‹ L'état et la productionChapitre 5 sur 20 · I .'I L KT.\ r tr LA l'MiintCTIOM · texte numérisé non relu

I .'I L KT.\ r tr LA l'MiintCTIOM

a) La vie indtislriollc ne pir-parc pas les hommes aux conceptions g/Tiérales ; elle les enfertiic dans des compartiments étroits ; clic les spécialise tccliniqucmeut et économiquement. Les vertus du bon industriel sont contrairesà celles qui sont nécessaires à l'homme qui s'f)ccupe des intér«^ts généraux. Il se produit, dansl'exercice du métier, une déformation professionnelle, qui porte l'hoinme à donner I son industrie, dans son esprit, la prééminence sur toutes les autres. D'autre part. la conduite des entreprises, si elle exige des vues d'avenir personnel des chefs, les oblige parfois à de courtes vues touchant l'intérêt général Pour un industriel, que guette toujours la faillite à brève échéance, le bien, la nécessité, c'est que son usine tourne. A cause de ses intérêts d'avenir, l'industriel vit au jour le jour par rapport aux intérêts généraux. C'est une nécessité de sa fonction. Il faut le placer dans une situation économique où son intérêt pri\é ne soit pas ainsi opposé parfois à l'iiilén-t général ; il ne faut pas lui demander de s'y placer luimême. 11 n'a pas le temps d'y penser : il est tenu par la paie, par les échéances. Bref, la vie de l'usine ne prépare pas l'industriel à la conception des intérêts généraux, à la connaissance desquels il ne peut parvenir que par la vie syndicale.

6) Mais la vie syndicale n introduit l'industriel qu'.'i la connaissance des intérêts généraux de sa profession ; il y a()porte l'égoïsme nécessaire qu'il a]>[)lique dans son usine. Le mieux qu'il puisse faire, c'est de transformer son égoïsmc d'entrepreneur en égoïsme professionnel. Rap()ortant toute action à ses propres intérêts, ce qui est normal et utile, il demande à son syndicat des résultats immédiats. Il est porté ;"i n'accepter la discij)line de l'intérêt général de sa profession qu'autant qu'elle lui est immédiatement profitable. C'est lu raison pour laquelle il redoute de placer à U

tête de ses syndicatA, des hommes assez forts (>our prendre iii. iiitMfii/' capable dimposcr une forte di>*ri(»Iine ù la [•r jt'j^M ni. C'est pourquoi les fonctions syndicales sont remplies par des hommes inactifs, ou encore par des hommes cITaccs qui subissent l'influence des t<^ les puissantes du syndical, et qui font servir l'action syndicale à dos inU'-rtl^ts prixis. Le mieux qui puisse se produire, c'est qu'un homme, s'ciïa(;ant d'abord, s'aflirme plus tard, et acquière une grosse auli»rii«' personnelle, qu'il ne conservera d'ailleurs qu'en exprimant lortemenl IV'goismc professionnel collectif.

Donc, la vie syndicale, si elle pré|)are à la connaissance des inU^r/^tsg'éoéraux professionnels, prépare peu à la connaissance des intén>ls;^énëraux delà production. Elle ne facilite pas la niaiiifeslalion des hommes capables de concevoir l'inlérôt de leur profession à travers l'intértil général. Lorsque ceux-ci passent, c'est par accident. I^ connaissance des intén^ts généraux d'un ensemble économique no peut s'acquérir que dans la vie super-syndicale.

c) La vie super-syndicale est en voie d'organisation. Klle existe à |M'irie aujourd'hui, sauf dans deux ou IrcMS j?rands ordres économi(jues. comme la métallurgie et les mines. Mais, pour les mêmes raisons que dans la vie syndicale, si elle discipline l'action des syndicats dilTérents qu'elle soumet à l'inlérét général d'un ensemble économique, elle n'aboutit, elle aussi, (pi'à une forte coalition d'égoismes non plus professionnels, mais économiques. Les hommes qu'elle fait se produire sont ou bien ceux qui ne portent pas ombrage aux syndicats coalisés, ou bien ceux qui expriment avec force l'égoisme fédéral. Dans cette direction, la voie est encore fermée aux hommes qui pourraient représenter les intérêts généraux do la production. C.eux-ci ne peuvent se |)r(Hluire que dans lu vie super-syndicale nationale ou (I.iii> les associations économiques extra- syndicales.

