‹ L'état et la productionChapitre 4 sur 20 · I. ETA I i:r I.A l'IlOULCTI · texte numérisé non relu

I. ETA I i:r I.A l'IlOULCTI

Ou Iruvuillc et beaucoup plus qu'avant, parce que, pour un môme résultat, il faut un effort double ou triple ; on s'y fait vfilonliers, mais on se plaint de travailler pour le fisc, lequel fait un éfKirme prélèvement sur la prodncti<in. En somme, les nouvelles relations entre la production agricole et la production industrielle sont établies ou en voie de s'établir.

D'antre pari, il y a eu un effort considérable de coordination des forces et des mouvements économiques. Il n'est pas une corporation qui n'ait apporté sa contribution à ce travail. On ne peut pas dire que l'on ait atteint la réussite ; nous en sommes loin ; il nous faut des années pour construire ces corps dont nous avons besoin. Mais le mouvement est bien commencé. Par exemple, en ce qui concerne l'expansion économique à l'étranger, on a vu, pour la première fois, une trentaine d'industries ou de corporations industrielles et commerciales s'associer pour établir un plan national d'écbanges, en liaison avec l'Ktat. De tous côtés, les syndicats industriels ei commerciaux sortent de leur conception négative de la défense des intérêts, et s'orientent vers la recbercbe il'une action commune, vers la création d'une discipline technique et professionnelle facilitant les progrès économiques. Les mouvements sont encore mal assurés, parfois à peine esquissés. Mais l'élan est incontestable ; la direction est prise. La réalisation n'est plus qu'une question de temps. Le gros obstacle n'est plus guère constitué que par la résistance des vieillards individualistes qui occupent beaucoup de sièges syndicaux, où on les avait mis à la retraite ; lorsque les nouvelles générations auront conquis ces sièges, le changement sera foudroyant. On verra alors apparaître d'un seul coup les résultats du travail qui se fait aujourd'hui.

En résumé, nous considérons que la France est actuellement

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tr^s bien partie au point He vue «économique : elle donne les preuves d'une belle ardeur au travail, et elle est bien sortie de l'indiviiliialisnie. On voild^s inaiiilonant qur. si elle est en niesiircdc continuer son niouvernenl, cesl d'elle que l'on dira, dans dix ans. qu'elle a le génie de l'organisation. Elle fera en dix ans ce que l'Allemagne avait fait en un demisiècle.

Mais, par contre, il est certain que cet élan pour la construction demeure faible parce qu'il n'est pas soutenu par une large vue de l'esprit. Le mnuveinenl observé aujourd'hui est presque partout cxclusivenjcut économique et corporatif ; il est très rarement national. J'entends qu'il n'est pas encore animé par une idée nationale puissante. Les producteurs n'ont pas encore pris conscience des nouvelles destinées de la France victorieuse. Ils otU de grandes audaces techniques, industrielles ; ils n'ont pas encore l'audace économique qui donne une profonde confiance dans l'avenir d'im peuple. Exception faite pour une vingtaine de télcs bien meublées, les producteurs manquent encore de foi, ce qui leur interdit <rimaginer un avenir en fonction duquel ils organiseraient le présent. S'ils agissent, c'est en quelcpie sorte d'une manière irraisj>unée. mus par le sentiment qui leur a donné la victoire, mais non sous la direction de l'idée issue de la victoire. Si l'on veut avoir rex[)lication de cette absence de foi. il f.ml regarder l'Etat : depuis l'armistice. l'Etat français a manqué i^sa mission.

O n'est pas aux producteurs, qui agis.sent sur la matière, qu'il appartient de créer les idées q»ii animent un peuple, qui lient ses elTorls, qui placent au dessus de tous les images de l'avenir. C'est l'Etat qui doit dotmer cette direction intellectuelle et, en quelque sorte, spirituelle ; il ne la crée pas lui mrme ; mais il doit la chercher daus les profondeurs de 1.» nation, la reconnaître quand elle est expriniée par les

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liommos qui la pensent, el la faire représenter enfin par ses hommes d'Etat. Or, c'est un fait que personne ne niera, l'Etal français a été. depuis l'armistice, terriblement audessous de sa tAchc. à ce point de vue. A aucun moment, il n'a pensé, agi, en victorieux ; il a pensé, agi. en vaincu ; il a été obsédé par la pensée de nos ruines matérielles, sans penser aux prodigieuses richesses spirituelles que nous avons acquises. Il a pris devant l'étranger l'attitude humble de l'homme qui demande qu'on lui rende ce qu'il a perdu, parce qu'il n'est capable ni de le reprendre, ni de le recréer. Il n"a pas cessé de présenter la France comme la sacrifiée à qui Ion doit payer son sacrifice. A aucun moment, il n'a eu l'idée du rôle d'avenir que peut jouer la France. Certains de ses hommes n'ont imaginé le relèvement français qu'avec l'aide de l'Anglctorre. ou des Etats-Lnis. ou même de l'Allemagne, ce qui était céder par avance à tous les impérialismes économiques et politiques.

