence entre le taux d'intérêt des avances (o fr. 65 %) et le revenu des rentes 3, 4. 5 et 6o/o suffira en 25 ans pour rembourser le capital.
Et voilà comment l'Etal aura procédé au paiement de ses dettes.
En d'autres termes :
Pierre, seigneur brigand, doit looooo francs à Jean, marchand, à qui il est obligé de ()ayer 5.65 o o l'an ;
Pierre oblige Antoine, banquier, à lui prêter loo.ooo francs ;
PKRII3 ve:^19 de l'éfat 39
Antoine n'a pas d'argent ; Pierre l'oblige à tirer de faux billets sur Jacques, laboureur ;
Pierre rc libère k l'ëgard de Jean avec les faux bilIcLs sur Jacrjucs ctronicl sa crénncc à Antoine ;
l*ierrc lève sur Jean, Jacques et Antoine un inr|x'>l dr 5.Cr)o francs l'an ;
Pierre verse à Antoine, charpie année, ces 5,(îjo francs. Antoine garde pour lui Gôo francs et, avec les 5. 000 francs restants, rachète peu k peu les 100.000 francs de faux billets mis eu cinulntiou. Au bout de vingt ans, Pierre est libéré k l'égard d'Aiiloine. Il n'a plus de dettes.
Vous avez bien vu ce qui s'est passé ? C'est ceci :
Le capital initial n'a été remboursé par personne ;
Jean a perdu .sa rente ;
Jean et Jacques ont payé chaque année l'amortissement du rachat des faux billets créés par Antoine.
Voilà ce que l'on appelle I ioflation gap'e. C.'osl un moyen long et coAteux de faire banqueroute frauduleusement. Il vaudrait mieux faire faillite tout de suite.
Quand on a vu le vrai mécanisme de ro[>ération. on pont se dispenser do discuter les arguments apportés par M. Du rand. Mais lorsque l'on sait que ces arguments deviennent ceux de parlementaires influents, quand on sait que ce sont ceiix de personnages qui comptent dans l'Etat (nous avons entendu ces messieurs les exposer dans les couloirs h la Semaine de la Monnaie), on est obligé de se donner la peine d'ime discussion.
Toute l'opération repose sur ceci :
Que si l'inllation pure et simple est une folie, l'inflation gagée sur les avances sur titres est sérieuse et honnête :
« Les avances sur titres, notamment sur les rentes françaises (sont considérées par tout le monde comme) des placements de tout repos », écrit M. Durand.
4o l/ÉTAT ET i.\ VHomr.Tiny
Donc. ronliriMo-i il, l.i Manquo de France «^(ant autorisée à faire ces avances, toute l'opération que je propose n'est qu'une ^'rande avance sur titres, opération bancaire prévue, régulit'roel absolument saine.
Il sC trouvera bien quelques étourneaux (il s'en est trouvé) j)onr Sf laisser prendre h ce raisonnemenl. II esl indispensable do rnf)nlror fjii'il nous conduirait à une l>ellc catastropbc.
Il snfTil de faire observer q»ie, pour faire de l'avance sur tilros dans des conditions parfaitement saines, une banque, quelle qu'elle soit, ne jieiit faire ces avances que dans la limite de ses propres disponibilités, disponibilités qui sont limilées nécessairement aux réserves des banrpies, aux dé|>^>ts des clienls, c'est-à-dire en somme a\\ montant total de l'épargne nottanlc, co qui correspr)nd à des marcbandises effectivement créés.
Les avances totales sur titres ne peuvent excéder ce disponible liquide. Elles sont donc très limitées. Supposez f^ie les porteurs de titres industriels veuillent se faire avancer r>o o/odc la valeur de leurs titres par les banques : l'opération sera absolument impossible, parce que les capitaux investis, immobilisés en constructions et machines, sont de beaucoup plus importants q«ic les capitaux circulants.