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d) Or. la vie super-syndicale nationale est tout à fait embryonnaire. I.rs cadres en sont tracés, niais les institutions n'ont pas encore acquis la pratique de leur propre fonctionnement. La Confédération générale de la Production française, conçue d'abord comme un organisme de classe (pour représenter la « classe bourgeoise » contre la a classe ouvrière n), mais qui devient pou à peu un organisme économique, n'a pas encore trouvé ses métbodes d'action. La confrontation des intérêts économiques n'yestpas encore organisée, et si l'on se représente que ses cadres, tout récents, ont été fournis par les syndicats et les fédérstions constitués dans les conditions indiquées plus baut, on se rendra compte qu'elle ne peut pas encore permettre la manifestation des hommes qui représenteraient vraiment les intérêts généraux de la production. Et ceux qu'elle possède agissent jusqu'ici ailleurs que dans son sein,

e) Présentement, c'est donc surtout dans les associations économiques générales ou dans les manifestations écono-/ miques extra-syndicales que peuvent apparaître les hommes qui conçoivent, expriment, défendent les intérêts vraiment généraux des producteurs.

C'est d'ailleurs par l'action de ces associations et de ces manifestations que se transformera peu à peu (ou d'un seul coup si les circonstances le permettent) la vie syndicale ou super-syndicale.

Il est évident que. contrairement à ce qui se produit dans la vie syndicale, le fonctiormement de ces associations, formées d'hommes dont les préoccupations dépassent leur usine ou leur profession, doit mettre en lumière les plus actifs, et sur le seul plan de l'inlôrèt général ; il est évident également que, dans des manifestations où sont conviés des syndicats très différents, les hommes qui agissent ne peuvent acquérir de prestige et d'autorité qu'à la condition de

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refouler leur égoinme profeitsionnel el de ne nianifcslcr que ririlén^l le plus général, l'intéri^t vraiuieut national de la produclion.

En d'autres termes, et nous ne faisons rien d'autre qu'élaborer l'évidence en présentant cette vérité première, les intérêts f,'énéraux ne peuvent être conçus, défendus, les hommes (jui les conçoivent, les défendent, ne peuvent se produire que s'il existe à côté ou au-dessus des syndicats (qui ne défendent que des ir)léréts restreints), des institutions économiques construites sur le plan national.

Or, les institutions économiques nationales sont de création très récente, el c'est la raison pour laquelle l'économie française n'a encore pu mettre on lumière (ju'un petit nombre d'hommes représiMilanl >«'s intérêts généraux.

Le conflit entre les insliltttionx nationales et les intérêts tirs (jra/itls rorjts étttnomiiiues. — Nous sommes au temps mé(n<' de In création de ces institutions nationales. I^ sens de l'intérêt général, développé malgré tout dans la vie syndicale, sous la pression des hommes revenus de la guerre, fait comprendre à tons les produrlours <ju'elles st)nt nécessaires. Ktcliacun se rend compte, plus ou moins, que les questions qui sont posées sur toute l'étendue de l'économie française ne seront pas résolues ik l'intérieur des syndicats, qu'elles sont d'ordre absolument général. Kxemples : le problème motiélaire, le problème des réparations, la polili(|ue éctmo miqiie de la France devant l'Allemagne, la politique des prothioleurs devant le communisme ou les divers mouvements économiques. On sent le besoin d'une action com mune. d'une doctrine, à l'élaboration de laquelle |>articiperaient tous les représentants des groupes, mais qui fournirait ensuite une discipline générale. I..e succès des grandes assemblét^s inlercorporalivcs. des Semaines^ des conférences entre lesgrandes associations, a montré d'une manière éclatante

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lu leuclancc profonde, des produrlfiirs. Il est certain que Jes producteurs attendent, \culfnt qu'il soit défini une politique économique française.

C'est ici que se produit le conflit entre les institutions nationales et les corps fédéraux. Sortons des explications abstraites et donnons un exemple concret :

Soit l'exemple du problème monétaire.

Pose/ le problème dans une assemblée nationale « omnie la Semaine de la Monnaie, vous obtenez, à l'unanimité, la solution conforme à l'intérAt général, c'est-à-dire la condamnation de l'inllation. Personne n'osera défendre une thèse insoutenable.

Or. quelques grands corps sont inflationnistes. Et un nombre considérable d'industriels sont, dans le privé, inflationnistes. Il n'est pas rare d'en rencontrer dans la métallurgie. Nul n'ignore que l'inflation est un niai national : mais nul n'ignore qu'elle serait un remède (passager, illusoire, mais remède apparent) aux difficultés immédiates de certaines industries.