Mais qui a osé dire — ou penser — que, dans l'Europe d'après-guerre, le rôle économique et même financier de la France pouvait être de tout premier ordre ? qu'il devait être exactement ce qu'a été son rôle militaire pendant la guerre ? Personne.

Je dis : le rôle économique et financier, aussi téméraire que puisse paraître cette affirmation quand il s'agit d'un pays écrasé par ses dettes. Mais je rappelle aussitôt que les capitaux n'existent pas pareux-mèiues. Ce qui compte, pour le^ peuples comme pour les individus, ce sont les conceptions d'emploi de capitaux, c'est leur utilisation, c'est la volonté que l'on possède de les employer pour tel ou tel objet. Ruinés matériellement comme nous le sommes, mais riches d'idées, de science, d'ordre, de volonté, nous sommes un peuple capable de dicter sa loi à l'or que nous emploierons, à notre bénéfice et au bénéfice d'autrui. C'est ce que

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l'Etal rraii(,ai:j n'a pas vu. n'a pas pensé, n'a paM dit. C'est parce que PEital français a manqué à sa mission que les producteurs manquent de foi dans l'avenir et sont parfois hésitants devant 1rs [x-rds ({ui ris(jUL'iit de rendre vains leurs efTorls.

Le péril allemand. — La paix politique a été manquc'C. Nous en souffrons cconomijucnient. Tous les arguinentâ peuvent se résumer en ceci :

Nous avons besoin des paiements allemands ; Pour obtenir ces paiements allemands, il faut une production allemande prospère.

Si la production allemande est prospère, c'est le Heich qui en bénéficiera politiquement, et qui redeviendra assez fort j)oursc dérober à ses obligations. Alors la guerre aura été faite pour le roi de l'russe.

Tout le mal vient de ce que le traité de Versailles a posé le problème allemand de telle manière qu'il n'a pas desolution. La faute est le renforcement de l'unité allemande. L'existence du lieuii est l'obstiicle au relèvement économique de l'Europe. Il faut restaurer les libertés germaniques si l'on veut rendre la paix et la prospérité h nos pays. Avec des Allemagnes libérées de la tyrannie prussienne (ce qui n'est point chimérique, car les moyens d'action ne manquent pas) tout redevient possible.

Et d'abord la prospérité des peuples allemands, qui no sera plus une menace de guerre, et qui donnera .mv Mli.'s les satisfactions économiques qu'ils attendent ;

Ensuite, l'assainissement monétaire de toute l'Europe centrale et orientale, et par voie de conséquence, les échanges fructueux entre ces pays et l'Occident ;

Enfin, l'association des industries alliées avec l'industrie allemande pour une nouvelle mise en valeur des territoires russes.

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Or la voie n'csl nuileincnl fernite dans cette direction. Mais la politique française ne s'y est pas engagée. Il n'est pas impossible de faire Taccord des Alliés, ou au moins de (juclqucs al liés pour une restaurât ion des libertés germaniques, (jiii aurait connue conséquence une pros|>érité gérjérale, et qui permettrait toutes les combinaisons économiques et financières qui éclioueronl tant que le lieich demeurera une menace politique. Mais il faut opter. El du fait qu'une direction nette n'apparaît pas dans la politique française, une grosse incertitude pèse sur toute la production française, qui se demande si l'État français continue de reconnaître la supériorité économique du Hcuh.

Le péril plontocralifjue. — Dès 1921. Cliarles Maurras [)ubliait, dans VArlion Française, que le péril n'est plus communiste, mais ploutocratique. Ce péril, pour les producteurs, vient encore de l'absence d'une politique économique et financière de l'Ktat. On sait comment il se présente \k)ut une partie de l'industrie française ; certaines entreprises. surcapitalisées pendant la guerre ou immédiatement après la guerre, dégonflées depuis 1920, ont besoin de capitaux nouveaux. La trésorerie française appelant à elle une grosse partie des capitijux français disponibles, ces entreprises sont obligées de cliercber des capitaux oîi l'on eu trouve, c'està-dire outre-mer. Il n'y a là rien qui soit alarmant en soi. Mais cela devient un péril lorsque l'on sait que ces placements de capitaux en France ne sont pas affaire privée, et cpi'ils sont bel et bien affaire d'Etat ; ils obéissent à une discipline sévère, qui tend à un but connu : c'est un acte de conquête économique, qui vise à l'acquisition finale d'une inHucnce, et d'une grosse influence politique, dans noire pays.