Supposez maintenant que l'on vienne présenter aux puicbets de la Banque de France, pour des avances sur les titres, 5o o/o seulement des titres de rente et des Bons de la Défense, la Banque sera dans l'absolue nécessité de limiter les avances à ses disponibilités, c'est-à-dire à fort peu de chose, (|Mol(|ncs petits milliards devant la grosse centaine qu'on lui demandera. Si on l'obi i fie à passer au delà, on l'oblif^e à mettre en circulation des billets de banque qui ne sont gagés par rien, ni par des dép<Ms. ni par des marchandises, ni |)ar des réserves de métal. On l'oblige à faire de
péaiU VENUS DE L'éTÀT 4>
l'innalioti pure cl sinipic, c'est-à-dire de la fausse monnaie.
Kii rcsiimc, l'opéralioii rèvéc pur M. Durand, approuvée par M. de Mon/.ie. ncsl rien que ceci :
Créer chaque année dix à quinze milliards de fausse monnaie pour racheter des titres ; et prélever dix à quinze milliards chaque année sur les produclcurs. pour payer les coupons ù la harujue cl faire rentrer la fausse moiinair mise en circulation.
Kncore une fois, c'est un moyen très compli<pié, très coiV teux.et ruineux pourprocédcr à la hanqueroute frauduleuse de l'Etat.
Je doute fort qu'un projet aussi fou puisse avoir une suite, malgré les puissants appuis ipi'il a ohteniis. Mais s il retourne aux ténèbres iloù il n aurait jamais dû sortir, on cherchera autre chose. Il faut nous rendre compte que. parce que le régime parlementaire a été itnpuissant à trouver et à appliquer les solutions du problème fmancier, nous sommes à la merci d'une crise de Trésorerie qui obligera le ministre des Finances à une brus(|ue inflation, sans tentative d'explications ni de juslilicaliotis. parce (pi'il faudra trouver de l'argent en vingt <piatrc heures. Nous avons déjà eu idée de cela à la fin de juin iQ'iJ, quand les avances à l'Ktatont été brusquement augmentées d'un petit milliard. C'est le moment de veiller. Les échéances prochaines seront dures pour l'Etat.
IL FAUT ÉVITER t?«F. nKI.AT10>« NOUVELLE.
Tout a été dit sur les maux de l'intlalion, depuis le temps où r.li7/o/i fraiii^aise était seule à les dénoncer, Ij Semaine
!\2 l'état kt i.a pboductiom
de la Monnaie a réuni un dossicrconsidcrable, où l'eu trouve décrits tous ces maux, et les jugements des producteurs, des Iccliniciens, des experts sur l'ififlation définitivement condaiiiiiéc.
l'^ri (jiielqiics mots, riiiflalioii, c'est le régime des troubles économiques et sociaux permanents. Voyez l'Autriche, voyez r\llcmagne. Lorsqu'on est engagé dans l'inflation, on ne sait plus comment en sortir. Il arrive un moment où sa cadence se précipite : ce n'est plus à chaque fin de mois (jue l'on lire du papier ; c'est chaque semaine, chaque jour f'I bientôt à toute heure de jour et de nuit. Alors, il se produit ce fait, qu'il suflit d'énoncer pour en faire apparaître les conséquences terribles :
Arrive le moment où f homme qui a touché sa paie le soir ne sait fias si le lendemain matin le papier qu'il a entre les mains lui permettra démanger.
C'est le régime viennois. C'est, ou ce sera demain, le régime de l'ouvrier allemand.
Nous avons été engagés sur cette pente, d'où l'on ne saute pas sans secousse. Nous avons été replacés en terrain ferme I)ar un ministre des Finances. M. Trançois-Marsal, qui a eu l'audace de faire le mouvement nécessaire. Nous avons subi la crise de première guérison, qui a été dure. Nous sommes anjonnlhui convalescents. Ne nous laissons pas rejeter dans la maladie.
Mais si nous sommes impuissants à empocher une nouvelle inflation, il est en notre pouvoir d'en annuler les effets, au moins partiellement. Nous avons été victimes une première fois. Nous ne le serons pas une seconde fois.
niAPITRK V
LES PRODL'CTFURS ONT ILS LES MOYENS DE SOPPOSEU A LNE NOLVELLE INFLATION OU D'EN ANNULER LES EFFETS ?
I ■ lapleiubrc iQti.
lA SITIATIO?! MOMéTAlRE.
Mais, dabord. sommes-nous mcnaccA d'une nouvelle inflation ptirc cl simple ?
Il ne faut pas h<'siler k dire : Oui.