Conséquence : opposition sourde aux manifestations d'ordre national qui obligent tout le monde à formuler l'intérêt général.

Autre exemple : la politique économique française devant rAllemagnc.

Elle a été définie en mai 1922 par une conférence nationale des grandes associations économiques ; la définition a été conforme à l'intérêt national.

Mais, au dernier moment, la Confédération générale de la Production fran(,aise refusait sa signature, alors quelle était, de toutes les associations réunies, la plus qualiliéc pour signer. Raison : une politique des réparations conforme au traité et à l'intérêt national se concilie difficilement anjiiunriiiii avec les inlénMs propres de deux ou

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trois grouppfiicnls économiques. Cons<^quenccs : ces groupe% empt^chent l'unanimitiS au sein de la C. G. P.. et rendent impossible sa signature au bas de la déclaration collective.

Kciiiarquez que cette opposition d'int(^rôts. qui est un scandale, ne vient que de la faiblesse de la politique générale française. CVst l'inaction du gouvernement franrais qui a créé celte .situation où les groupes privés se trouvent avoir un intérêt contraire h l'intérêt national le plus évident.

Mais CJ'ci est une aulre atVairc. Lp lait est là : sur les grands probN'-mcs, rinllaliorj, notre politique éconornique allemande, notre politique économique russe, il y a opposition inévitable entre les décisions que prendront des assemblées économiques nationales et les intérêts de quelques corps économiques fédéraux.

Et la conséquence, c'est que ces corps, ou les hommes qui en sont les chefs déclarés ou occultes, sentent croîlrn leur opi)Osition k ces manifestations nationales connue la Semaine de la Monnaie, les conférences entre représentants des grandes associations économiques où. nécessairement, les décisions prises sont conformes à l'intérêt général, et sacrifient apparemment les iulérêLs particuliers. Kt comme il est très difficile, sinon impossible, de faire ouvertement campagne contre cet effort national, on emploie ou on laisse employer les movons délournés. C/est nue des explications de la C4impagne entreprise par V Informntion sociale.

Encore une fois, il n'y a pas à s'étonner de cette opposition. Elle peut paraître scandaleuse. Nous la dénonçons comme telle, et nous sommes obligés de désigner ses auteurs. Mais nous ne perdons pas de vue que ses auteurs sont eux-mêmes victimes d'une [>olitique générale imprévoyante. Que. dans une sittiation aussi fausse que celle qui

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a été ainsi cn'oo, ils préleronl la défense de leurs intérêts propres, irnrnéflials, à celle des inlén^ls nationaux que les hommes qu.'ililic'S ont si mal défendus, cela fait [)artie. après tout, des devoirs de leur charge. C'est anarchique ? Mais qui les maintient dans l'anarchie?

Mais il s'af(il de savoir qui l'emportera, dans le mouvement économique, des cr)rps fédéraux ou des institutions nationales, des hommes qui défendent des intéréls particuliers, ou de ceux qui veulent servir les intérêts généraux. Il fnilque ce soit linlérrl national.

CIIAI'IIKK III

LA POLITIQUE m: S Rf:P.\RATIONS

i;iNTr:i\l-T NATIONAL KT LKS (iHANHS COUPS

fiCONOMIOlKS

ii aoAt iijii.

Vcul-on un cxciuplo de celle anarchie rconomiquo causée |>ar la carence de J'Hlal ? Que Ton examine la politique des réparations et les projets de rapprochement franco allemand lancés au mois d'aoïU i<)aT.

Kn août if)2i. nous l'examinions au cours d'une discussion très courtoise que nous avions avec M. Charles Nicaiso. discussion dont le lecteur pourra retrouver le procrs-verhal dans la Heconslruclin/t économujne de C Europe. Il n'y a pas prand'chose à ajouter & tout ce qui a été dit sur cette qjiestion. Il a éld démontré, prouvé, que tout rapprochement économique franro-alieinniid sera la pire des duperies, ahoutira de nouveau à la guerre, dans la situation politique présente. C'est, encore une fois, la faute de la mauvaise paix ; le maintien, la consolidation du HfichcM l'obslablc & l'organisation de la paix. C'est une vérité aveuglante. Comment n est-elle pas vue de tous les Français de bon sens ? Elle est vue ; mais on a commis la grosse faute d'amener des intérêts privés à s'opjwser à la manifestation de cette vérité. Faute d'Etat. Il y a quelques informations à apporter sur les résultats de cette faute.

U'J I. ÉTAI II IV lh<t|»L(JTIO^

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