Un gouvernement qui aurait un peu d'imagination chercherait et trouverait les moyens de parer à ce danger. Il ne faut pas chercher bien longtemps pour trou\cr les moyens

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d'oblipor ros rapitaiix à drniriirrr dans Jour rôle de capitaux qui seprt'U'iil. Mais il faudrait évidemment un gouvernement capable h la fois d'imposer sa loi à celte fmaDce et de lui donner les garanties matérielles qu'elle a le droit de demander. Si l'on cherclie ce qui a été fait dans ce sens on ne voit rien, et l'on comprend que certains chef» d'industrie sedemandent s'ils n'ont pas échap|>é à la tutelle allemande. qui les guettait avant la guerre, pour tomber sous la tutelle angio saxonne.

Le périt intérirur. — H y a eu un péril communiste. 11 n'e\i"^le plus. Le conmnitiismea prrdii sa force d'expansion : il se rétrécit à un petit nombre d'hommes dont l'action sur les masses diminue de jour en jour. Le fascisme italien a montré ce que peut la volonté latine contre la barbarie asiatique. La France n'a paseu besoin de recourir à un fascisme pour réduire le bolclievisme français ; elle l'a pratiquemrnt annulé par son mouvement de travail et d'organisation. On petit ilonc dire qu'il n'y a pas chez nous de péril bolcheviste intérieur positif. Mais il demeure un pé-ril bolcheviste que l'on pourrait dire négatif. Le communisme français, trop faible pour porter des coups sérieux à un gouvernement bien installé, demeure assez anletit pour une tentali\e contre un gouvernement qui s'abatidontierait. au milieu de difticultés dont il penserait qu'elles le dépassent. Une faiblesse du gouvernement actuel, qui est en somme un gouvernement guidé par une pensée nationale, livrerait l'Ktat h ce que Ion appelle les bouïmes de gauche, c'est-à-dire pratiijuement aux communistes, car les hommes de gauche n'ayant plus aucune pensée pcditirpie. et manquant de volonté pour le gouvernement, céderaient rapitlement la place ati\ communistes, qui ont quelques semblants «l'idées et quelque volonté d'occuper le pouvoir.

Les producteurs voient on prossonlent ce prrii d'un com-

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munisriK' dari^prciix non par son action propre, mais par l'inaction d'un gouvernement qui serait débordé par les difTicultés financières et qui abandonnerait la place. Or ils n'ignorent pas que la situation financiôre de l'Etat français est traf,Mquc. Lorsqu'ils se demandent qui osera prendre la responsabilité do siirmnrilor Tinévilable crise, ils ne voient aurnn frroiipe [>arlpmpnl<iire qui ait assez de volonté pour leur donner conlianco. Ils se ron<lent compte que le régime parlementaire est absolument fini, qu'il a donné les preuves d'une impuissance radicale à résoudre les problèmes nés de la guerre. S'ils s'interrogent eux-mêmes, ils constatent qu'ils expriment assez bien l'opinion générale du pays, qui considère que toutes les questions politiques et éco nornicjiics sont posées, mais qui ne marque pas tiellement son goiU pour une solution précise. Les producteurs ont l'obscur sentiment que la France encore une fois se sauvera elle-même, même au prix d'im renversement total des valeurs sur lesquelles elle vit depuis plus d'un siècle. Mais ce n'est pas une volonté, et la France olTicielle ne IfMir donnant pas le spectacle d'une forte volonté, ils ont l'inquiétude de l'avenir. Y a-t-il chez eux des hommes préls à leur clotiner une direction générale?

CIIVPITRF. Il

Y AT IL. DANS LES GROl PKMFNÏS KCONOMIOrES KT PROFESSIONNELS. DES HOMMES IMU-.TS A DONNER UNE DIRECTION GÉNI^KALE AL\ PRO- DUCTEURS ?

3 1 aoAt K)]].

Voici nolro r<^pons«\ cjui ost le r(^sultal d tiiio enquête déjà longue :

Il Y a. îi l»! l^le de quelques grands organismes professionnels, un 1res petit nombre d'hommes qui pourraient parfaitement fournir une direction générale, mais qui ne la fourniront pas ;

Il y a, à la l^te ou dans les conseils des associations économiques, un petit nombre d'hommes pr^ts à fournir celte direction générale, mais qui ne peuvent pas l'exprimer.

Cela revient à dire que, pour le moment, il n'y a personne qui ait assez d'autorité pour donner une direction générale aux producteurs, personne qui le veuille, ou personne qui puisse le faire. Mais dans des circonstances exceptionnelles, le fait se produirait. Mais l'on ne verrait apparaître qu'un très [)etit nombre d'hommes.

Il faut maintenant expliquer cette singulière situation. Comment peut-il se faire que. dans rt»conomie française, si riche en hommes de valeur, après tant d'années de vie syndicale, on trouve si peu d'hommes capables de penser p'>ur l'ensemble ? .Je propose l'explication suivante :

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