Signes précurseurs de l'inllation : le mouvement des avances h l'Elal. Rappelons Ir^s hricwcmrnl comment les avances à l'Etat constilucnt rindalion proprement dite :
Pour que la circulation monétaire soit saine, les billets ne doivent sortir de la Banque que par trois voies:
a) En contre partie des eiïcls h trois signatures escomptés par la Banque : donc en représentation de marcbandises mises en circulation ;
h) Kn contre-partie de remise de titres parfaitement sains ; donc en représentation de stocks de marcbandises. de constructions industrielles appartenant à des entreprises saines ;
«•) lùi contre partielle monnaies métalliques ou de lin gots apportés k la Baixpie par les particuliers.
En résumé, des billets sains représentent des marchan dises en circulation, qui ont tléjà fait l'objet d'une vente, ou des installations produisant de^ marcbandises qui seront certainement vendues, ou enfin de la marcbandise-métal.
44 l'htat n r A pbodlctiom
Si l'on fait sortir des billets par le moyen des avances à l'Etat, CCS billets ne sont garantis que par les recettes de l'Etat, c'cst-à-dirc par les imjx'ts ('remise de marcliandises à l'Etat). Si l'Etat est déficitaire, les avances qui lui sontfaites n'ont plus de garanties ; la créance de l'Etat qu'elles représentent est donc é^'alc .\ zéro. C'est l'inflation et l'instabilité monétaire. Le billet de banque devient pour partie un litre de crédit dont la valeur peut être influencée par toute modification dans les jugements portéssur le crédit de l'Etat luimônic.
Le mouvement des avances s'était arrêté en 1920. grAce aux efforts associés de M. François-Marsal et de la Banque. Depuis, le cbifTre total des avances avait diminué grâce au jeu du compte d'amortissement qui fonctionne à la Banque au profit do l'I-llal. Los avances étaient tombées de 26 h 11 milliards.
Or, depuis mars, lo jou des avances a recommencé, co qui révMela génc périodique de la Trésororio française.
En voici le tableau, de juin à lin aoùl, on regard duqurl j'indique le cours du dollar :
Dollar Avant la fin de juin. .. . 23. 000. 000. 000 10.80
6 juillet 23.700.000.000 12.01)
i3 juillet 23.000.000,000 12.12
20 juillet 23.5oo.ooo.ooo 11. S.")
2 août 23 . fioo . 000 . 000 12.19
1 G août 23 . 5oo . 000 . 000 1 2 . .'n
17 août 23.5oo.ooo.ooo i2.5o
i!\ août 23.3oo.ooo.ooo 12.71
3 1 août 23 . 900 . 000 . 000 1 3 . 1 3
Ce qui peut rire ainsi résumé : depuis la fin de juin, il y a eu une nouvelle inflation movonno d'un demi-milliard, et l'on approche, fin août, du milliard.
L'ÎIE NOUVELLE WFLATIOM 45
Conséquences : ce qtie l'on appelle « la tension des changes », élévation des prix de gros ; pour tout importateur de niatirros h l'étranger, perte moyenne de 20 0/0 de son pouvoir d'achat. Il y a liaison directe entre le mouvc, ment des avancx's de la Manque à l'Etat et les mouvements (les changes, raison pour Infpicllc totite nouvelle avance à l'Klat devrait î^lre ahsolumcnl interdite.
Nous sommes sortis, provisoirement, pas encore dangereusement, decemouvemenld'assainissemenl où nousétions entrés et par lequel le franc s'améliorait progressivement et lentement, pour le plus grand hicn des producteurs. Cause, cause unique : les nouvelles avances de la Banque à IKtat.
Je sais hien que quelques personnes hicn intentionnées ont nié cet cITot des avances. Cela nous rappelait celle thèse singulière que quelques caud)islcs proposaient à la Semaine de la Monnaie :à savoir que l'inflalion n'était pas la cause de la dépréciation monéUiirc ; l'assemhlée repoussa celle thèse à l'unanimité, et fit bien : c'était l'élouiïement «le la véiit"6 que l'on proposait. Les cambistes ne tiennent peutêtre pas beaucoup à ce que le public connaisse le secre de leur profession. Mais les produclrurs oui l(^ plus t'rnnd intérél i\ le connaître.